LE PARADIS DES ARBRES
Moi qui fut souverain courtisé des nuages,
Règnant tel pacha sous la voûte des cieux
Sertie d’étoiles d’or, Ô que j’étais heureux
Ivre de l’air du soir frissonnant de l’alpage !
Revêtu de flocons ou les pieds dans la mousse,
Lorsque le vent soufflait au cœur de ma forêt,
Auprès de mes amis, ma vie semblait si douce,
Mon âme s’exaltait quand le coucou chantait.
Le peuple des oiseaux nichait entre mes branches,
Dans le silence froid, leurs chants me réchauffaient,
L’étoile se posait comme une rose blanche
Et, dans le firmament, la lune me veillait.
Désespéré, planté dans ce morne jardin,
J’y rêve de ruisseaux, de sommets, de falaises,
Et mon âme languit de la forêt landaise
Que je ne verrai plus et, seul en mon chagrin.
Je trônerai, bientôt, sous la coupole antique,
D'un mas ou d'un château, brillant de mille feux ;
Je m’y endormirai à l’heure fatidique
Aux lueurs des bougies, sous le regard d’un dieu.
Je finirai ma vie un soir de février
Sous la braise vêtue d'un paletot de marbre
Je m'y consumerai tout recroquevillé :
Y-a-t-il, quelque part, un paradis des arbres ?
--Message edité par antigone le 2008-06-15 07:33:22--