DANS CE LIT DE HASARD
Dans ce lit de hasard où je me coucherai
Pour m’endormir, enfin, sans peine, sans colère,
En joignant mes deux mains pour l’ultime prière,
Lorsque le temps viendra de mon dernier banquet,
Avant de m’égarer dans le gris du silence,
Juste avant de tomber dans un puits sans écho,
Je te raconterai les bonheurs de l’enfance,
Entrebâillant, un peu, les plis de son manteau.
Avant de chevaucher l’Océan des Ténèbres,
Hostile, indifférent, sans chaleur ni pardon,
De hanter, à jamais, des rivages funèbres,
Avant de traverser le miroir des saisons,
Laissant couler ma vie, laissant couler les mots
Dans un ultime aveu comme une délivrance,
Je te raconterai, dans un dernier sanglot,
Les vagues de la mer lorsque le vent y danse.
Alors, tu saisiras ma main telle une chaîne :
- Voici venu le temps de ton dernier sommeil !
Et, prenant ton essor, Déesse souveraine,
Ô Nuit, tu m’ouvriras la porte du soleil.
--Message edité par antigone le 2008-06-15 07:36:53--