Philippe de Neuville Messages postés : 586 "La critique est aisée, et l'art est difficile."  |
Posté le 04/10/2007 14:36:11 | | Philippe Claudel, écrivain du terroir et de la mémoire
PARIS, 4 oct 2007 (AFP) - 04/10/2007 06h31
Philippe Claudel, l'auteur des "Ames grises", impose sa marque sur la
rentrée littéraire avec son nouveau roman, "Le rapport de Brodeck" (Stock),
une réflexion habilement mise en scène sur la culpabilité et la vengeance
sur fond de Seconde guerre mondiale, en lice pour le Goncourt.
Né en 1962 en Meurthe-et-Moselle, où il est toujours installé, Claudel
plonge ses lecteurs dans des paysages aux confins de l'Allemagne, pour une
histoire tragique, où un homme seul perce les secrets de tout un village.
Le narrateur, dont le métier consiste à rédiger des notices sur la flore ou
les cours d'eau, prévient dès la première ligne : "Je m'appelle Brodeck et
je n'y suis pour rien".
Un étranger, "l'Anderer" (l'autre), arrivé quelques mois plus tôt dans un
hameau perdu, est assassiné après plusieurs mises en garde. Parce qu'il a
fait des études, Brodeck est chargé de rédiger un rapport sur la mort de ce
mystérieux personnage, qui passait ses journées à peindre les habitants et
renvoyait à chacun son image".
Mais Brodeck se prend au jeu et sa propre histoire devient la matière même
du roman. Car il est lui même un étranger, échoué il y a longtemps dans le
village où il a fini par se faire accepter. Jusqu'à ce que la guerre arrive
et que les habitants le dénoncent aux occupants pour protéger leur
communauté.
Il rentrera après deux ans de persécutions dans un camp et reprendra sa vie
d'avant. Mais l'arrivée de "l'Anderer" ravivera bientôt la haine et la
vengeance.
Jamais les mots juifs ou nazis ne sont prononcés et rien ne situe vraiment
le village, où l'on s'exprime dans un patois proche de l'allemand. Le roman
devient dès lors une sorte de fable sur le mal et le fanatisme, dont les
personnages sont aussi sombres que ceux des "Ames grises", qui avait la
guerre de 1914-18 pour toile de fond. Même si le dénouement laisse ici une
lueur d'espoir.
Agrégé de lettres, Philippe Claudel a publié son premier roman, "Meuse l
oubli", à 38 ans et enchaîne depuis recueils de nouvelles et romans. Il
préfère la discrétion de sa Lorraine natale aux plateaux de télévision et
ambitionne, dit-il, de "disparaître derrière (ses) livres". La critique
évoque notamment Jean Giono à son sujet, pour ses thèmes et son goût de
terroir.
Son écriture simple, dépouillée, et l'humanisme de son propos, au risque de
céder aux bons sentiments, lui assurent un public fidèle et son sixième
roman figure parmi les meilleures ventes de l'automne.
Déjà multi-primé - Bourse Goncourt de la nouvelle 2003 pour "Les petites
mécaniques", Prix Renaudot pour "Les âmes grises"... -, Philippe Claudel
figure, comme en 2003, dans la deuxième sélection du Goncourt.
Après l'adaptation des "Ames grises" au cinéma en 2005, il vient de réaliser
lui même son premier film, "Il y a longtemps que je t'aime".
("Le rapport de Brodeck" de Philippe Claudel - Stock - 400 p. - 21,50 euros)
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