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| Auteur : | Sujet: To kill or not to kill ? | Bas |
| mistermolko Messages postés : 18 Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant... |
Je regardais ma montre : 4 heures. Je me tournais et me retournais une fois encore dans ces satanés draps. Elle dormait d’un sommeil si profond qu’un char d’assaut entrant dans la pièce ne l’aurait sans doute pas tiré de sa léthargie. Son souffle rythmait le silence de ma nuit. Les draps enveloppait délicatement ses jolies formes que j’avais eu l’occasion de caresser quelques heures auparavant. Sa peau était douce et ses baisers sensuels. Elle était jolie, très devrais-je dire, intelligente aussi, raffinée, délicate, attentionnée… mais je doutais et plus je la regardais, plus je doutais. Pourquoi toutes ces questions me martelaient-elles le crâne ? Un certain malaise s’emparait de moi. Je me levais, mettais une chemise et un pantalon et me dirigeais vers la cuisine. J’ouvrais la porte du placard qui contenait les alcools, attrapais une bouteille de vodka ainsi qu’un verre que je m’empressais de remplir. Je l’avalais d’une traite, tout comme le deuxième, puis le troisième… jusqu’à ce que mes malheurs aient disparus et que mes pensées néfastes se soient noyées dans l’alcool. Je sortais alors dehors, traversais le jardin et m’en allais me promener sur le front de mer. Je titubais, zigzaguais et la seule chose qui m’empêchait de tomber était le vent froid qui venait me claquer le visage. Je descendais tant bien que mal l’escalier qui descendait de la digue vers la plage. Je marchais en direction de la mer rugissante tel un lion affamé. La longue étendue de sable était déserte. Personne par ce temps n’avait osé s’y aventurer. C’était une de ces longues nuits de décembre où personne ne daignait mettre un pied hors de chez lui de peur d’attraper une engelure au petit orteil… Et moi, je tremblais, grelottais seulement vêtu de ma chemise de soie. La vodka annihilait cependant toute la douleur qui m’aurait en une autre situation tétanisé. Je m’arrêtais de marcher. La peau de mon visage était devenue insensible, tout comme mes oreilles qui, pour mon cerveau, avaient cessées d’exister. Je regardais au loin. Une immense masse d’eau se tenait là, juste en face de moi, arrogante et perfide, comme si elle cherchait à me défier, à me montrer le chemin, à tester mon courage en venant l’affronter. Chaque vague qui se jetait à mes pieds était un appel de plus à la bataille. Mais non, ma bataille, je n’allais pas la livrer ici mais sur des rivages lointains dans une contrée beaucoup plus éloignée...Il fallait pourtant que je le lui dise : Demain, je partirai sans elle et pour longtemps. 16h, le lendemain. Aéroport David Ben Gourion, Tel Aviv : Je sortais à peine de l’avion que je vis Aaron qui m’attendait. C’était un petit bonhomme à la chevelure noire, les yeux pétillants et le teint hâlé. Il portait une chemise à carreaux blanches et bleues et de petites lunettes rectangulaires. Il me serra la main vigoureusement en s’exclamant : « Shalom, mon ami ». Je relevais mes lunettes de soleil sur ma tête, le regardais droit dans les yeux et lui répondais « Shalom Aaron ». Il me sourit, me proposa dans un anglais parfait de m’aider à porter mes bagages car il savait que mon hébreu n’était qu’approximatif, ce que je refusais naturellement, puis me fit signe de le suivre. A peine entré dans la Mercedes noire blindée qui nous attendait en sortant de l’aéroport, il commença son exposé, calmement comme il avait toujours eu l’habitude de le faire : - Zeitoun descendra à l’hôtel Hilton et occupera la chambre 1218. Il est actuellement au Caire et prendra l’avion ce soir à 19h08. Il sera bien entendu avec ses deux gardes du corps. A 15h demain, heure locale, il a rendez vous avec son conseiller financier à la Barclays. C’est là qu’aura lieu l’opération. Voici vos nouveaux papiers : vous êtes Jacques Devreux, 35 ans, de père suisse et de mère espagnole. Vous avez déjà utilisé cette identité. Vous connaissez Mr Stanton, le directeur de Tel Aviv ? - Tout à fait. Je l’ai rencontré à Genève avec Zeitoun justement pour régler un petit problème. - Il vous attendra pour le rendez vous et vous présentera le bureau où vous devrez accueillir Zeitoun. Les autres détails sont dans ce dossier. Il concerne tous les détails des affaires de Zeitoun. Vous devrez tout assimiler en détail car Zeitoun se méfiera de vous puisque vous ne serez pas son interlocuteur habituel. Le conseiller qui reçoit Zeitoun habituellement est, dirons-nous, indisponible en ce moment… Vous devrez donc réussir à le convaincre de signer ce contrat. » Il sortit alors une feuille sous film plastique. Un poison tactile imprégnait le papier et celui qui s’aventurerait à la toucher à main nue se verrait alors pris au bout de quelques minutes de difficultés respiratoires et finalement d’un arrêt cardiaque. Zeitoun ayant eu à subir quelques semaines auparavant une intervention au coeur, personne ne s’étonnerait qu’il meure d’une attaque. Il reprit : - Zeitoun bien sûr vous fera fouiller par un de ses gardes et donc vous ne pourrez porter d’armes. Cependant, votre stylo, dit-il en sortant un plume noir Mont-blanc doré à l’or fin, est équipé d’un système explosif que vous pourrez déclencher en tapant 123 sur ce téléphone portable. Comme vous le savez, vous n’êtes pas censé utiliser ce stylo pour réduire Zeitoun au silence… Disons que c’est une porte de sortie. - Je sais, le contrat sera mon arme mais moi, je devrais toucher le contrat également… - Nous avons bien sûr pensé à vous. Vous allez passer vos mains dans ce liquide spécial qui les enveloppera d’un film extra-fin inodore et insensible et qui vous protégera parfaitement du poison. Vous m’avez bien compris ? - Parfaitement. - Vous devrez abréger l’entretien dès que Zeitoun aura signé le contrat. Les effets du poison apparaîtront environ dix minutes après le premier contact avec la peau. Dès que vous aurez accompli votre mission, nous vous mettrons au vert. Votre passeport et votre nouvelle identité sont dans un des casiers de la gare de Tel Aviv dont le numéro est inscrit dans le dossier. Vous prendrez le train pour Jérusalem et de là, vous pendrez l’avion pour Madrid. Tout a été préparé pour vous accueillir là bas. Bien entendu, pas un mot de ceci à quiconque, vous détruirez dès ce soir ce dossier quand vous aurez pris connaissance de tous les détails. La voiture s’arrêta devant mon hôtel. Aaron me regarda : - Je ne suis pas censé avoir eu cette conversation avec vous. Aucun agent n’est au courant de votre venue. Personne n’est bien sûr au courant de ce qui va arriver à Zeitoun… Vous êtes seul mon ami. Bonne Chance ! **** Le lendemain, 15 h : Il était rentré dans le bureau. Je posais mon portable et mon portefeuille sur le bureau. Comme Aaron me l’avait annoncé, il commença par me fouiller. Des pieds à la tête, me demandant même d’enlever ma chemise et mon pantalon. Je gardais mon calme, comme je le faisais toujours en pareille situation. Ce n’était pas le premier à qui j’allais faire perdre la vie et ça n’allait pas être le dernier. A la fin, on devient insensible. On le fait par devoir pour sa patrie, son pays, son peuple, ses frères. Comment en étais-je arrivé là ? J'étais pourtant un jeune homme sans histoire. Fils de commerçants juifs immigrés aux Etats Unis dans les années 1970 et d'origine française, j'avais obtenu mon doctorat de physique nucléaire à l'UCLA à Los Angeles. Durant mes études, j'avais effectué un échange universitaire d'un an à l'université hébraïque de Jérusalem. J'étais retourné aux sources de mes origines et j'avais vraiment envie de servir ce pays qui m'avait accueilli. Je me sentais redevable envers cet endroit. A la fin de mes études, j'avais été embauché au Pentagone comme chercheur sur un programme d'armement secret dénommé Python. C'était durant un récital de chant à l'opéra de New York que j'avais été contacté par une charmante agente du Mossad qui m'avait testé si l'on peut dire avant de me demander de lui fournir des informations sur le programme. Ce que j'avais fait par amour pour le pays, pour elle aussi...Un beau jour, ils me demandèrent de tout arrêter et de quitter le pays. Ils m'offrirent une coquette somme et la possibilité de changer d'identité. J'étais devenu Ariel Zohar, 32 ans, citoyen israélien. Je m'étais installé dans la banlieue de Tel Aviv occupant un poste de recherche dans un laboratoire spécialisé dans les nanotechnologies jusqu'à ce que le Mossad vienne me rechercher. Je fus alors formé dans les commandos spéciaux de Tsahal au maniement des armes et aux techniques de combat rapproché. Je me souviens encore des longues "promenades" dans le Néguev comme les surnommait "affectueusement" le sergent Mozer, notre instructeur. Nous étions lâchés au milieu de nul part sans eau, sans vivres avec pour objectif de rallier un point de rendez-vous situé à une centaine de kilomètres harnaché d'un sac contenant 20 kilogrammes de pierre. Mes jambes s'en souviennent encore... Après cet entraînement d'un an et demi, je fus envoyé plusieurs fois en mission dans les territoires afin d'éliminer certains chefs du Hamas ou du Djihad Islamique. Après avoir fait mes preuves dans les commandos, je fus nommé agent spécial du Mossad. Agent de terrain ou plus simplement nettoyeur, car là où je devais passer, tout ce qui était vivant trépassait... Une véritable machine à tuer, sans nom, sans peur. Ainsi, un diplôme en physique nucléaire peut mener à tout...même à l'explication d'un montage financier pour égyptien financier du terrorisme palestinien. Il m’écoutait attentivement hochant quelques fois de la tête pour approuver mes dires. Les minutes s’écoulaient. Je finis par le convaincre et lui plaçait alors le contrat dans la main. Il le palpa, le soupesa un long moment puis s’attarda à en relire les inscrïptions écrite en petits caractères. Je lui tendis alors mon stylo pour qu’il paraphe son arrêt de mort. Tout se déroulait comme prévu. Il venait de terminer de signer chaque feuille du contrat quand soudain, une balle traversa la pièce, puis une seconde, une troisième… une véritable rafale s’abattait alors sur nous. Miraculeusement, je n’avais rien. Les deux bodyguards gisaient sur le sol. Je me saisissais alors rapidement du portable, tapait 123 en me jetant par terre. Zeitoun eu à peine le temps de prendre son arme dans son étui que le stylo lui explosa à la figure, le décapitant littéralement. Son sang giclait sur le bureau. Une deuxième rafale se fit entendre. Les balles volèrent une deuxième fois dans la pièce. Je m’empressai de sortir du bâtiment. Je descendis alors les escaliers à toute vitesse. J’attrapais la poignée de la porte et sortit aussi vite que je pouvais. Je me mis à courir aussi vite que je le pouvais dans la rue. Tout à coup, mes tympans explosèrent, un souffle impressionnant me plaqua violemment contre le sol et m’éjecta à plusieurs mètres en avant. Je restais alors quelques secondes à terre, sonné par la détonation. Une jeune fille se tenait debout, à quelques mètres de moi. Elle avait le regard dans le vague, je sentais que ses yeux avaient perdu cette petite lueur malicieuse qui aurait fait tout son charme. Elle restait plantée au milieu de la rue. Son visage exprimait la stupéfaction, la peur. Le « bang » de la détonation résonnait sans doute encore dans ses oreilles. Elle était tétanisée, ses petits biceps étaient contractés à l’extrême, ses veines ressortaient et marquaient sa délicate peau de longues traînées vertes. Elle blêmissait. Je me levais alors et m’approchait lentement d’elle. Elle ne me vit pas arriver. Son regard était obnubilé par le spectacle d’horreur qui se tenait devant elle. L’immeuble était en feu, la façade s’était écroulée, les cadavres des passants qui avaient eu le malheur de passer au moment de l’explosion jonchaient le sol de la rue. Je me posais en face de cette jeune fille, lui prit les mains comme pour la réconforter. Une larme se forma au coin de son œil, ses yeux s’embuèrent et son regard se posa sur le mien. Je lui souris conscient de ne pouvoir lui apporter plus. La larme commença à couler délicatement le long de sa joue. Elle posa sa tête lentement contre mon épaule et m’enlaça délicatement. Ses petites mains s’agrippèrent à mon dos avec la même force que les serres d’un aigle agrippant une proie. Au silence d’après explosion s’était substitué l’effervescence des équipes médicales, des forces de police s’affairant autour des blessés. Elle pleura dans mes bras. Un secouriste s’approcha alors de nous. Elle desserra son étreinte, ses mains étaient maculées de sang, mon sang. Elle cria. Je tombais. Un cri rauque sortit alors du fond de mes entrailles. Elle me rattrapa, me serra fort contre sa poitrine. Je ne voyais plus. Je… Au revoir, Tel Aviv. « Où suis-je ? »A la question rituelle de l’évanoui qui revient à la vie s’était succédée la sensation désagréable de ne plus sentir mes membres. Mes paupières étaient lourdes, j’avais une extrême difficulté à les soulever. La lumière ambiante me brûlait les yeux et je sentais mes pupilles se rétracter violemment, ce qui accentuait encore ce fichu mal de crâne. Finalement, au bout de quelques minutes, les sensations revinrent dans mes membres malgré quelques fourmillements. Je bougeais doucement mes doigts et mes orteils. Mes yeux s’étaient habitués à la lumière de la pièce : une chambre d’hôpital. Je commençai à me souvenir. La mission, cette femme, l’explosion… Ma mémoire revenait peu à peu par flashs. Je revoyais des instants défiler devant mes yeux. Je revoyais le visage de Zeitoun juste avant qu’il ne meurt, les airs étonnés des employés de la Barclays en me voyant sortir en courant de la banque, le visage de cette femme si envoûtante… Je me mis à pleurer. Tous ces employés innocents tués. Quel paradoxe, moi, l’un des nettoyeurs les plus aguerris du Mossad, me mettre à pleurer en pensant à des innocents morts. Je ne suis qu’un homme après tout. Je ne tue pas par plaisir, mais par devoir. Pour mon pays, ma patrie. J’essayai alors de me lever. Une douleur intense telle une lance qui me transperçait le dos me prit alors. Je me mis à crier et m’écroulais alors sur le lit. La blessure due à l’explosion s’était réveillée. Une infirmière attirée par mon cri entra dans la chambre. Elle ajusta la perfusion et augmenta la dose de morphine que celle-ci était sensée m’injecter. Je lui demandai alors où j’étais, comme pour me rassurer. Elle me répondit que j’étais à l’hôpital de Tel Aviv. Puis, après repris mon souffle : - Et l’explosion ? - Il y a eu 54 morts et 122 blessés. Il n’y a aucun survivant parmi ceux qui se trouvaient dans l’immeuble de la Barclays. Vous êtes le seul rescapé. - Qui ?... j’avais à peine terminé ma phrase qu’elle me répondit aussi sec : - Le Hamas. Ils ont revendiqué l’attentat. Tsahal est entrée ce matin à Gaza, Naplouse, Ramallah et Kalkiliya pour faire le ménage. Ils ont tué 12 de ces salauds… Je ne comprenais plus. Pourquoi eux ? Qu’avaient-ils à craindre de Zeitoun ? Qu’est-ce que ce foutu égyptien avaient bien pu leur faire pour qu’ils l’éliminent ? Tout cela était si étrange… Mon Dieu, ce foutu marteau mental reprenait encore ma tête pour une enclume… Je ne comprenais plus rien. La douleur commençait à s’atténuer annihilés par les effluves d’opiacés qui coulaient dans mon sang… Je me rendormais rêvant d’un monde meilleur où j’aurais pu vivre une vie différente avec une femme, des enfants avec un bon boulot de physicien, ce à quoi mon doctorat en physique nucléaire aurait dû me prédestiner… Quelques jours plus tard, je sortais de l’hôpital. On m’avait enlevé l’éclat que j’avais pris dans le dos. J’avais une longue cicatrice, recouverte par un long pansement que je devais changer chaque jour. A peine après avoir signé le formulaire de sortie d’hôpital au nom de Devreux, je poussais un gros ouf de soulagement. Je m’en étais bien sorti, tout de même. J’avais eu le temps de gamberger durant ces longues journées alité. Je m’étais fait à l’idée que j’allais être obligé de disparaître un moment… me faire oublier pour mieux revenir plus tard. J’avais été identifié comme Jacques Devreux, jeune banquier suisse venu pour affaires à Tel Aviv. Des policiers israéliens m’avaient pourtant bien interrogé la veille de ma sortie de l’hôpital mais j’avais joué l’amnésique, faisant celui qui ne se rappelait de rien. En espérant qu’ils m’aient cru… En tout cas, pour l’instant, j’étais libre. Je devais essayer de comprendre ce qui s’était passé lors de cette fichue mission. Pourquoi ces rafales de coup de feu sur Zeitoun dans le bureau ? Pourquoi le Hamas avaient-ils fait sauter l’hôtel ? Comment étaient-ils au courant de la présence de Zeitoun à Tel Aviv ? Je n’en savais rien encore… Il y avait cette femme aussi, cette inconnue que j’avais serré contre mes bras juste après l’explosion. Son visage était resté gravé dans ma mémoire. Son image était restée incrustée sur ma rétine. A chaque passante dans la rue, je croyais la voir… mais elle n’était pas là. Il fallait que je la retrouve et que je comprenne… mais tout d’abord, il me fallait changer d’identité, et pour cela réactiver une cache secrète située dans les docks de Tel Aviv, puis organiser mon départ. Ce serait la France, pays où j’étais encore quelques jours plus tôt. Pourquoi la France ? Parce que je parlais la langue couramment et que je connaissais bien le pays pour y avoir passé tant de longs mois d’été sur les plages de Provence et de Bretagne avec mes parents… Nostalgie, quand tu nous tiens… Je devais me mettre en sommeil de ma propre initiative, car, après le fiasco de l’opération, je savais que mes supérieurs, m’auraient mis en veilleuse pour un long moment… | |||
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