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| Auteur : | Sujet: Récit d’une rencontre | Bas |
| mistermolko Messages postés : 18 Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant... |
Deux jours déjà que j’étais là, arrivé au milieu de cette belle Bretagne chez mes grands parents. Je quittais le cocon familial chaque été pour me ressourcer chez mes eux. J’y adorais le contact des gens de la campagne, de la nature, du bon air et des odeurs estivales que l’on ne retrouvait point dans la « petite ville » où j’habitais. Je dois également dire que là-bas, j’étais traité en pacha, mieux loti encore que ces sultans des mille et une nuits. Cela me changeait de mon quotidien scolaire rythmé par une sonnerie criarde qui parfois me délivrait et d’autres fois m’ennuyait. Je venais donc d’arriver et mes deux premiers jours avait été consacré l’un à l’installation et le second à rester cloîtré dans la maison puisque le temps n’était pas de la partie et qu’il avait plu une bonne partie de la journée. Nous étions donc le troisième jour et j’avais vraiment envie de sortir ; Une grande partie de ma journée fut consacrée à aider ma grand mère à nourrir les animaux et à vaquer à d’autres occupations paysannes. Elle me servit le repas tôt ce soir là et, après dîner, j’entrepris donc de m’accorder un moment de détente en me baladant dans les landes. Je partis donc avec la chienne Hindy, une superbe colley avec qui j’entretenais depuis ma plus petite enfance une relation de complicité hors du commun ; il devait être environ vingt heures et je gambadais dans les champs et sur les chemins terreux à la lumière d’un soleil qui descendait de plus en plus vite. Les couleurs des champs se mêlaient aux reflets violets, bleus, roses, orangés de notre astre. Les frémissements de la légère brise du soir faisaient chanter les feuilles des hauts-arbres bordant les talus. J’arrivais au sommet, sifflotant. J’aperçus au loin, derrière les champs multicolores, le petit village. Certains de ces pâturages sauvages où profusaient les coquelicots, les marguerites et autres fleurs sauvages apportaient les couleurs qui me dépaysaient. L’envie me prit de m’allonger, d’admirer d’une nature si rare et si pure. Je levais la tête : le ciel. Il avait perdu sa couleur bleue turquoise d’après-midi et enfilait petit à petit son manteau de nuit. Le ciel s’était légèrement assombri mais l’étoile rouge brillait encore de ses derniers feux. Le crépuscule frappait une fois de plus. Dans quelques minutes, le soleil me quitterait, passerait derrière la colline et irait ouvrir les yeux de millions de gens. Je pensais aux autres qui se demandaient s’ils le reverrait demain matin. La nuit se faisait de plus en plus noire. Les constellations d’étoiles se dessinaient. Elles brillaient moins mais m’éclairaient et m’inspiraient. Je respirais les senteurs des herbes, des fleurs autour de moi. Je me sentais libéré, seul, bien. Je tentais de philosopher sur la vie, sur ma conception du bonheur. Le temps se rafraîchissait et j’entendais le son des insectes qui me berçaient. Je me disais mélancoliquement : « le silence de la nuit est mon somnifère, mon amour est ma drogue, la beauté me réveillera. Poète d’un soir, poète du noir, bonsoir » Je fermais les yeux et m’endormais. Je me réveillais de bon matin, trempé car la rosée avait mouillé mes vêtements. Cependant, cette nuit à la belle étoile m’avait revigoré. Libéré de tous mes soucis, j’avais enfin pu m’adonner à ces plaisirs simples et gratuits que sont la flânerie et l’admiration de l’œuvre de Dame Nature. Cependant, je n’avais point de temps à perdre et je devais à tout prix regagner la ferme où mes grands-parents devaient s’inquiéter de mon absence. Je m’en retournai alors, reprenant le même chemin que la veille Je le redécouvrais, à l’aurore cette fois-ci, recoloré différemment. Le soleil commençait donc à amorcer sa quotidienne montée au zénith, il n’était pas encore très haut dans le ciel mais tout de même, le jour était déjà quasi levé. M’avisant de ceci et de l’heure qu’il devait être, je me hâtai de retrouver le domaine familial. De retour, je m’aperçus qu’Hindy m’avait précédé. La cour de ce petit hameau typique de la Bretagne profonde était entourée de bâtiments : une grange, deux petites bâtisses inhabitables qui servaient d’entrepôt pour les outils et le matériel agricole, et bien sûr, cette grande longère en L, la maison principale en pierre qui était la fierté de mon grand père. Les blocs de granit gris qui composaient la façade avaient été taillés à la main s’imbriquaient parfaitement les uns dans les autres. Le toit ardoisé conservait sa « mateur » et n’était point couvert de lichens qui auraient ternis le portrait de ce si pittoresque endroit. Le tout était entouré de pâturages ou quelques vaches broutaient tranquillement l’abondante herbe verte. L’entretien était parfaitement assuré, mon grand-père n’aurait point supporté le délabrement de son lieu de naissance qu’il avait toujours connu resplendissant et plein de vie. Il me racontait parfois ses souvenirs de jeunesse et me contait les histoires et légendes de la région. Il avait d’ailleurs un don pour cela. On a parfois du mal à comprendre le lien que les hommes ont avec la terre mais lui avait une sorte de relation amoureuse platonique mais sulfureuse avec cet endroit. Il y avait vécu, il ne le quitterait point, il était écrit qu’il y mourrait. A cet heure, il était aux champs. J’aimais y aller pour admirer les hommes au travail et leur dextérité à effectuer les tâches difficiles qu’étaient celles incombant au métier d’agriculteur. Je les aidais rarement car j’étais d’un naturel fainéant et d’une maladresse peu commune avec mes mains. De plus, le travail et l’odeur de la sueur me rebutait. J’occupais mes après midi en allant au bourg ou en me promenant sur les routes de campagne que je finissais d’ailleurs par connaître comme ma poche, à force de le parcourir. Cette journée là ne prédestinait pas à être plus exceptionnelle qu’une autre. C’était une belle journée de juillet que je passais chez mes grands parents comme toutes les journées de juillet que je passais chez mes grands parents. Le temps était magnifique et je ne pouvais pas m’ennuyer trouvant chaque fois une nouvelle occupation. Après avoir déjeuné un délicieux ragoût de lapin, je me mis dans la tête d’aller voir cette maison isolée que j’avais repérée quelques jours auparavant lors d’une de mes escapades rurales. J’allais donc marchant d’un pas lent à travers champs vers cette petite maison qui m’avait la première fois semblée inhabitée. Quelle fut bien ma surprise de découvrir que des gens y avaient élu domicile. Je remarquais des caisses et des valises autour de la maison. Des ouvriers s’affairaient à réparer une partie de la toiture et de costauds déménageurs soulevaient une armoire qui faisait au moins deux fois ma taille en hauteur comme en largeur. Je m’avançais donc hardiment et là, je m’arrêtai net. Ma vue se troublait, mes muscles se tétanisaient, je commençais à transpirer. Ciel, la beauté la plus pure qui soit s’était réincarnée devant moi. Une jeune fille brune gracieuse comme une ballerine, belle comme une déesse, aux yeux si envoûtants venait de sortir de la maisonnette… C’en était trop pour mon cœur d’adolescent qui chavirait pour ce joli brin de fille. Je n’osais point avancer encore mais ma maladresse et mon indiscrétion me trahirent. Grand nigaud que j’étais ! Elle m’avait remarqué et s’avançait vers moi. Je décomposai ses mouvements si gracieux, ses jambes sublimes glissaient sur le sol, sa robe longue tombait légèrement sur le sol et d’un geste habile de la main, elle la retenait. En quelques pas elle était devant moi et me sourit. Elle n’était pas plus âgée que moi, peut être même plus jeune, assez grande, avec de longs cheveux bruns crêpés dans un chignon irréprochable. Ses yeux étaient noirs, deux grosses billes noires pleines de malice et qui laissait entrevoir une certaine timidité. Je tentais d’expliciter ce que me disaient ses yeux lorsque de sa bouche, si pulpeuse, sortirent ces mots : « Je ne t’ai jamais vu. A vrai dire, je connais très peu de gens ici. Je suis en plein déménagement. Je vais m’installer dans cette maison. J’habitais Paris dans un appartement exigu et situé dans une rue commerçante avant mais mes parents ne supportaient plus le bruit, la pollution et le stress des grandes villes… C’est très joli ce coin, je pense que je vais m’y plaire. Tu habites près d’ici, euh ?… Sa voix était suave et délicate. Je tentais de me ressaisir après toutes ces émotions et lui répondait bafouillant légèrement. -Théo, je m’appelle Théo. Je suis en vacances chez mes grands parents, et moi aussi je connais peu de monde mais je connais bien le coin . Et y allant avec un culot que je ne me suis jamais redécouvert, je rajoutais : -Je pourrais peut être te servir de guide, si tu veux. La discussion se poursuivit pendant encore quelques minutes sur un ton très amical et elle me fixa rendez vous au lendemain et m’annonça son nom : Elisa. Je rentrais alors répétant inlassablement ce délicieux prénom. A mon arrivée, ma grand mère me demanda où j’étais. Je lui répondis en lui disant que j’étais comme à l’habitude descendu au bourg. Elle me crut. Le reste de l’après midi se passa. L’heure du souper vint mais je manquais d’appétit et je décidais de me mettre au lit plus tôt. Ma nuit fut plus tumultueuse que la précédente et je dormis mal. La seule chose positive fut un long rêve sur cette jeune beauté qui devenait le fantôme de mes nuits. Tout cela provoquait mon réveil à une heure assez matinale. J’étais impatient de la revoir… Ma matinée fut réservée aux tâches ménagères. Il me fallait tout de même aider un minimum ; je ne pouvais prétendre tout avoir et tout faire en toute impunité sans aucun effort de ma part en retour. L’application et l’envie que je mettais à fignoler ma besogne firent passer plus vite ma matinée car j’avais l’impression que mon impatience s’était mise en sourdine. Je déjeunais sur le pouce et partis à l’aventure retrouver ma dulcinée à qui je devais montrer les merveilles de notre région. J’allais donc d’un pas rapide et cinq minutes plus tard me retrouvais face à elle. Je parvins à l’emmener avec moi sur le chemin mais auparavant, j’eus à subir un interrogatoire en règle de la part de sa mère qui avait peur des fréquentations de sa fille. Je ne pensais pas être un galopin mais il était vrai que mon apparence négligée n’était pas du plus bel effet. Que m’importait ! Je me moquais bien de l’avis de sa mère ! Seule Elisa ( Je frémissais rien qu’à entendre ce nom) m’intéressais. Elle me passionnait. Nous allâmes nous poser au bord d’un talus et nous restâmes toute l’après midi à parler de tout, de rien mais d’elle surtout. J’avais l’impression de n’avoir rien vécu comparé à elle. Elle m’enseignait les choses de la ville alors que moi, petit breton, ne connaissais pas encore. Les pérégrinations de l’homme en milieu urbain sont fascinantes. Quant à moi, je lui décrivais mes amis, ma famille et bien sûr cette campagne dont je lui apprenais tous les secrets. Elle était mûre, une femme avant l’heure, je l’écoutais, béat, admiratif. Je la comparais à ma maîtresse d’école à qui je devais obéissance et fidélité. Chaque syllabe sortie de sa bouche était une note, une phrase était une mélodie, plusieurs phrases un morceau de musique que l’on se devait d’écouter attentivement. Je sentais qu’elle m’aimait bien mais je n’osais lancer une remarque déplacée de peur de remettre en cause notre amitié. A l’heure du goûter je ne pus m’empêcher de l’inviter. Non seulement cela m’arrangeait de rester avec elle mais surtout cela satisfaisait mon estomac qui commençait à émettre des bruits bizarres… Sur le chemin, je jouais au fleuriste lui faisant découvrir les différentes espèces de fleurs qui nous accompagnaient dans notre marche vers la ferme. Je lui cueillais d’ailleurs un bouquet délicatement assorti, mélange de différente couleurs et formes toutes aussi belles les unes que les autres. Elle acceptait mon cadeau en me gratifiant d’un large sourire. La maison se profilait au loin et nous y arrivâmes vers quatre heures et demi. Ma grand mère avait dressé la table sur laquelle se tenait mille et une merveilles qui faisait grandir mon appétit et chatouillait mes papilles gustatives. La brioche était encore chaude et le pain était frais du matin. Les pots de confiture étaient alignés sur une petite étagère que je m’empressais de dévaliser. Elisa choisit la mûre, ce fruit sauvage et si mystérieux qui lui ressemblait un peu. Elle commençait à tartiner sa brioche lorsque ma grand-mère revenue des fourneaux s’intéressa à cette jeune fille qu’elle n’avait jamais vue et sa curiosité n’en était qu’aiguisée. D’un ton jovial qu’ont ces gens de la campagne, elle s’adressa à elle : « Qu’est ce qu’une jolie petite fille comme toi fait donc avec mon chenapan de petit garçon ? Je n’avais à ce moment qu’une envie : me cacher. Ma grand mère voulait elle donc casser tout mon rêve ? J’avais tellement peur qu’elle raconte toutes mes erreurs d’enfance et je priais pour qu’elle se taise. Cependant, la réponse d’Elisa me rassura un peu : -Il est très agréable et me « désennuie » car je suis nouvelle dans la région. » Ma grand mère s’engouffra alors dans cette brèche grande ouverte pour lui demander où elle habitait, d’où elle venait, comment elle s’appelait… Bref toute cette foule de détails racontables le dimanche matin à l’hebdomadaire rendez vous qu’est la messe. J’étais impressionné par la rhétorique d’Elisa qui répondait du tac au tac fuyant les questions indiscrètes, s’exprimant de façon sûre et maîtrisant le dialogue tels ces politiques que je ne voyais qu’à la télévision lors des grands débats pré-électoraux. Après le goûter, elle me quitta et j’eus alors droit toute la soirée aux remarques de ma grand mère surprise que je puisse ramener une fille si jolie et si bien éduquée. Elle me « chambra » un peu mais c’était de bonne guerre car je ne ratais moi aussi que peu d’occasions de l’embêter. La nuit fut douce, et le sommeil ne tarda guère à me trouver. Nous étions dans la période des moissons et de ce fait, je fus réveillé le lendemain matin par le bruit de la moissonneuse-batteuse qui attendais mon grand père. Ainsi, je me levais de bonne heure, ma grand mère m’avait déjà préparé mon petit déjeuner que je m’empressais d’avaler pour rejoindre mon grand père sur cette machine fascinante qui avalait le blé et dont ne ressortait que des grains prêt à être mis au silo. J’arrivai au champ où je voyais tous ces hommes et je fus surpris de trouver mon grand père discutant avec un homme somme toute élégant qui portait un pantalon de ville et une veste genre smoking. Il portait même la cravate ! Chose drôlement étonnante pour un homme dans un champ. Mon grand père m’introduisit donc à lui, fier de présenter « son petit gars », le monsieur parlait très bien, c’était un homme de bonne famille, élégant, portant la moustache. Son crâne commençait légèrement à se dégarnir. Il devait avoir entre quarante cinq et cinquante ans, son visage était assez fin mais l’homme paraissait un peu sévère avec ses gros sourcils noirs. Ses yeux étaient de la même couleur et j’avais l’étrange impression de les avoir déjà vus quelque part. il me demanda mon prénom, je m’empressais de lui répondre et d’ajouter que cela m’étonnait de voir un homme en smoking au milieu d’un champ. L’homme satisfit alors ma curiosité, m’expliquant qu’il était le nouveau notaire du village et qu’il venait d’emménager ici alors qu’il était précédemment en fonction à Paris. Je venais donc de découvrir le père de mon amie que je devais d’ailleurs rencontrer l’après-midi. Il me dit alors qu’il avait eu des échos d’un jeune homme qui avait visité sa fille depuis deux jours et qui semblait selon les dires de sa femme et de sa femme et de sa fille être un gentil garçon. Cependant, sa femme avait dû lui faire la réflexion que sa fille était toute bouleversée depuis quelques jours, qu’elle la sentait bizarre, un peu « dans la lune ». Je ne rajoutais rien là dessus et déviait la conversation sur la belle récolte que nous devions faire cette année là. J’étais quelque part fier de lui avoir arraché ces paroles qui me rassurait quelque peu. L’homme avait cependant l’air pressé puisque l’entretien ne dura qu’une dizaine de minutes. Il n’avait pas l’air très au courant des affaires du coin et avait dû crouler sous le travail ces derniers jours car ses traits étaient tirés et qu’il avait des cernes. Il devait avoir fort à faire pour reprendre la suite du vieux notaire qui avait pris sa retraite il y avait peu. C’est en tout cas ce que m’expliqua « papi » en revenant pour déjeuner. Il était treize heures lorsqu’elle vint frapper à la porte. Je m’étonnais de cette visite impromptue puisque je lui avais dit que j’allais la rejoindre. Bref, je sortis donc avec elle. Elle me demanda alors si j’avais vu son père. Je lui répondis que oui. Elle m’annonça alors qu’elle avait parlé avec lui au sujet du jeune garçon qu’elle avait rencontré. Il avait l’air de surveiller ses fréquentations. Normal, après tout, pour cet homme qui était tout de même d’un certain rang. Bref, elle me dit qu’elle souhaitait m’inviter à dîner avec mes grands parents le lendemain soir. Cela permettrait à ses parents de connaître leurs nouveaux voisins et de m’introduire en douceur auprès de son père. Je sentais qu’elle le craignait un peu. Il paraissait, il est vrai dur, mais de mon avis cette façade cachait sans aucun doute un homme juste qui ne devait pas avoir un mauvais fond. D’ailleurs, ne fallait-il pas être un minimum bien pour avoir créé cette pure merveille qu’était Elisa ? J’espérai que mes grands parents accepteraient l’invitation en tous cas, j’allais tout faire pour les convaincre. Cette après midi là, nous décidâmes de le passer à la mare qui était en fait une petite retenue d’eau du ruisseau qui passait non loin de la ferme. Cela formait une mini piscine d’environ dix mètres sur dix. L’endroit était assez ombragé, entourée d’arbustes de toutes sortes. L’eau y était claire et limpide puisque en permanence renouvelée par le ruisseau. Je me jetais alors dans l’eau tout habillé, je nageais, lui faisant des gestes de la main pour qu’elle me rejoigne. Je la sentais frileuse, elle n’osait pas rentrer dans l’eau. Je sortais alors, enlevais mon tricot et délicatement lui défaisais son chignon et sa petite chemise en dentelle. Elle me regardait et se laissait faire. Elle me dit alors que je ne réussirais pas à la mettre dans l’eau aussi facilement que cela. Mais elle n’eut point le temps de se débattre ou de faire un quelconque mouvement de recul qu’elle était déjà dans mes bras. Elle criait et se débattait mais je fus le plus fort et nous terminâmes tous deux à l’eau. Elle éclata alors de rire et commença à m’éclabousser. C’est ainsi que commença notre après-midi aquatique qui ne se termina qu’en début de soirée. Nous fûmes obligés de rentrer car il se faisait de plus en plus frisquet. Elle repassa alors chez mes grands parents pour leur annoncer l’invitation que ceux ci acceptèrent avec joie. J’en étais soulagé. Je la raccompagnais ensuite chez elle après lui avoir prêté un blouson car nous étions tous deux complètement trempés. Ma nuit fut marquée par ce magnifique rêve où je me voyais avec elle sur un de ces plongeoirs de compétitions que l’on voit aux jeux olympiques. Elle s’avançait lentement vers moi, nos poids faisait tanguer de plus en plus fort la planche, elle se jetait alors sur moi et nous tombions tous deux dans l’eau accrochés l’un à l’autre dans un énorme splash. Nous restions ensuite sous l’eau à nous embrasser. J’étais, pour le jeu de mot, heureux comme un poisson dans l’eau. Mes aventures aquatiques de la veille en avaient donc été jusqu’à marquer mon inconscient et j’étais tellement obsédé par elle que je la retrouvais jusque dans mes rêves. Curieux est le sentiment amoureux, il vous envoûte, vous pénètre, gagne le plus profond de vous même, affole vos sens et amplifie vos émotions. Il vous donne une force disons surnaturelle, une rage de vaincre. La simple pensée de votre seconde moitié vous remet sur pied, vous encourage, vous donne une raison de vivre. On se dit que le destin a placé cette personne dans notre vie pour nous aider. D’ailleurs elle arrive aux moments ou on ne l’attend pas et souvent dans ceux où l’ on a besoin de quelqu’un. Le lendemain matin, mon père me téléphona un long moment. Je lui racontais que j’allais très bien, qu’il faisait beau … Bref, tout ce qui peut rassurer un père éloigné de son fils. Ce qui m’avait paru le plus bizarre était que ma mère d’un naturel si inquiet et si « maman-poule » ne m’avait pas encore appelé. Elle avait peut être enfin réalisé que je n’étais plus un bébé et qu’elle n’avait plus besoin d’être en permanence sur mon dos. Je m’occupais ensuite à jouer avec la chienne jusqu’au déjeuner. Ma grand mère s’affairait autour des fourneaux car aujourd’hui était le jour des galettes. Elle s’affairait à pétrir la pâte, il fallait bien la malaxer afin qu’il n’y ait pas de grumeaux. Elle se préparait à la venue de mes cousins et de ma tante qui était également ma marraine. Ceux ci devait arriver vers midi mais était ce jour là en retard d’une bonne demi-heure. Quand ils arrivèrent, « mamie » commença à faire les galettes. Chacun avait sa « recette » pour les manger. Pour ma part, j’aimais mettre dans ma galette une tranche de jambon, un bout de lard, un bout de saucisse et un œuf. Je dois vous confier qu’après cela, je n’avais plus très faim et profitait de la chaise longue pour faire une petite sieste qui facilitait ma digestion. J’adorais ces repas ou une partie de la famille était réunie. C’était l’occasion de revoir les personnes chères à mon cœur. Cependant, ce jour là, il manquait à l’appel ma mère, ma sœur, mon père et mon oncle. Ces deux derniers d’ailleurs était de grands amateurs de galettes. A la fin du repas, Guylène, ma marraine, annonça à Mamie que Alexandra, ma filleule et cousine, allait rester passer la nuit ici car, travaillant le lendemain, elle ne pouvait s’en occuper. Je me voyais donc confier la fonction de baby-sitter officiel de ce petit bout de chou de quatre ans plein d’énergie et prêt à imaginer et à réaliser toutes les bêtises possibles. Malgré tout, le fait qu’elle soit ma filleule, sa jolie frimousse et son sourire ravageur excusait tous ses débordements. Pour ma part, j’allais devoir concilier la garde de ce diablotin et mes visites quotidiennes à Elisa. Il était environ quinze heures lorsque ma marraine nous quitta avec mon cousin Yoann qu’elle devait conduire chez son autre grand-mère. Alexandra restait donc avec moi. Elle commença à me demander ce que l’on allait faire cet après midi là. Une idée me vint alors. Pourquoi ne pas présenter Alexandra à Elisa. Les femmes ont un don avec les enfants, je crois qu’elle appellent cela l’instinct maternel. J’espérais que cela se vérifierait avec elle. Alexandra fit les quelques minutes de marche sur mes épaules et je dois tout de même dire qu’elle représentait un joli petit poids qui m’avait bien essoufflé. Elisa, comme je l’avais prédit, s’étonna d’abord que je lui amène un si joli bambin et commença à établir avec elle une relation de confiance. Si bien qu’au bout d’une heure on aurait dit les meilleures amies du monde. Alexandra nous faisait tout deux rire de ses pitreries. Elle courait dans tous les sens, sautait, jouait. Un moment, elle s’arrêta, nous regarda et nous demanda si l’on voulait faire un « cache-cache ». Nous n’eûmes pas le temps de répondre qu’elle commençait à compter. Nous devions donc nous cacher . J’aperçus un arbre creux, dans lequel on pouvait aisément se glisser tous les deux. Nous étions serrés tout de même, tellement qu’Elisa était presque allongée sur moi. Nous étions un peu gênés de nous retrouver ainsi collés l’un à l’autre. Nos visages se rapprochaient l’un de l’autre comme deux aimants. Je ne sais quelle force nous attirait mais elle était irrésistible. Mes lèvres commencèrent à toucher sa joue, j’allais l’embrasser et soudain : « Trouvés !!! mais vous étiez bien cachés quand même. » C’était Alexandra. Sur le moment, j’eus envie de la tuer. Une vague composée de surprise, d’étonnement, de colère s’était déversée sur moi. J’avais pris une énorme décharge d’adrénaline. Mon Dieu, pourquoi à ce moment ? J’y étais presque. J’avais pour la première fois de ma vie pris l’initiative avec une femme. Je me disais qu’elle venait peut-être de gâcher le plus beau moment de ma vie. J’avais peur que ma bien-aimée me rejette après cette tentative ratée. J’étais si déçu… Nous continuâmes donc la partie de cache-cache mais pas avec le même enthousiasme qu’auparavant. L’après-midi se passa donc. Elle fut occupée à différents jeux pour amuser ma cousine. Je dus quitter Elisa vers cinq heures mais je devais la retrouver le soir lors de ce fameux dîner. Je retournai donc à la maison accompagné de ma filleule qui venait de me jouer le pire tour qu’elle avait jamais fait. Je lui pardonnais tout de même, me disant que le destin voulait qu’elle eut apparu à ce moment précis. Je mettais mon beau pantalon noir, ma chemise blanche. Je me coiffais comme pour les grandes occasions. Ma grand mère avait sorti son tailleur et mon grand père était d’une rare élégance dans un superbe ensemble gris. Il était rasé de près, la peau noircie par le soleil, les cheveux gominés rangés sur le côté. Mamie avait mis du temps mais elle avait finalement réussi à coiffer les fins cheveux blonds de ma boule de nerf préférée. Elle était toute mignonne dans sa petite robe rouge ; cette petite poupée était même légèrement maquillée. Ses cils avaient pris une coloration bleu nuit et ses lèvres avait « rougies ». Il était vingt heures quand ma grand mère sonna à la porte. Elisa leur ouvrit la porte et les invita à rentrer. La salle à manger en chêne était de style rustique. La longue table en imposait et les meubles étaient harmonieusement disposés. Des tapis parsemaient le sol. La table était mise. Le raffinement des assiettes en porcelaine et des couverts en cristal m’impressionna. Nous nous mîmes à table et le repas fut servi par la mère d’Elisa, Sylvie de son prénom, femme élégante et raffinée, qui était soi dit en passant un fin cordon bleu. Les discussions fusaient entre les adultes et je n’échappais bien sûr pas aux différentes questions des parents de mon amie. Je pense que ce soir là, je fis bonne impression, répondant à toutes leurs interrogations sur ma personne de manière détachée, tout en évitant les questions pièges. Alexandra pimenta le dîner en chantant quelques chansons enfantines et en amusant la galerie. Le dîner se termina aux alentours de dix heures. Il fut très agréable ; Je restais quelques minutes seul à seul avec Elisa et lui annonçais que ma semaine à la campagne prenait fin et que j’allais devoir la quitter le lendemain soir. Elle me paraissait triste mais ne laissa pas assez ses émotions se dévoiler pour que je puisse cerner son point de vue. Je rentrai ensuite à la ferme. Au moment où j’allais me coucher Alexandra arriva à l’improviste dans ma chambre. Ça lui prenait comme ça. Elle venait me voir et me supplier, en me montrant un livre de Blanche-Neige et les sept nains, de lui relire un conte qu’elle connaissait déjà par cœur. J ‘avais beau ne pas être extrêmement enthousiaste mais son air attendrissant puis cette petite larme qui coulait sur sa petite joue eurent tôt fait de me convaincre. Elle se mit alors à crier et à monter sur mes genoux, tournant les pages plus vite que je ne lisais les quelques lignes de texte. Elle laissa finalement sa tête tomber sur mon épaule et me demanda de la prendre dans mes bras. Elle me raconta alors ses aventures à l’école, m’apprit qu’elle s’était faite gronder par la maîtresse…Elle parlait, me regardait avec ses petits yeux bleus, prenait mes mains, s’amusait à tordre mes doigts, me posait des questions sur « l’école des grands », sur ce que je voulais faire plus tard et moi bêtement je tentais de lui expliquer simplement ce que je faisais et elle riait. Quand tout à coup, je la vis mettre son pouce dans sa bouche et de l’autre main jouer avec ses bouclettes dorées, je me dis qu’elle devait être fatiguée. Ses paupières étaient lourdes. Elle s’endormit dans mes bras. Je la déposais alors dans son lit, la bordais et la regardais. Comme c’est beau un enfant qui dort ! Je ne me lassais pas de la regarder. Ses jolies boucles blondes retombant sur son visage, son petit nez et son air malicieux. Elle souriait en dormant ; se tournait, se retournait, tenant avec ses petites mains le bord de la couverture. Quelle idée j’avais de rester ici à la regarder ! Je ne savais ce qui me retenait à ses côtés, peut-être son sourire angélique, les légères ondulations dans ses petits cheveux ou encore une sorte d’instinct paternel et protecteur. Que sais-je encore ? la peur que ce petit être sans défense soit terrorisé par un affreux cauchemar. Je ne savais pas mais je la trouvais belle. Je retournai alors me coucher après cette journée mouvementée. Je passais ma dernière journée avec, si l’on peut dire, les deux femmes de ma vie. Merveilleuse journée malgré le temps qui se dégradait. Nous allâmes au bourg acheter des sucreries pour Alexandra (et pour nous aussi !), à la mare nous baigner une seconde fois et finalement nous restâmes à bronzer dans un champ. Pour le dernier soir, je m’étais décidé de lui avouer mon amour et pour cela l’avait invité à un pique nique sauvage et romantique. Le dernier soir de cet été là fut magique. Malheureusement, depuis quelques jours déjà, l’atmosphère était lourd, le temps orageux. Je redoutais la tempête qui m’aurait privée d’une dernière rencontre. Nous devions nous dire au revoir, peut être même adieu. Nous étions allongés dans l’herbe à côté de la nappe sur laquelle était posées plein de bonnes choses, regardant les étoiles. Une légère brise venait nous « caresser les orteils ». Elle me parlait de sa voix douce, de tout, de rien. Ses longs cheveux détachés, ses petits yeux, sa façon de parler, de marcher, de s’habiller. J’étais à l’aise. Un moment, alors qu’elle me regardait droit dans les yeux, ma bouche s’ouvrit toute seule et murmura des paroles dont moi-même je ne comprenais pas le sens, mais j’allais m’en rendre compte assez vite. Je lui avais dis : « Je t’aime ». Interloquée, elle interrompit son discours, me regarda d’un air amusé, surpris. Un grand sourire se dessinait alors sur son visage, elle approchait sa main, la posait délicatement sur ma joue avec une sensualité tellement, tellement…tellement. Je ne sais pas. Ses lèvres effleurèrent les miennes. Son regard me charmait, ses yeux luisaient, on aurait dit qu’elle pleurait. Elle était devenue incapable d’articuler un mot mais son regard en disait long. Ses lèvres m’exprimèrent alors les plus jolis mots que l’on m’aient jamais dits : « Je t’aime aussi ». Délivrance ! Je me voyais aussi grand qu’Alexandre, plus fort encore que César ; j’avais conquis mon plus grand trésor. Magie de l’Amour ! Elle s’avança lentement vers moi, m’enlaça et m’embrassa. Mon dieu ! quelle sensation ! Le paradis était redescendu sur Terre. Je faillis perdre connaissance. Ses lèvres touchèrent les miennes dans un fracas de tonnerre. L’orage !!! Je sursautais pris de panique, elle me rassura. Nous continuâmes sous la pluie jusqu'à un abri naturel qui n’était autre qu’une sorte de dolmen. Elle continua ce qu’elle avait entrepris précédemment. Cette nuit là fut la plus belle que j’ai jamais vécu… | |||
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