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forum Index du forum forumNouvelles forumUne chanson douce

Auteur : Sujet: Une chanson douce  Bas
 Marie-France
 Messages postés : 68
  Posté le 12/05/2006 16:37:42
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C'était une nuit de mars, froide et tempétueuse. Couché sur le dos, comme si le vent l'avait culbuté : un pâle croissant de lune. La nuit luisait comme un tissu de fête, léger, aux fuyantes effilochures nuageuses. Lorsqu'ils arrivèrent sur la place, le vent coupait presque la parole, soulevait un puissant tourbillon de poussière. Arrivés devant l'immense bâtisse, les ramures squelettiques du jardin flagellaient les grilles.



Une sueur d'angoisse l’étranglait. La face blême, la voix entrecoupée...



Le vestibule où ils entrèrent était brillamment éclairé.

- Que se passe-t-il ? Où l'avez vous donc retrouvée, encore ?

La petite fille versa des larmes sur les mains de l'homme qui venait de la ramener.


Elle tenta de placer quelques mots.

- Tais-toi ! Monte dans ta chambre, je vais m'expliquer...

Monsieur Jean présenta ses salutations à l'homme qui avait gentiment ramené la petite, tandis que celle-ci gravissait l’escalier du premier étage, doucement, curieuse, à pas de loup, pour saisir des bribes de la conversation. Cet inconnu allait-il raconter où il l'avait recueillie ?

- Oui ! Encore merci de nous l'avoir ramenée, elle est infernale et ne connait que les fugues, elle n'est, assurément pas le meilleur échantillon que nous possédons.

La petite fille tenta de s'endormir encore toute habillée… Prête pour l'interrogatoire du lendemain ? Attendons !.... Elle savait déjà qu'elle sentirait comme un vide et un froid parcourant son petit corps.

Après une nuit agitée, Mallory descendit doucement les escaliers. Son visage rond et ses pommettes rosies, lui donnaient un petit air de poupée russe. Sa lourde chevelure brune flottait sur ses épaules. Monsieur Jean l'attendait, les deux mains posées sur les hanches, les lèvres pincées. Elle le toisa avec étonnement, comme elle savait si bien le faire chaque fois qu'il manquait de tact.

- Tu es vraiment insupportable !
- Pas vis-à-vis de vous, Monsieur Jean.
- Ah ?
- C'est à cause de cette vie que je ne supporte pas, j'ai sans cesse envie de m'enfuir !

Elle était si fraîche. Sans défaut, presque, comme une petite fille de douze ans. Non dépourvue de caprices, mais dépourvue de toute méchanceté. Parfois, elle avait du mal à riposter, elle se contentait d'être blessée pour quelque temps encore. Lorsqu'elle posait ses grands yeux sur lui, comme maintenant, et qu'il demandait des comptes, il pouvait ressentir une immense antipathie. Presque de la colère, surtout parce qu’elle voyait, parce qu'elle croyait qu'elle avait raison et que lui ne pouvait s'empêcher de se défendre.

- Tu as de la chance d'avoir un toit, Mallory, tu sais… Il y a je ne sais combien d'enfants abandonnés !
- Monsieur Jean, je suis une petite fille abandonnée, moi aussi !
- Mallory ? Tu n'es pas bien chez nous ?

Les lèvres de la petite fille étaient incolores, comme un pétale de rose sous la neige.

- Je voudrais être grande, Monsieur Jean... Je voudrais..je voudrais être une belle étoile aussi.

Mallory, murmura-t-il en suivant la forme de sa tête avec ses deux mains...

- Tu es aussi belle qu'une étoile.


Elle rejeta sa tête en arrière en riant.

- Une jolie étoile, oui...mais je te voudrais, moins "filante"...

Là-dessus Monsieur Jean baissa ses yeux de faïence froide. Un moment elle le regarda en douce. Il se leva, poussa un cri et se frappa le front.

- Mallory, va prendre ton déjeuner, ma femme t'attend dans la cuisine.
- Bonjour m'dame.
- Tu as bien dormi petite ?
- Oui m'dame, et vous ?
- Assieds-toi je dois te parler.

Le poêle ronflait bien, néanmoins l'ambiance était glacée. Le lait qu'elle avait mis à bouillir se sauva. Une odeur écœurante de lait brûlé se répandait et ses yeux picotaient un peu.

- Mallory…
- Oui ?
- Mallory, il faut que tu saches, tu es grande à présent... Monsieur Jean et moi ne sommes que tes parents adoptifs... Mallory partait à la dérive comme un banc de glace.

- Ma mère ?
- Décédée à ta naissance.
- Et mon père ?
- Inconnu !
- Inconnu ? dit-elle en se raclant la gorge par l'émotion.
- Je ne comprends pas ! J'avais des parents dans l'autre maison ? Mais d'où me connaissez-vous, hurla la petite, en pleurant...
- Tu resteras avec nous, jusqu'à ce que tu atteignes tes 18 ans, tu es bien ici, dis moi, Mallo ?

Un frisson la parcourait, de multiples visages hantaient péniblement ses souvenirs. Elle éprouvait de l'incompréhension, un dégoût de la vie; elle s'en retourna dans sa chambre, là-haut, le cœur serré, en murmurant : « maman, morte à ma naissance, maman, morte à cause de moi ? papa inconnu ? »

Madame Jean se contenta de hocher gravement la tête et se remit à marcher, arpentant de long en large la pièce principale. Les reflets dansants des flammes sur le poli du buffet et les sursauts inquiétants des ombres au plafond prenaient un caractère lugubre....

Monsieur Jean s'approcha de sa femme.

- Dis moi ? La petite ne savait donc pas que sa mère était décédée le jour de sa naissance ?
- Je ne sais pas trop, elle n'y parait pas, mais c'est une enfant avancée.
- Elle n'est pas gaie cette petite, tu l'as vue sourire, toi ?
- Non !... Enfin...si, un peu parfois, et d'autres fois, elle semble suivre une voie ténébreuse toute tracée. L'instit va jusqu'à dire, qu'elle se retire souvent, seule dans un coin de la cour, lors des récréations; qu'elle écrit des petits bouts de phrases sur des papiers, qu'elle les serre entre ses mains comme des secrets précieux. Elle semble vouloir mener une vie retirée, comme si elle voulait échapper à la véritable existence.

- On dirait l'enfant sauvage, tu ne trouves pas ?
- Elle souffre, voyons, c'est différent. Elle est sensible et raffinée et n'oubliera jamais que son manque de maman est handicapant. Sa vraie peine, Dieu l'a déjà fixée, qui peut aller au-delà ? La bible le dit d'elle même : Dieu ne nous éprouve jamais au-dessus de nos forces.
- J'émets le vœu qu'elle cesse de nous faire tourner en bourrique
- Et moi, j'émets le vœu que tu l'aimes davantage...comme si elle était notre fille, est-ce possible Jean ? Souviens-toi toujours que l'amour n'a pas de limite, donc pas d'excuse pour nous.
- Ici, elle ne manque de rien voyons !
- N'as-tu pas vu dans ses yeux tout à l'heure, il y brillait une infinie détresse...
- Cette petite se fabrique un personnage dont les racines m'échappent !
- Elle ne connaît pas, justement ses racines, tout le drame découle de là. Les enfants se plaisent à s'inventer des personnages, cela n'a rien de surprenant, des petites entorses à la vie qui peuvent apporter une joie certaine, une joie de vivre, quand bien elle serait éphémère. Il y a même des adultes qui prétendent être quelqu'un de notable, et lorsque l'on gratte un peu le vernis on a, hélas, envie de prendre ses jambes à son cou....

Il resta encore un moment assis, sa pipe éteinte dans la main, puis se leva lentement et monta à l'étage. Sa femme le suivit de près, puis s'arrêta devant l'escalier comme si elle savait qu'elle risquait de le vexer en l'accompagnant jusqu'au bout.

Mallory se leva d'un bond.

- Les cloches ! Les cloches ! Monsieur Jean.
- Tu sais les reconnaître, Mallory ?
- Oh oui !
- Il y a beaucoup d'églises ici, tu sais.
- Je sais, je sais, il y en à trois.
- Deux églises, Mallo , et une chapelle.
- Les plus proches, sonnent souvent au même moment, comme dans un chœur. Certaines sont si lointaines l'on dirait un écho. Certaines ont un ton doux, d'autres, plus perçant.


Ainsi, elle fit un geste, mit ses deux mains sur sa tête, se mit à tourner, comme si elle dansait, descendit et perdit ses pantoufles, qu'elle ne ramassa pas.

- Va vite t'habiller Mallory, nous allons faire les magasins
- Les magasins....Maminou ? ?

Mallory enfila ses chaussures et son manteau dans la minute qui suivit.


Elle s'agrippa au bras de Madame Jean.

- On va t'acheter de nouvelles chaussures
- Et... je pourrai les choisir moi-même ?
- Nous allons voir...

Le poids qui lui comprimait la poitrine s'allégea comme par magie.

Mallory essaya maintes paires de chaussures, pour finalement, repartir avec une paire de clarks. Déjà une idée germait en elle : dessiner le plus tôt possible, dessus.

Madame Jean l'observait. Elle avait toutefois beaucoup de mal à tempérer ses discussions. Cette maman décédée à sa naissance la poursuivait. Mallory, pourtant jeune et pleine de fougue, perdait pied chaque fois qu'elle tentait de poser une image sur ce visage inconnu...Vrai, elle avait toute la vie devant elle pour tempérer ses élans. On dit que c'est de la différence que nait la richesse, mais sa façon de communiquer, avec un entourage restreint, apportait des réponses stériles à certaines de ses questions.

Madame Jean entra à la boulangerie, priant Mallory de bien vouloir l'attendre sagement à l'extérieur.

Une minute d'inattention, et voilà que Mallory se sauve à toute vitesse, pousse la porte de la première église qui se trouve sur son chemin, et s'y glisse. Elle se blottit dans un recoin quelques minutes, s'avance, s'empare d'un petit cierge et l'allume. Murmure tout bas :

- C'est pour toi maman, parce que je t'ai fait mourir à ma naissance et que tu me manques tous les jours...

Doucement, tout en essuyant ses yeux, elle vint s'asseoir sur un siège, seule, au milieu de toutes les autres chaises, face à l'autel. Les yeux fermés, les larmes coulaient sur un passé, inconsolable, une petite enfance qu'elle n'avait pas eue. Elle le savait, le passé, on ne le refait pas, on peut tout au plus le revisiter, pour en chasser les vieux démons. Parler avec quelqu'un de neutre lui ferait un bien énorme. Vider son cœur ? Se réconcilier avec elle même ? Mais..… mais, quand le cœur bat pour un fantôme...

Mallory venait souvent rôder par ici comme si quelque chose de plus fort que la raison l'attirait en ce lieu. Une main posée doucement sur son épaule, la fit sursauter, rouvrir les yeux.

- Ne bouge pas, dit la voix…

Néanmoins, Mallory se retourna et vit un homme, un personnage assez âgé, exceptionnellement beau.

- Vous m'avez fait peur, m'sieur.
- Depuis combien de temps viens-tu ici, petite ?

Tremblante, elle lui répondit :

- Je...je..heu..je suis bien ici, je parle à Dieu, tout est calme, je me sens bien. Dieu me prête attention et là, je sais que j'existe, vous comprenez ? Mais qui donc êtes-vous m'sieur ?
- Ne pose pas de question Mallory, je veux ton bien.
- Mais...vous connaissez mon prénom ?
- Je serai là chaque fois, que tu en éprouveras le besoin, petite
- Quel âge avez-vous ? D'où venez-vous ?
-....Je n'ai pas d'âge. A bientôt, et surtout...chasse bien ton chagrin, promets-moi ?

Le beau vieillard disparut, et Mallory resta perplexe.

C'est étonnant qu'il connaisse mon prénom ?....Et, si je rentrais à la maison ou bien ils vont encore lancer un avis de recherche.

- Ah ! Ce n'est pas trop tôt, où étais-tu Mallory ?
- A l'église, Maminou.
- A l'église ? Mais pourquoi donc ?
- ...
- Réponds moi Mallory.
- J'ai mis un cierge pour maman.
- Mais, Mallo, tu n'avais pas d'argent !
- Ben oui, je sais, mais j'ai récité un "je vous salue Marie" à la place.
- Ah...
- Vous comprenez madame Jean, pour moi cela à autant de valeur, je n'ai rien volé, j'ai échangé, et Dieu, lui, il préfère le son d'une belle prière plutôt que le bruit d'une pièce qui tombe dans une boite.

Madame Jean entama une quinte de rire blessé, qui n'en finissait pas de lui secouer les épaules.

- Ne vous inquiétez pas trop pour moi, car votre inquiétude ne changera pas grand chose à ma condition. J'ai douze ans m'dame, je ne suis plus une petite fille. Ces voyages de maisons en maisons, çà me donne la nausée, à moi ! ballotée, çà et là, çà vous aurait plu à vous ?

Dans ses moments de solitude , elle flirtait entre le vrai et le faux, elle écrivait, elle méditait, elle rêvait, elle se sentait amputée de sa maman...

- Je parle à qui quand j'ai mal ? quand mes nuits me semblent plus longues que mes jours ?
- Calme, toi, Mallory , tu fais mal, tu te fais mal !

La petite pleurait et continuait...

- Finalement c'est dans la solitude absolue que j'éprouve le plus besoin d'écrire, d'écrire tout ce qui me traverse la tête. Je crois que c'est dans cette solitude que j'écris ce qui me ressemble le plus....

A suivre.....

Je respecte trop la musique pour l'écouter en fond musical.
 Philippe Lemoine
 Messages postés : 2475
 Philippe Lemoine
  Posté le 12/05/2006 17:07:23
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Une belle histoire Marie riche et poètique mais surtout d'une belle écriture, les mots glissent harmonieux enlacés les uns aux autres...tu possèdes un réel et grand talent d'auteur Marie...
Bravo et plus encore et vive la suite...

Bisous

Le propre de l'homme est son pouvoir de destruction
 Marie-France
 Messages postés : 68
  Posté le 14/05/2006 07:55:01
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Ton commentaire me touche beaucoup,merci Philippe!
Bisous
Marie

Je pose la seconde partie,

Je respecte trop la musique pour l'écouter en fond musical.
 Marie-France
 Messages postés : 68
  Posté le 14/05/2006 07:56:26
Send a private message to Marie-France


- Je me demande si je suis chrétienne, Madame Jean. Est-ce que je suis baptisée ?
- Je possède de précieuses informations à ton sujet que je partagerai avec toi le moment venu, et surtout lorsque je te sentirai apaisée.

D'une main, pensive, la petite frôla le bahut en chêne massif... des cadres avec des visages inconnus, et au milieu une caravelle, comme en possèdent la plupart des gens. Elle saisit un sablier décoratif, venu de Bretagne, le manipule dans tous les sens, le retourne, puis fixe ses yeux sur le sable fin et rouge qui s'en écoule...

- Madame Jean, je monte un peu dans ma chambre, je redescendrai pour le dîner.
- Oui... oui, va Mallory.

On entendit le cliquetis de la serrure de la porte de la chambre. Elle se sentait bien en sécurité, courut prendre son cahier où elle s'exprimait ses pensées à sa maman. Elle s'allongea sur son lit, une main soutenant son menton et les coudes reposant sur le lit.

« Maman, le monsieur de l'église m'a appelée par mon prénom, comme s'il me connaissait depuis toujours. Je ne peux lui donner d'âge. Je voudrais lui parler du manque de toi, maman. J'ai un peu peur de frôler le ridicule, alors je vais attendre, je le reverrai sans doute... il a promis.
Sais-tu que les Jean ne me comprennent pas toujours, ils me renvoient une certaine tendresse, mais je les trouve un peu mous, un peu soucieux. C'est curieux tu sais, je n'arrive pas à comprendre pourquoi les familles choisissent les enfants, et pourquoi cela ne serait pas le contraire.
Madame Jean, que je nomme Maminou quand je l'aime fort, attend que je sois plus calme, sans doute plus mature également, moins rebelle, pour me parler de toi en toute tranquillité. Moi je sais maman que tu es morte à ma naissance et qu'ils n'ont pu te sauver, ouiiiiiiiiiiii je sais, parce que les adultes parlent entre eux sans se soucier de notre présence, et ensuite ils s'étonnent de nous trouver en pleurs...
Ils m'appellent pour le dîner, je dois te laisser, petite maman, dans ton lit de ciel auprès des anges
Ta petite Mallory qui t'aime ».

- Elle n'a pas lieu de s'ennuyer chez nous, voyons !
- Et alors, n'est-ce pas que la plupart des gens lorsqu'ils s'ennuient, au lieu de monter à un degré plus haut, descendent un degré plus bas, ils deviennent encore en dessous de ce qu'ils étaient et ils font toutes les bêtises que les autres font, toutes les crapuleries, tout ceci pour s'amuser. Lorsque les gens ont un grand coup dans leur vie, un "malheur" comme ils disent, la première chose qu'ils essaient de faire, c'est d'oublier ! Comme si on oubliait pas assez vite ! Et pour oublier, ils font n'importe quoi...
- Dis, elle n'a plus sa mère!
- Et... et, je sais, mais si elle souffre déjà à présent, qu'adviendra-t-il plus tard, d'elle, avec le temps ?
- Dieu seul sait, en attendant il faut tout mettre en œuvre pour faciliter nos échanges et notre relation avec elle, elle n'est pas méchante, elle a un cœur d'or, mais un fond de révolte à toute épreuve, je sais... Tu sais, la seule chose qui m'ennuie dans tout ceci ?... C'est que le départ dans la vie... l'enfance, joue un grand rôle décisif dans l'existence.

- Tiens, tiens, Mallory, te voilà enfin...
- Oui... vous parliez de moi ?

Un poste de radio diffusait en sourdine, la guitare assassine de Jimmy Hendrix.

- Monsieur Jean te trouve trop renfermée sur toi-même, quant à moi je te trouve trop rêveuse, avec des accès de tristesse, ce serait bien que tu redescendes un peu sur terre, Mallo... Tous les deux, nous te trouvons un soupçon révoltée également et là tu peux faire un petit effort ?

Durant le repas, une ambiance à la fois chaleureuse et théâtrale baignait les lieux.

- Mallory, tu veux exercer quel métier plus tard?
- Oh vous savez, Monsieur Jean, j'aimerais faire plein de choses, infirmière, coiffeuse, chanteuse !
- Tu n'as pas d'idée précise, il faut que tu travailles encore à l'école, suivre des études, bien apprendre.
- Je veux... je veux être chanteuse, comme Mathilda...
- Qui est Mathilda, Mallo?
- Mathilda, ben... c'est ma mère.
- Ah ?
- Que chantait-elle ?
- L'opéra.
- Tu en es certaine ?
- Mon père, un pauvre ténor, l'a plaquée, lorsqu'il a appris, qu'elle était « deux »...
- Tu es sérieuse ?
- Sérieusement, c'est à cause de moi qu'il est parti bien sûr... Les hommes ne veulent pas se sentir attachés lorsqu'il y a un bébé à l'horizon, et surtout lorsqu'ils sont jeunes : ils ne tiennent pas à ce qu'on les force à rester !
- Peut-être Mallo, mais tu n'as pas à juger.
- Je peux hélas, juger mon père qui a laissé ma mère et moi de surcroît.
- Ce fut une grande chanteuse, ta maman, tu as raison Mallory, hé bé, tu connais plus de choses à son sujet que nous, on dirait.
- Madame Jean est-ce que je suis française ?



Celle-ci avait une voix brouillée qui la guidait tout au long de cette sacrée discussion.

- De père... oui Mallory
- Maman ? non ?...
- Espagnole
- Et moi Maminou ?
- Sang mêlée... enfin tu as des deux bien sûr.

Les yeux baissés, Monsieur Jean épluchait une orange avec une lenteur étudiée, comme un acteur qui cherche la réplique. Contraste entre le haut de ce corps actif, et doué de mouvements et le bas, immobile renflé comme un suaire.

- Bonsoir Mallory !
- Bonsoir, après les cours je passerai à l'église demain, je crois...

Après une nuit plutôt paisible....

Elle regarde sa montre, saute du lit en vitesse... Oh le cours de 8 heures...

- Il n'a pas sonné ce réveil, grrrr

Vite, la douche, le jean, le tee shirt, le pull, les chaussettes, les clarks, et cette masse de cheveux, hop là ! un élastique ! tout ceci en un temps record.

Madame Jean, les cheveux ébouriffés, intervient.

- Mallory, tu vas être en retard cette fois, tiens ! avale un chocolat chaud !
- Pas le temps, Maminou, à ce soir...

Mallory se retourne .

- Tu sais Maminou, je t'aime fort, oui !
- Moi aussi Mallo je t'aime fort, vite dépêche-toi !

Madame Jean repoussa la porte, essuyant quelques larmes qui glissaient sur son visage... bientôt treize ans, cette sacrée gamine, soupira-t-elle.

Mallory arriva juste à l'heure...

Il y a une fille ici, pensa-t-elle, lorsque je la regarde, j'ai l'impression de me voir, moi, et ce qui m'agace, c'est de voir en elle la plus mauvaise part de moi-même, mon caractère, mon reflet, elle est vraiment moi.





Dans la soirée... Mallory assise dans le fond de l'église sort son cahier intime et le pose discrètement sur ses genoux.

« Ma petite maman, je t'écris assise au fond de l'église, il fait sombre, la nuit va commencer à tomber sous la dernière lueur bleue du ciel. Ici personne ne vient me déranger, je te sens te rapprocher de moi avec un certain sourire, remplissant cet espace vide, tu es là, maman, au-dessus de mon épaule, me relisant, berçant mon cœur dans la distance. Malgré cette distance, je te sens tout près, avec moi dans cette église, entourée de silence... »

Mallory referme vivement son carnet, on vient de lui tapoter l'épaule gentiment.

- Bonjour Mallory.
- Bonjour Monsieur.

Les yeux de la petite se sentaient vivement attirés par ce visage serein, ce doux sourire, qui n'appartient qu'à lui, des cheveux blancs à la hauteur de épaules, et cette barbe blanche lui donnant un air de mystique personnage... Elle reste quelques instants admirative.

- Comment s'est passée ta semaine Mallory?
- Bien, bien Monsieur.
- Chez les Jean?
- Tout va bien.
- Dis-moi Mallory, tu es blanche...
- Je vais bien, je vous assure .
- J'aimerais que tu aies plus de couleurs, petite.
- Les Jean sont effectivement inquiets aussi, mais qu'avez-vous tous?
- Mallory, des examens médicaux s'imposent, et tu vas te laisser faire, j'y tiens assez !
- Mais qui donc êtes-vous?
- Petite, tout vient à point à qui sait attendre, et je n'apprécie pas cette couleur de peau, tu sembles anémiée.
- ...
- Mallory, on se voit la semaine prochaine, tu me parleras des résultats des examens... une petite prise de sang et beaucoup de courage, dis-moi ?
- Promis Monsieur...

Il y avait bal ce soir. Les jeunes gens se trouvaient au comble du bonheur...

- Tu veux boire quelque chose Mallory ?
- Oui, je veux bien un verre de lait
- Un verre de lait, tu es sûre ?
- Oui... oui
- Je t'apporte ceci dans un instant.


La musique retentissait... c'est alors que pour la quatrième fois au cours de la journée, Mallory ressentit un court vertige, une lassitude anormale. Elle regardait les gens aux alentours, et voyait en quelque sorte la joie jaillir de leurs visages. Une grande clarté se dégagea autour d'elle. Des montagnes de lumières se dressaient de tout côtés... Au grand affolement des Jean, elle tomba à terre, inconsciente....



Désespérant, c'est le mot qui revient sans cesse sur les lèvres des Jean. Désespérant ce traitement qui n'apporte qu'une diminution passagère des douleurs, et qui souvent déclenche d'autres malaises encore plus graves. Désespérant de combattre des maladies à l'aveuglette... Or l'espoir d'une amélioration considérable, voire d'une guérison, existera-t-elle un jour?

Le diagnostic est tombé, Mallory est atteinte de leucémie...

- Est-elle prise à temps, docteur ?
- Elle restera ici un bon mois, elle est atteinte de leucémie aigue...
- Un mois ? Seigneur ! s'écriait Madame Jean, je ne veux pas la perdre !!!
- Elle va commencer par subir la chimiothérapie, son taux de globules blancs est catastrophique, nous ferons de notre mieux. La médecine fait des progrès et 70 à 75% des enfants s'en sortent la plupart du temps, assez bien... Cependant je ne vous cache pas que la chimio dans son efficacité même, peut détruire par ailleurs, les bonnes cellules, celles qui sont liées à la fabrication des globules rouges, d'où un traitement qui peut demander un certain temps.
- Docteur avez-vous parlé de la maladie avec la petite ? elle est fragile, vous savez.
- Oui... oui, elle sait, je ne lui cache rien, elle à treize ans et je l'ai sentie plutôt courageuse. Elle écoute, elle pleure, elle accepte, et en général ces enfants s'en sortent à un taux assez élevé.
- Mallory est armée de courage... oui... elle ne se plaint jamais.
- Ses parents ?
- Oui, adoptifs...
- Courage, nous allons la transfuser car cela est urgent.

Mallory, bien que courageuse comme le pressent le docteur, est néanmoins un peu bousculée devant ce qu'elle va devoir endurer. Il va falloir, de plus, qu'elle reste un mois hospitalisée, quel sacré coup pour elle qui remue sans cesse.

- Pourquoi moi, pense-t-elle? et le monsieur de l'église, il va me chercher partout...

Madame JEAN lui tourne à moitié le dos, elle semble pleurer... la petite se sent mal à l'aise.

Doucement l'infirmière pousse la porte et s'avance vers Mallory pour prendre sa tension artérielle. Quelques secondes s'écoulent, elle fait la grimace

- J'ai combien madame?
- Pas assez...
- Oui, mais combien madame?
- 8/5 c'est vraiment pas assez, il te faut du repos

Les Jean quittèrent la chambre, après avoir embrassé la petite

- Nous reviendrons demain, Mallo, essaie de te reposer.

Après avoir obtenu une certaine tranquillité d'âme, grâce à la concentration sur des images de paix, Mallory commençait à s'endormir.

Une nuit paisible... puis... Six heures du matin.

L'infirmière prit le pouls de la petite... plus de 100 pulsations minute. La perplexité est totale, l'accélération du pouls inquiète cette infirmière.

- On va t'apporter un déjeuner. Si tu veux, en attendant, allume le téléviseur
- J'veux pas de télé, j'veux pas de déjeuner.
- Tu veux quoi, petite?
- Je veux... je veux...

Les larmes de Mallory sillonnent ses joues, d'une pâleur extrême. Son manque de maman n'a jamais été aussi fort.

- Tiens, voici ton déjeuner... heu... attends, attends, mais non... tu as une prise de sang ce matin, tu pourras le prendre, seulement après.
- Madame, je ne veux pas déjeuner, fermez la porte, j'ai quelque chose d'important à faire.

Mallory essuie ses yeux, saute sur son carnet intime et se souvient des paroles du monsieur de l'église : «Surtout, garde toujours la foi, je serai toujours là pour toi...»

« Maman, je suis entre leurs mains, je suis faible, fatiguée, ils m'ont mis les barrières du lit cette nuit... Ils n'avaient donc pas confiance en moi ?... C'est impossible je n'en viendrai pas à bout, ils parlent d'une sale maladie, la leucémie aigue... Vrai ! je suis réellement sans force et j'ai toujours envie de pleurer. Si seulement tu étais là, maman. Je ne sais même pas si cela va s'aggraver et devenir de pire en pire... oui je sais, je ne suis pas toujours efficace, et sage, je tire les cheveux des copines, je fais des croche-pieds aux garçons, je mets des cierges dans l'église sans payer, je chaparde des pommes à l'étalage de l'épicerie, en plus je sonne aux portes des pavillons pour mon plus grand amusement, et je me sauve en courant !


Ma maladie est-elle la conséquence de toutes mes sottises, maman ? une punition ? Je ne saisis pas... une dette ? Dieu ne punit pas ?


Euh je te laisse, j'ai la prise de sang.


Je t'aime maman !»



à suivre.....


--Message edité par Marie-France le 2006-05-14 07:57:08--

Je respecte trop la musique pour l'écouter en fond musical.
 maryjo/cyrael
 Messages postés : 7418
 archiver HIER. Vivre ce JOUR.
espérer un Futur..ma
citation..maryjo
 maryjo/cyrael
  Posté le 16/05/2006 03:22:12
Send a private message to maryjo/cyrael
quelle tristesse , une histoire si bien contée,
une enfant
à la recherche de ses racines ,

ta plume
sait nous emporter , quelle émotion en te lisant,
tu es un écrivain hors pair !

merci MARIE FRANCE.

 
 Cécil John Rhodes

Tant de choses à faire, si Peu de Temps pour les Accomplir..








MARYJO
 Marie-France
 Messages postés : 68
  Posté le 16/05/2006 08:17:04
Send a private message to Marie-France


Bonjour Mary Jo

J'attendais des avis pour savoir si je peux la faire éditer...

Je vais poser la dernière partie.

Bisous
Marie

Je respecte trop la musique pour l'écouter en fond musical.

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