Amel Messages postés : 414 |
Posté le 07/02/2007 03:03:17 | | Merci Claudéa de m'avoir donné ce souffle matinal...
Suite de Vahiné
Maria est triste, déçue, un brin malheureuse.
Elle était à dix mille lieues d'imaginer ainsi la relation entre ces deux personnages.
C'était une histoire d'amour qu'elle avait bâtie, qu'elle rêvait de lire à travers les lignes échangées mais voilà qu'il n'en est rien.
Vahiné ne viendra probablement pas demain même si elle avait eu la lettre en main, Maria a ce pressentiment. Une femme blessée dans son amour-propre, déçue, trahie, ne pardonne pas parfois.
Elle se retourne dans son lit, s'agite, elle sent l'insomnie venir mais sans qu'elle ne s'en rende compte, elle ferme les yeux...
Rien que des cauchemars. Maria n’a pas bien dormi : petites périodes de sommeil agité entrecoupées de réveils fréquents ajoutée à cela l’atmosphère froide de la chambre.
Elle finit par fuir le lit quand la pendule de la cuisine sonne six heures.
Emmitouflée dans sa robe de chambre, elle fait sa toilette pensive, si elle réalise ce à quoi elle a pensé aujourd’hui, il y aura du changement dans sa vie.
En relevant la tête, elle rencontre son reflet dans le miroir. Bien que fatigués par la veille, ses traits de femme de quarante ans sont encore jolis. Elle arrange d’un geste de coquetterie ses cheveux, se sourit, elle aime l’image qu’elle voit. D’habitude, elle ne prend pas la peine de la regarder, elle a renoncé à l’entretenir.Fatalisme ? Ou fait-elle une dépression ?
Ce goût qu’elle n’a pour rien, elle ne s’est jamais posée la question, elle s’est suffie à mener une vie tranquille, routinière entre sa maison, les commerces du quartier et ses deux voisines, communiquant avec elle à travers la haie de leurs jardins mitoyens.
Fin de la toilette.
Sa radio allumée, sa cafetière mise en marche, elle met amoureusement la table, se prépare des tartines, un jus de carottes.
Un petit soleil semble vouloir forcer les rideaux du salon, elle court les tirer, entrouvre la vitre. Le froid lui mord le visage, elle le laisse faire une minute, deux. La fraîcheur la vivifie, lui donne un tonus oublié.
A table, elle regarde sans cesse la pendule mais sans angoisse. A petits pas, elle semble la mener à l’heure du rendez-vous inconsciemment attendu.
Le café a le goût du bonheur, elle ne saurait expliquer ce que c’est…différent de celui de tous les jours, apprécié non avec la bouche, les papilles mais avec le cœur : léger, battant au rythme de la musique de sa radio.
Maria retrouve ses gestes méticuleux habituels, ramasser les miettes du petit déjeuner, les lancer aux oiseaux de son jardin, laver sa tasse, ranger un peu…
Devant sa garde-robe, elle fait un long arrêt. Que lui reste-il de beau à porter, de présentable, qui lui va encore ?
Elle touche sa taille, l’encercle de ses deux mains. Elle a un peu grossi depuis qu’elle vit seule. Elle s’est laissée aller à manger à toute heure, sans retenue. Faire passer le temps par tous les moyens, dissiper l’ennui.
Elle tâte les tissus précieux de ses robes de soirée, les caresse, rêveries…Temps de jadis, la maisonnée résonnait de voix, vivait au rythme de l’amour partagé, puis tout d’un coup plus rien !
Les années de bonheur se comptent sur les doigts…pas beaucoup en regard de sa vie de solitude, beaucoup plus longue, infinie.
Pourquoi ne sorte-t-elle pas ? Elle aurait pu rencontrer quelqu’un. Non, sa déception était trop grande, elle n’avait pas le courage de tout recommencer, d’ouvrir la porte à d’autres désillusions.
Trêve de nostalgie,le temps passe et elle a tant de choses à faire après le choix de la robe : aller au coiffeur, se faire arranger les cheveux : les gens vont jaser, elle qui n’y met jamais les pieds, mais qu’importe !
Elle se choisit une robe noire égayée par des fils d’argent : sobre et chic, elle espère pouvoir y entrer…ça y est, elle lui va comme un gant, Et le miroir ! Décidément, c’est son allié aujourd’hui. Elle passe de longues minutes à se regarder, sa silhouette s’est moins alourdie qu’elle ne le pensait.
La matinée passe en préparatifs.
Une demi- heure avant le rendez-vous, elle se rend à la gare. Juste dix minutes de marche. Elle surveillera d’abord du quai la descente des voyageurs du train de quinze heures, repèrera celui qui l'intéresse, le suivra au café puis l’abordera, ainsi elle sera sûre de ne pas se tromper.
La gare.
Elle s’assoit sur un banc. Le trafic des trains est assez irrégulier, les voyageurs assez rares en cette journée.
Enfin, on annonce celui de quinze heurs. Il n’y a pas foule. Cinq personnes descendent dans cette gare sans importance. Tous pressés de sortir avec leurs valises à roulettes, sauf un…il marque un temps d’arrêt, regarde sa montre, inquiet comme s’il avait peur de rater un train.
« Ses traits ! Mon Dieu ! » S’exclame Maria. Elle s’attendait à rencontrer un homme de son âge mais celui-ci fait facilement dix à quinze ans de plus qu’elle.
Grande est sa déception ! Elle n’ose plus le regarder. Elle se lève pour rejoindre la sortie, abattue.
Tout d’un coup, une main se pose sur son épaule : Vahiné ! Elle se retourne, l’homme la dévisage crédule, s’excuse. De dos, elle lui a semblé elle……………
--Message edité par Amel le 2007-02-09 06:45:52--
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