louise gabriel Messages postés : 72 |
Posté le 24/01/2008 07:23:17 | | La ballerine matador,
Il est là, suant sang et eau, raclant de son sabot rageur, le sable de l’arène. Il est fort, sombre et luisant, sûr de son évidente majesté.
Fier des origines que lui confère sa fameuse lignée.
Elle l’aguiche le cul cambré, moulé de dorure, la prestance raide et insolente, la posture souveraine,
L’allure sanglée de velours chamarré, déguisant l’asphalte de sa peau.
Elle ne plie son corps que pour mieux le berner. Ses entrechats de sauterelle l’ensorcellent. Ses pieds cintrés de noirs, tous petits, presque ridicules, des mouches à viande virevoltant dans l’air précédant le carnage, capturent infailliblement son regard. Elle le frôle du rouge de la soie, pour une caresse fatale. Elle glisse, s’écartèle, démembre le geste, se fait diaboliquement leste.
Cette danseuse là, a l’amour cannibale. Si sur l’une de ses cornes, elle empale sa chatte écumante, il ne s’agit pas de calmer sa faim, juste d’agrandir le gouffre, décupler sa haine. Elle poursuit son ballet, l’effleure de sa gestuelle volubile de papillon éphémère. Il l’égratigne, la bouscule de sa puissante musculature.
Elle rend coup pour coup, elle plante avec rage ses banderilles dans le gras de ses épaules. De ses ongles vermillon, elle lacère le cuir ébène de son râble, des étoiles sanglantes se peignent sur le sombre de son dos.
Dans cette danse macabre, elle se transperce, se cloue au pilori de ses féroces et pervers désirs, à s’en déchirer les entrailles, lui contraint de mettre le genou à terre, le tranchant du sabre sectionnant sa carotide.
Sur le sable ensanglanté de pourpre et de folie, ils meurent de trop s’aimer.
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