Auffret Guillaume Messages postés : 522 Le paradis, sinon, rien !  |
Posté le 15/06/2007 12:17:55 | | L'instant du silence sur le nuage.
Instant.
Instant, tu es là, juste au moment fugace.
Tu ne dures qu'un instant, juste celui que nous aimons vivre.
Sais-tu que tu t'appelles aussi "passé" et "futur" dès que tu veux bien te déplacer un peu ?
Aujourd'hui plus qu'hier et moins que demain, je te veux "instant du présent",
celui qui doit durer toute une vie encore.
"Instant", je te souhaite de ne pas être en rupture de stock.
Pas d'instant volé, juste l'instant du moment, pourvu que tu gardes ton passé
pour magnifier ton futur.
"Instant", pourrais-tu ouvrir ta malle aux trésors afin que notre mère y puise
tous les instants de bonheur qu'elle aimerait bien vivre auprès des siens ?
Dis-moi, "Instant", et si tu t'absentais quelques secondes afin que notre mère en réchappe ?
Nous serions généreux avec toi, et nous te rendrions ces instants au centuple.
"Instant", nous nous en remettons à toi.
Décide ce que tu dois, mais n'oublie pas que nous te dirons toujours :
"juste un instant encore".
Un seul instant pour dire "au revoir" à notre mère.
Notre mère retrouvera en un instant notre père, Anne et Chantal, partis préparer la maisonnée pour tous.
Nous vous disons donc, à tous : "à tout à l'heure", sans savoir si ce sera un "petit tout à l'heure"
ou un "grand tout à l'heure".
Ni passé, ni futur n'existent sans "l'instant".
L'instant de la naissance, l'instant de la mort et tous les autres instants de la vie.
"Votre instant" est arrivé, Maman, nous le respectons.
Quel instant dans notre vie !
Ce soir est silence.
Ce soir est silence.
Silence du recueillement.
Le grand pin n'est plus, et c'est un chêne qu'on abat.
Notre Père est parti pour préparer la grande aventure.
Le roseau, plus résistant s'est finalement couché tout près de lui, à son heure.
Ainsi Père et Mère sont à nouveau réunis, tout près de ce lieu de tous les souvenirs.
Soyez assurés que, lorsque vous viendrez leur rendre hommage, ils vous diront
qu'ils sont partis pour que tous puissent vivre comme avant, avec juste le souvenir.
"Afin que souvenir jamais ne meure" est inscrit sur la tombe du père de notre mère.
Nous saurons reprendre le flambeau et le transmettre à nos enfants, petits enfants,
arrières petits enfants…
C'est par une nuit de grande lune que notre mère s'en est allée, en silence,
pour ne pas troubler le voisinage.
Le grand envol des hérons et des aigrettes, une dernière parole :" je vous aime tous",
et notre mère s'est couchée à l'endroit prévu.
Nulle tempête, nul tourment, mais précise au rendez-vous.
Nuage.
Le relief de la Bretagne atteint des sommets inégalés,
puisqu'il côtoie le ciel, par les chemins doux et ouatés des nuages.
Pas de Bretagne sans nuages, pas de nuages oubliant la Bretagne.
Tous les jours, regardez le ciel car vous apercevrez un signe
qui pourrait bien être celui de notre mère, sur son nuage individuel et portatif.
Elle est partie bien vite, bien trop vite, en criant un beau matin : 1, 2, 3.!
Nous n'avions pas bien compris le message.
En fait, elle se préparait au grand passage et, pour rien au monde,
elle n'aurait voulu manquer la bonne porte.
Nous savons qu'elle a pris l'option "voie lactée", celle ou on vous dit :
"C'est tout droit, vous ne pouvez pas vous tromper".
Notre père, Anne et Chantal, l'attendent pour l'accompagner avec le canoë.
Aujourd'hui, nous sommes tous fidèles à leur devise :
"Rien de tel que d'aller au bout du monde pour trouver des gens qui vont plus loin encore"*
Ce n'est pas un hasard si la famille s'est installée en "Pen ar bed" : "Tête du monde".
Finalement, nous sommes très proches. Terre, nuages, ciel, tout est proche.
Cet été, nous regarderons plus attentivement les étoiles filantes.
Sûr que nous y trouverons un signe.
*Eugène Guivellic, poète breton.
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