Essia2 Messages postés : 13 « Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront. » René Char |
Posté le 27/08/2007 13:28:57 | | Des fissures saintes...
Ahmed Yahya
« Ton corps est d’or, ta tête est d’azurite et la lumière carmin t’entoure. Des millions d’années s’étendent tous dans ton corps et lors de ta satisfaction, la grâce de ton visage émerge devant l’écrivain pour qu’elle lui accorde la sublimité dans le ciel, la puissance sur terre et la gloire et la victoire. Il se peut que je navigue descendant tel une âme vivante s’élevant comme le griffon. Il se peut que je sois présent et qu’on m’offre des miches de pain dans la demeure du froid et des offrandes de nourriture… Il se peut qu’on m’octroie une résidence éternelle là où abondent le blé et l’orge. »
Ils parviennent chaque soir portant les immolations, le déposant dans son autre monde et lui faisant leurs adieux. Qui peut tenter l’absence. Tout le monde est présent. Tout le monde s’est unifié avec lui. Ils n’ont pas d’excuses. Il quitte et derrière lui il n’y a rien que la perte et l’égarement.
Le monde est plongé dans les ténèbres comme s’il est la mort. Les lions sortent de leur fourgon et les serpents de leurs trous et l’obscurité règne.
Rien que l’attente et les voix des fantômes immergeant leurs corps de sueur d’angoisse et du silence complet. Ils se transforment en énormes oreilles lors de la nuit. Et il est l’absent lors de son voyage et il est l’errant et ils sont les victimes d’une démence impitoyable. Qui ose respirer, il a quitté vers son autre monde sans qu’il ne conçoive l’horreur de la tragédie. S’il l’avait perçu il n’aurait jamais pu partir loin d’eux.
« Où pourrait-il être en ce moment ?! Est ce qu’il est dormant ?! Regarde… ! La gloire, on ne peut point l’apercevoir… »
Ils ne s’étaient jamais tardés de se rapprocher de lui lors de chaque nouveau voyage et il n’avait jamais compris, et ils ne s’étaient jamais lassés. Chaque fois que l’horreur de la nuit s’accroît et leur rapprochement augmente il s’éloigne encore plus. Combien son absence préméditée les écrase et son voyage à un invisible qu’ils ne connaissent pas… S’il les accompagne avec lui… Lui qui est certainement bien capable de le faire cependant il ne les honore pas comme eux ils le glorifient. Quelle folie celle-là qui ne les a créés que pour le louer et magnifier au point de dévorer leur frayeur lors de chaque nuit ?!!!
« Viendra le temps qui nous apportera la paix au cœur »
Elle lui parvient très épuisée. Elle s’étend à côté de lui contemplant le plafond qui est sur le point de s’écrouler. Une peur aux cris perçant ses côtes la bouleverse. Il n’est plus capable de lui donner le calme et la paix comme auparavant. Est-ce qu’il lui avait pillé sa puissance et son pouvoir ?! Il n’avait jamais négligé son rite
« Rends-moi mes possessions et je ne hausserai plus ma voix qui te dérange… Plus jamais.»
Les murs qui s’étaient fissurés tout à fait tels une terre qui n’était depuis des époques touchée par l’eau, témoignent de sa présence. Il sait qu’elle tourne telle une déesse dont les disciples ont suivi une autre nouvelle religion. Néanmoins, il demeure encore un anachorète tout silencieux dans son mihrab, ne sachant quoi dire. Et il est le désirant de la soie de sa poitrine qu’il avait tant contenue tel qu’un adorateur fidèle et impétueux, qui pèche puis revient conscient que son pardon ne va lui laisser un espace pour l’embarras et la perplexité. Il sait qu’elle s’enflamme maintenant et que les murs en sont témoins.
« Pourquoi le ciel s’est-il vraiment tari ? »
Pour leur retour de sa scène, la saveur du regret, du chagrin et de l’amertume. Têtes inclinées, tout courbés, des halos de poussière s’élèvent et entourent chacun d’eux pour ne voir que ses pensées s’enchevêtrant avec son silence, et ils marchent, ils traînent seulement leurs pieds qui ne peuvent plus les porter… Est-ce qu’il va revenir de nouveau comme de son habitude ? Que va-t-il se passer si cette fois-ci il s’en irait sans nul retour ?
« Personne ne s’embarque aujourd’hui vers le nord, qu’allons nous faire ?!! »
L’odeur des encens immergeant les lieux lui donne la nausée mais ce n’est que l’odeur de la sainteté. Comment ne s’accorde-t-elle pas avec elle ? Pourquoi ne l’aspire-t-elle pas jusqu’à ce qu’elle pénètre toutes ses cellules et enveloppe ses pensées ravageant son sang telles des hérissons se réjouissant de ses souffrances? La fumée s’élève, voyeuse sous les plis de son ample jilbab (galabya), récitant pour son corps les versets de la lubricité sacrée. Elle lui rappelle ses souffles qui lui manquent depuis qu’il est devenu épris de regarder les murs que les fissures dévorent…
« Là où les ennemis vont parvenir aucun des protecteurs ne va prêter l’oreille. Le fauve du désert va s’abreuver de nos eaux et ils vont se réjouir sur les bords. »
Le jour quitte comme de son habitude. Ils préparent les sacrifices pour son départ dont ils s’étaient accoutumés puis ils se retournent sur leur chemin têtes inclinées comme ils s’étaient habitués. Et quand tombe la nuit, il l’abandonne pour les fissures qui s’étendent encore plus et les encens le quittent.
« Le fleuve est submergé du sang. »
Elle porte ce qui reste d’elle en faisant ses adieux aux témoins qui l’entourent de tous les côtés. Et elle se retire calmement traînant les disséminations et les fragments de son corps qu’elle ne veut plus libérer avec la fumée sacrée.
« Voilà que le chao s’arrête et que le tumulte finit. »
Les extraits entre guillemets sont des textes pharaoniques légèrement adaptés.
Ahmed Yahya
Ecrivain, poète égypatien résident à El Bahreïn
Traduit de l'arabe dans le français par Essia Skhiri
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