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| Auteur : | Sujet: Nos vies. Elles comptent plus que tout. | Bas |
| chrissette Messages postés : 1044 Le lit c'est comme un livre,on se glisse entre les draps comme entre deux pages... |
Nos vies Les toits, en millefeuille, s’étendaient à perte de vue, Fumant, suant, soutenant l’horizon bas. Frôlant ces couvercles bariolés, passait parfois le bras D’une immense grue rouillée, tournoyant sur sa rue. Une usine grise clignotait au loin, discrète, Propre à se dissimuler en son mensonge brumeux Comme honteuse d’accomplir sa tâche secrète. Elle vomissait, sous la terre, un poison crémeux. Je naviguais non loin de l'embarcadère nord Dans l'eau croupie de ton lac imaginaire La passerelle de mes souvenirs en mer Se levait sur les jours gris d'un vieux journal de bord. Je lâchais tous mes sanglots sur le chemin de halage Tu amarras mes cordes, m’enfonças comme un pieu Au bout de tes doigts où couraient des noeuds Le travail te fit oublier ton âge. Petit garçon, tu aurais aimé jouer Mais tu ne pouvais pas, La suie dessinait sur tes joues creusées Des nuages de lait et des oursons en chocolat. Seul, m’éloignant du port et de son mirage Je te laissai là-bas, assise au milieu d’une flaque Les entrailles d’un poisson mort donnaient à ton visage Un air de fête, de ceux qui montent du cloaque Quand les fées ombrées et grasses de la nuit Raclent leur gorge rauque et leurs poumons noirs Avant de se mouvoir pathétiques vers le tombeau de leur lit. Seul, j’entraînai ma honteuse joie vers l’ogre d’un soir. Grisée par les vapeurs auréolant ma tête Prise dans les mâchoires de l'étau Je voyais ma vie couronnée d'épines et d'arêtes Dans ce miroir que me tendait ton eau. J'ajustai timidement le bout de chair qui me servait de jupon Les écailles cousues par tes soins, des paillettes au bout de ta main. Tu avais maquillé mes yeux de poussière de paillasson, De poudre blanche, la lisière de mes lèvres carmin. Un soufflet d'accordéon m'envoya une bouffée d'air d'antan Je m'époumonai à siffloter pour me tenir éveillée Serrant les poings, détricotant le temps, Passant entre mes ongles, une à une, chaque maille du filet. Parvenu enfin au bout du Monde, je posai mon baluchon Sur un amas grisâtre et purulent de restes humains. Le froid retenait sous son étreinte, comme l’aurait fait un bouchon, Un gaz infâme, suppliant qu’on le libérât, tendant vers moi ses informes mains La paisible lune roulait benoîtement sur ses hautaines ténèbres. J’avais avec elle un vieux compte à régler et la toisai d’un œil impavide. Puis, J’avançai vers le gouffre des éternels décombres Et, me penchant sur le bord, risquai un œil sur cet immense vide. Une passerelle levée sur tes pensées dérisoires, Une bouche effleurée sur un pont, en Mer Egée, Un canot de sauvetage, une autre histoire ! Les pages arrachées virevoltent dans les embruns d'un soir d'été. Il a été, ce soir-là, ivre de promesses Mais aucune il n'a tenue, sinon celle, Celle de sombrer dans la paresse De dire oui, de dire non, même aux caresses pour Elle, Elle qui n'entendait sa vie que par ses oui, Positive jusque dans les courbes de ses cils Aimante et rieuse comme la mouette d'ici Battante par tous les vents, même les plus rudes, elle clamait la beauté de son île. Qui est là ? Est-ce une voix, un cri d’animal ? Mais que m’importait. Sourd aux cris des foreuses qui suçaient mon ventre, Je pleurais joyeusement fixant, d’un air complice, le mal En son œil unique et froid, l’invitant à m’ouvrir bien plus grand son antre. Le moment du partage était venu. Il fallait laisser le calme étrange Me dévorer, me liquéfier, m’imprégner de ses sucs âpres et corrosifs. Avec un peu de chance, je pourrais devenir un ange ; Ou tout au moins en prendre l’aspect, les attraits lascifs ! Ailé je te voudrais, l'oeil vif et perçant, Des boucles dans les cheveux Un sourire à damner les dieux vivants Un leurre pour celle qui te veut. Un miroir, une cage, un stylet d'argent Une écritoire en bois, quelques feuillets vierges Regarder la vie passer, enfermer le temps Ecrire quelques vers désuets à la lumière d'un cierge Pour celle qui saura lire dans tes yeux Le sourire du silence Un bout de ciel sur terre à deux Une esquisse de septième sens. Ange passant près de toi Sens-le frôler tes cheveux Et rosir en doux aveux Taisant sa honteuse foi. Tes souffles tièdes sous l’aile Portant son fardeau léger Eclatent en ribambelle De tendresse et de baiser. * Rodes et Chrissette --Message edité par chrissette le 2007-06-18 15:37:49-- | |||
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| chrissette Messages postés : 1044 Le lit c'est comme un livre,on se glisse entre les draps comme entre deux pages... |
Merci Maryjo.Douce nuit, à tous les bébés de la terre! | |||
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| chrissette Messages postés : 1044 Le lit c'est comme un livre,on se glisse entre les draps comme entre deux pages... |
Nos vies, deux poètes unis par la même force,deux vies, un duo et bien plus. | |||
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