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forum Index du forum forumArticles divers forumJean-Benoît Nadeau : donner des ailes à sa plume

Auteur : Sujet: Jean-Benoît Nadeau : donner des ailes à sa plume  Bas
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  Posté le 11/03/2007 15:00:48
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Blais Marie-Christine
La Presse

Vivre de sa plume ? Oui, c'est possible, qu'on soit journaliste ou auteur. On en doute ? Il est alors impératif de lire le tout nouvel ouvrage de Jean-Benoît Nadeau, Écrire pour vivre, dont le sous-titre dit ce qu'il a à dire : « Conseils pratiques à ceux qui rêvent de vivre pour écrire».

Journaliste d'expérience, conférencier, formateur à la Fédération professionnelle des journalistes du Québec et auteur des best-sellers vendus partout (Les Français aussi ont un accent, The Story of French), il y explique en détail les trucs du métier. Et croyez-en une journaliste pigiste pendant 17 ans, on y trouve tout ce qu'il faut et même un peu plus. Rencontre avec un véritable homme de plume et de clavier.


Q Pourquoi un ouvrage à l'intention de ceux que Jacques Lacan appelait les écrivants, c'est-à-dire de tous ceux qui écrivent, que ce soit des articles ou des livres ?

R Je pense que c'est le premier ouvrage qui fait l'effort de montrer que, entre le livre et le journalisme, les passerelles sont nombreuses : l'essence du contrat et du droit d'auteur est la même, les processus de révision, de publication, de communication avec les rédacteurs ou les éditeurs sont les mêmes.

http://img478.imageshack.us/img478/9729/bilde3bg7.jpg

La différence, c'est qu'un journaliste doit produire beaucoup d'idées, alors qu'un auteur produit une idée et y travaille pendant deux ans. Mais même les processus d'idéation et de sélection des idées sont identiques. Pour ma part, je suis très sélectif pour ce qui est des idées. Pour un article, je choisis rarement une idée que je ne pourrais pas placer dans au moins deux publications.

De même, pour un livre, je choisis très rarement une idée qui ne me donnera pas accès à plus d'un marché. Ça étonne beaucoup de gens que, pour The Story of French, j'aie sept marchés, soit trois éditeurs anglo-américains, un éditeur québécois, un éditeur français, une traduction en japonais et une production documentaire. C'est parce que j'y avais pensé avant même d'entreprendre l'écriture du livre. C'est beaucoup plus facile d'y penser avant qu'après.

Q Votre livre Écrire pour vivre est la démonstration même de son contenu : une bonne idée, bien développée, bien étayée, avec une finalité précise

R Et c'est un livre qui est publié ! Mon éditeur, Québec Amérique, reçoit 1200 manuscrits par année, en lit une centaine, et publie entre 40 et 50 livres annuellement. Que font les éditeurs avec le reste ? Ils ne les lisent pas, ils les considèrent : ils jettent un regard sur le synopsis, ils cherchent les ingrédients de l'idée Quand un éditeur reconnaît les ingrédients qui lui conviennent, là seulement, il lit le manuscrit.

C'est pour cela que j'ai consacré deux chapitres au synopsis, qui est fondamental. Et la chose vaut aussi pour le journaliste. Un bon synopsis, c'est une façon d'éveiller l'appétit du rédacteur ou de l'éditeur, lui donner envie d'en savoir plus. C'est à cause du synopsis qu'il va commander le texte et peut-être même payer une avance !On entend souvent dire que les écrivains ne gagnent pas leur vie. Moi, je soutiens plutôt que 90 % des auteurs publient en dilettante et que la majorité des 10 % restants entretient le mythe de l'écrivain pauvre qui pense que l'argent, c'est sale.

Or, on peut très bien gagner sa vie en écrivant. C'est sûr que, si on veut gagner un million de dollars, on va plutôt en finance ! Mais ce que j'aime, moi, c'est écrire, et j'en vis. Évidemment, ça fait l'affaire des éditeurs que les auteurs perpétuent le mythe, ça en fait des auteurs captifs. Les agents et les éditeurs disent tous : ne soumettez pas votre manuscrit ailleurs que chez nous. C'est un non-sens. Et je m'étonne que tant d'auteurs le croient (rires).

Q On a l'impression que vous vous élevez contre les auteurs « nés pour un petit livre» ?

R Encore cette semaine, une personne qui a travaillé comme écrivain fantôme sur un livre m'a appelé parce qu'elle venait de se rendre compte qu'elle tenait là un excellent sujet de documentaire, mais elle avait cédé tous les droits à l'éditeur !

Ça n'aurait pas été plus difficile d'écrire simplement sur le contrat qu'elle conservait tel ou tel droit, la plupart des éditeurs n'y voient pas d'inconvénient. Comme auteur, on est parfois sans dessein, au sens littéral du terme : on n'a aucun dessein, aucun objectif précis.

En ayant un dessein clair de tout ce qui est possible, on peut vraiment bien tirer son épingle du jeu. Alors, les auteurs s'illusionnent : oh, on verra ça plus tard. Et plus tard, c'est trop tard.

Encore une fois, ça vaut aussi pour les journalistes pigistes : une idée d'article peut être intéressante pour L'Actualité, mais aussi pour le New York Times, pour L'Express

Q Est-ce qu'Internet va changer les règles du jeu?

R Cela ébranle certaines certitudes. Quelqu'un peut aujourd'hui avoir une maison d'édition influente avec un minimum d'investissement et ça s'appelle Internet. Est-ce que je suis contre cela ? Pas du tout, je me réjouis que, aujourd'hui, on écrive plus que jamais. Est-ce que ça va déranger les médias traditionnels ? Bien sûr.

On est actuellement dans une espèce de Far West de la publication. Mais tout a toujours changé dans ce domaine : le quotidien est lui-même un avatar du pamphlet du XVIIe siècle ! Les blogues sont en quelque sorte l'équivalent des lettres qu'écrivaient les philosophes de l'époque à Marie de Médicis et Catherine de Russie. Et les plus gros blogues sont en train de se structurer en maison d'édition sur Internet.

De même qu'au XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, les bons auteurs devenaient imprimeurs et les bons imprimeurs devenaient auteurs. Mais Internet, en plus, c'est bien pratique pour les pigistes. Comme on fait de moins en moins d'affaires par téléphone et qu'on s'envoie plutôt des courriels, on a toujours une trace écrite des ententes passées avec éditeurs et rédacteurs. Et ça, ça favorise la protection contractuelle !

_______________________

Écrire pour vivre
De Jean-Benoît Nadeau
Éditions Québec Amérique, 416 pages.


http://www.cyberpresse.ca/article/20070311/CPARTS02/70311049/1051/CPARTS02

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