Nous avions décollé douze heures auparavant
Du macadam tremblant au soleil sous la meute
Chaussée de pneus rechapés des zincs ailes tendues.
L’armature émettant ses plaintes, nos yeux tanguaient.
A trente mille pieds, le monde s’échappe, restait le vide
Le bleu limpide des airs en suspend et tendus
Entre nos doigts cliquetaient bijoux – ex-voto
Les clés du passé pour le futur d’enfants roux
La mer franchie, nous nous amusions des terres liges
Roulant sous l’ouate des nuages éblouissants
Masquant les carrés de seigle, de blé, de maïs
La ligne azure de montagnes saupoudrées blanches
Plus tard viendraient de larges et longues taches sombres
Avertissement sibyllin à notre inconscience
Le roulis dévoilait au travers des hublots
La mousse des forêts denses aux âmes délétères
Nos vestes de mouton peinaient contre le froid
Quand les lampes swichaient rouge tamisé. Noël
Soufflait de loin ses images si proches et lointaines.
Le métal des culasses sous nos nerveux essais
Eclaboussaient comme des crackers imprécatoires
Venaient alors ces troncs de lumière traquant
La présence de nos âmes à broyer de mitraille
Dans ce ciel devenu noir où luisait l’Histoire
Fébrile, d’hommes, de femmes et de garçons fourbus.
Sous nos pieds, allait jaillir le feu et le fer
Nous ne les entendrions pas mais le savions
Ces lourdes bombes, deux cent cinquante kilos
De flammes d’âcre phosphore sifflaient pointant le sol
D’un pouce, la sécurité levée, simple bouton
Pressé sans remord ou nulle tristesse, d’un coup
L’avion, ventre et entrailles ouvert à l’abîme
Lance sa ferveur, en ardentes nuées d’avalanches.
--Message edité par quadflieg le 2007-11-29 16:51:39--