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| Auteur : | Sujet: Soledad | Bas |
| mistermolko Messages postés : 18 Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant... |
Le temps s’est arrêté. Accoudé à ma fenêtre, je regarde tel un enfant émerveillé la neige au dehors tomber. Les flocons éclaircissent la nuit noire avant de délicatement se poser au sol en formant un mince et fragile tapis blanc. La rangée d’arbres longeant l’allée au pied de l’immeuble s’est parée de son beau manteau hivernal. La nuit est glaciale et je sens une extrême sensation de froid envelopper mon visage. Dans mes mains serrées très fort, se laisse doucement boire une tasse pleine d’une infusion de verveine brûlante et apaisante. Une volute de vapeur s’échappe lentement de la tasse. Je savoure chaque gorgée devant ce magnifique spectacle devant lequel mes pensées se mettent à vagabonder. Le creux de mes mains me brûle alors que l’extérieur est frigorifié. Le contraste chaud et froid est saisissant. La musique cubaine réchauffe l’ambiance à l’intérieur de l’appartement et atténue ma solitude. Un air de fête m’enveloppe. Je fredonne quelques paroles dans cette langue si mélodique qu’est celle de Cervantès. Je profite de ce simple moment de bonheur présent si doux, si pur. J’hésite à prendre une cigarette dans ma poche. Finalement, je me retiens. Les bonnes résolutions de début d’année n’ont de raison d’être que si elles sont tenues et mon paquet inachevé depuis fin décembre restera donc encore dans ma poche. J’entends les rires des voisins. C’est un jeudi soir morne pour moi, je suis seul alors que l’esprit de la fête s’est abattu sur la ville. Les étudiants sont de sortie et les cours du vendredi matin seront difficiles pour certains… Je me retournes et m’assoit sur le canapé. Encore des éclats de rire !!! Décidément, la fête bat son plein à côté. Moi, je regarde mes dessins accrochés aux murs. Des visages, rien que des visages ; des femmes, rien que des femmes. Elles me regardent, m’épient. Elles se ressemblent toutes quelque peu malgré les différences que j’ai tenté de leur donner. Elles sont faites à mon idée, différente à chaque fois selon mon humeur. Elles sont si différentes et si semblables pourtant : Y en a-t-il seulement une comme celle-là ? Je ne le sais pas. Je me suis souvent posé cette question, très souvent même, en fait à chaque fois que je vais commencer un dessin et où je visualise dans ma tête ce que le papier ne retranscrit jamais tout à fait. Je sens que le sommeil n’est pas près de venir. Je prends une feuille sur le bureau, la première venue puis mon crayon fétiche et je commence à dessiner. La pupille gauche d’abord, ce petit point noir où il est si délicat de mettre de la vie, l’œil gauche, le nez, le contour du visage, le nez, la bouche. J’ai m’impression de la toucher, de la caresser délicatement à chaque coup de crayon. Elle me regarde, je voudrais qu’elle me désire, se transforme, deviennent réalité mais elle reste emprisonné dans mon imagination. Elle n’est que dessin, un vulgaire trait sur un bout de papier. Las de chercher encore et encore dans mes pensées une réponse à une question insolvable, je prends une punaise, fixe le dessin au mur avec tous les autres et monte le petit escalier de la mezzanine pour aller me coucher. Il commence à se faire tard mais je n’ai toujours pas sommeil, je reste immobile, allongé sur mon lit en fixant le plafond, un plafond que je connais par cœur à force de le regarder chaque soir avant de dormir. Ma tête se tourne lentement vers le chevet : 0h30. J’aperçois un recueil de Verlaine en me disant que ces quelques vers faisaient toujours partie de mon actualité : « je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant d’une femme que j’aime et qui m’aime et qui n’est chaque fois ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre et m’aime et me comprend ». Que me manque-t-il donc pour la trouver ? L’argent, le pouvoir, la notoriété, la maturité ? Que sais-je encore ? Qui faut-il que je sois ? Je me mets à rire de la torture que je suis en train de m’imposer en me posant toutes ces questions. Je m’endors en réécoutant mentalement le thème du parrain. 9h30 du matin et je descend l’escalier de la résidence. La cité universitaire est située tout près des locaux de la fac. Je remarque à peine que la neige qui est tombée la nuit n’a pas fondue. Malgré la proximité de la cité U, j’arrive comme bien souvent en courant à ma salle de cours, une fois de plus en retard. Je m’assois au fond près de la fenêtre et regarde les flocons tomber. Les pelouses du campus sont devenues des champs de neige, les étudiants tels des enfants dans une cour de récréation se lancent des boules de neige. Ils rient en se roulant dans la neige. Trois bonhommes de neige ont été construits et ils arborent fièrement les couleurs de leur bâtisseurs : LEA, SV, Eco G. Deux filles descendent la pente près de l’amphi sur leur sac qui leur sert de luge. Quel retour en enfance dans ce lieu en apparence si sérieux ! La neige nous remémore les comptines de notre jeunesse si proche et déjà si lointaine, les longues soirées d’hiver passées à côté du chauffage à regarder par la fenêtre les flocons tomber à l’approche de Noël, ces moments merveilleux où tendresse et innocence se mêlent : c’est cela la neige, un morceau de bonheur tombé du ciel. Même notre prof de droit se prend à regarder par instants à la fenêtre et à laisser par ci par là quelques blancs dans son cours, faisant semblant de réfléchir pour ne pas montrer sa faiblesse. Je ne suis pas grand chose du cours fasciné par le spectacle à travers la fenêtre. Je reste de longs moments pensifs à regarder, jusqu’à ce que la prof annonce la fin du cours. Ma journée est terminée, mes autres cours sont annulés car les professeurs n’ont pas pu venir. Il est vrai que la neige a du bon … me dis-je satisfait de ne pas avoir à supporter plus longtemps des cours qui ne me plaisent pas vraiment. Il est 11h. Je retournes à l’appartement. Rien à faire. Je ne peux même pas rentrer chez moi « à la maison » et vais être obligé de passer le week-end ici. Je me poses sur le canapé, attrapes la télécommande de la chaîne et lance la musique. “Piensa en mi”. La voix de Luz Casal se met à résonner dans l’appartement. Si tu as envie de pleurer, penses à moi dit la chanson. J’ai souvent envie de pleurer et je ne sais pas à qui penser… Toujours les mêmes refrains mélancoliques me trottent dans la tête. Je prends un coussin dans mes bras, le serre fort dans mes mains comme un gamin serre son doudou et j’éclate en sanglots. Ce genre de larmes que seule une femme aimée pourrait consoler. Mais aujourd’hui, rien ou plutôt personne ne viendra sécher mes larmes. Je décidais alors de faire une petite sieste pour oublier, échapper à mon mal-être persistant d’adultescent avec un pied dans l’innocence et l’autre se mettant en route sur le vrai chemin de la vie. | |||
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