PhilippeNollet Messages postés : 16 Aimez-vous les uns les autres - et foutez-moi la paix. |
Posté le 14/08/2006 03:17:55 | | Prendre à pleins bras le ciel et les nuages, c’est bon à dix-sept ans, dis-tu. Même si, à cet âge-là, on pense à tout sauf à communier avec les éléments qui nous entourent – et dont nous sommes, aussi, constitués. Quand on jette des cailloux dans l’eau, c’est au moins en quête d’un petit reflet en surface, impatient de découvrir la perle d’abondance cachée dans la glaise.
J’écoute les présages, je fais deuil de tout, je suis un visage sans lumière, un ouvrier à l’heure de la fatigue. Il me faudrait, oiseau malhabile dans ce nid de tristesse, la perfection totale du saint reclus dans sa cellule qui sait que le bonheur est éphémère et, pour tout dire, inexistant. J’écris comme on suit du regard la ligne d’horizon, en me laissant porter. Imaginant des provinces d’où on ne revient jamais, des amours simples comme bonjour et des silences sans remords ni peur de froisser l’être aimé.
Toi je te précède au jeu du temps et de ses apparences trompeuses : une heure ou une année ne sont rien, absolument rien dans la suite des jours concentrés en un seul. Je te reconnaîtrai un jour, j’en suis certain, à un changement d’humeur en moi, une nouvelle inespérée dans mon journal du soir, une certaine chaleur. Mais je n’ai que des anecdotes, des bouts de vie tout secs, pas de parcours à faire valoir. Je n’ai jamais su voir au-delà de moi-même. Mes triomphes ont été si brefs, mes défaites à mourir de rire. Aujourd’hui, le rire est éteint. Le cri reste muet dans la gorge, ramassez tous des morceaux de moi, trouvez mon nom secret, dites-moi qui j’étais. Mais je n’étais pas fait pour entretenir ce monstre.
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