SALTO Messages postés : 33 |
Posté le 17/02/2006 11:11:17 | | T.SALTO
FAUX CINEMA
« L’homme est capable de tout »
Des clones peuvent-ils remplacer des stars de cinéma ? Voici la nouvelle folie du pouvoir de l’homme. Julie Lyon en a la preuve mais arrivera t-elle à stopper ce business absurde ?
Un homme était devant l’aéroport. Il pleuvait des cordes et le deuxième taxi venait
de lui passer sous le nez. Il a relevé le col de sa veste pour empêcher l’eau de mouiller son cou,
tenant un attaché-case au-dessus de sa tête en guise de parapluie. Cela paraissait incroyable,
mais d’une seconde à l’autre, il ne savait pas ce qu’il foutait ici, il ne se souvenait plus de rien.
— Alors mon petit père, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ! une Peugeot 607 blanche
s’arrêta devant lui. A votre place, je n’hésiterai pas trop longtemps si vous ne voulez pas attraper
une bonne crève.
— Oui, vous avez raison ! lui répondit-il. De toute façon, il n’avait pas l’intention de rester
planté là comme un piquet.
A l’intérieur du taxi, un homme d’une forte corpulence avec un accent du sud, lui demanda la
direction à prendre.
— Je ne sais pas.
— Comment vous ne savez pas ! Je ne vais pas le deviner. De toute façon, le compteur
tourne. C’est vous qui payez. En tout cas, ça vous laissera le temps de vous sécher. En attendant,
si vous voulez, je vais vous en raconter une petite. Est-ce que vous savez pourquoi il y a
toujours des excréments devant les portes des supermarchés ? Non, vous ne le savez pas ! Et
bien, je vais vous le dire. Parce que sur les portes, il est écrit : POUSSEZ FORT. Et ben dites donc,
ça ne vous fait pas rire ! C’est bien la première fois que quelqu’un ne rit pas à cette blague. Vous
devez vraiment avoir un problème… Alors, vous ne savez toujours pas où vous voulez aller ?
Vous avez perdu un morceau de votre cervelle.
La porte côté passager s’ouvrit. La pluie n’avait pas l’air de vouloir se
calmer, elle semblait même s’amplifier.
— Pouvez-vous m‘amener 24, avenue Fitzgerald, s’il vous plaît. Je suis attendue et je suis
déjà très en retard.
— Alors, ma petite dame, vous ne voyez pas que j’ai déjà un client. Il vous faut une paire de
lunettes.
— Il y a plus de trois minutes que vous êtes ici.
— Et alors, qu’est-ce que ça peut vous faire ?
— Çà ne fait rien ! rétorqua l’homme. Montez, je vous en prie mademoiselle. Emmenez-là où
elle vous dira ! Ça me laissera peut-être le temps de reprendre mes esprits.
— Je ne sais pas comment vous remercier monsieur !
— Apparemment, vous avez l’air plus pressée que moi.
— Je crois que monsieur est devenu amnésique ! dit le chauffeur.
— C’est vrai. Je ne me souviens plus de rien. Ni même d’où je viens d’ailleurs.
— De quel avion êtes-vous descendu ou peut-être, deviez-vous en prendre un ?
— Je n’en ai pas la moindre idée, lui dit-il en regardant à travers la vitre. Je crois que la pluie
est en train de cesser.
— Effectivement oui, ça m’en a tout l’air.
Julie était à peine maquillée, juste un coup de rouge à lèvres de teinte appropriée à ses yeux
noisette. On pouvait découvrir son cou dénudé, le buste couvert d’une chemise de lin blanc,
déboutonnée jusqu’à la limite de son soutien-gorge…
— On est arrivé ma petite dame, vous me devez vingt-trois euros. Et vous, mon petit père,
vous ne savez toujours pas où vous voulez aller. Il va falloir vous décider. Je n’ai pas l’intention
de vous amener faire des tours de manège toute la journée. Je n’ai pas que ça à faire. Soit vous me
donnez une adresse, soit vous descendez.
Il n’avait aucune réponse à lui donner.
— A mon avis, il a peut-être la même maladie que ma femme, il doit souffrir d’insomnie et se
droguer de psychotropes.
Ils écarquillèrent tous les deux les yeux en signe d’incompréhension.
— Des somnifères quoi. Si vous vous bourrez le crâne avec ses machins là, vous
perdez vite la mémoire.
Ils n’avaient pas prêté attention à ce que venait de dire le chauffeur.
— D’accord, je descends là. Je vous dois combien ? dit l’homme au chauffeur.
— Laissez, je vais lui régler la somme je vous dois bien ça. Vous ne savez vraiment pas où
aller ? lui dit-elle.
— Non.
Elle avait l’air embarrassé de le laisser seul ici, pourtant elle ne le connaissait pas.
— Venez, suivez-moi. Vous m’attendrez dans mon bureau en attendant que je puisse régler
quelques détails. Tout ce que je vous demande, c’est de ne rien dire avant d’y arriver, au cas où
nous ferions de mauvaises rencontres.
— Et bien qui voilà ! Notre chère Julie qui arrive tout droit des antipodes.
— Vous voyez, qu’est-ce que je venais de vous dire ?
Georges est un des collaborateurs de Julie. On peut même préciser en disant une sangsue.
Tous les prétextes étaient bons pour pouvoir travailler avec elle.
— Décidément, le couloir est ton lieu de prédilection. Et en plus, tu as eu le privilège
d’obtenir un distributeur de boissons chaudes. On reconnaît là les pistonnés.
— Ce n’est quand même pas de ma faute si tu préfères jouer les aventurières. Et
lui, c’est qui ? Ton dernier protégé. Tu ne nous le présentes pas ?
— Ça ne te regarde pas. D’ailleurs, tu devrais savoir que je ne présente jamais
mes connaissances les plus intimes à n’importe qui.
— Si c’est pour me parler sur ce ton, tu peux retourner d’où tu viens.
— Mais c’est bien ce que j’ai l’intention de faire, mon cher Georges. Est-ce que
Franck est là ?
— Oui, il est dans son bureau.
— Merci.
Au bout du couloir, elle ouvrit une porte.
— Voilà ! C’est ma résidence secondaire. Je passe plus de temps ici que chez moi. Vous allez
m’attendre dans ce bureau, je serai juste à côté. Je dois faire un premier rapport à mon supérieur,
dit-elle en s’adressant à l’incognito.
— Julie ! Enfin te voilà ! Tu aurais dû être arrivée depuis deux heures environ.
Un homme aux cheveux blonds et aux épaules larges sortit justement de l’endroit où devait
se rendre Julie. Il tenait un dossier ouvert d’une main et une tasse de café de l’autre.
— Oui, je sais Franck. Je…
— OK, OK, tu me raconteras tout ça tout à l’heure. Qui est cet homme ?
Il approcha la tasse fumante à la bouche.
— Bordel, je lui ai dit des centaines de fois de ne pas me servir un café
bouillant, en parlant de sa secrétaire Tania. Je vais finir par me faire ce café moi-
même, marmonna t-il.
— Je ne sais pas. Je l’ai rencontré dans un taxi. Je crois qu’il est amnésique, il ne se souvient
même plus de son nom.
— Et tu as l’intention de jouer à la baby sitter.
Elle sourit et fit signe à l’incognito de rentrer à l’intérieur.
— Je vais essayer d’être brève. Vous voulez un café ou autre chose, je peux vous le faire
apporter.
— Non, merci. Vous en faites déjà beaucoup je trouve.
— Moi, à votre place, je ne lui ferais pas trop confiance, vous savez comment sont les
femmes, répliqua Franck.
Sur le bureau en chêne clair, à côté de l’ordinateur à écran plat étaient disposées des petites
statuettes égyptiennes et un livre de Christian Jacq. Au centre, un verre d’eau à moitié vide et
une pomme verte qui commençait à flétrir. Différentes gravures sur les pyramides de Gizeh
avec le Sphinx, de Kheops et de Saqqarah décoraient les murs. Par la fenêtre située au huitième
étage, on distinguait le clocher d’une église romane surmonté d’une pyramide dont la base était
un polygone à huit côtés… L’homme s’est assoupi sur le siège, une joue plaquée sur le dessus du
bureau en espérant se réveiller après cet affreux cauchemar mais au lieu de cela, des images
horribles envahissaient son esprit. Des scènes d’une violence inouïe virevoltaient sans qu’il
puisse en expliquer le sens. Un homme le bousculait…
— Hé ! Réveillez-vous, réveillez-vous bon sang.
— Mais que m’est-il arrivé ?
— Vous vous êtes endormi et je ne pense pas que vous ayez fait un beau rêve. Vous
gesticuliez les bras, j’ai cru que vous alliez briser Horus et Anubis. Je vais vous faire monter un
café, vous vous sentirez mieux après. J’aimerais vous connaître davantage.
— Non, je vais m’en aller, je ne veux pas vous créer de soucis.
— Pourquoi, vous pensez que vous pourriez m’en créer ?
— J’en sais rien. Je ne sais même pas ce qui m’arrive.
— Vous n’avez vraiment aucun souvenir.
— Non, aucun.
— Pourtant, il va bien falloir vous trouver un nouveau prénom. Vincent, comme Vincent Van
Gogh par-exemple, qu’est-ce que vous en dites ? Bon, Vincent, je veux bien vous aider mais avant
tout, il est tard, je meurs de faim alors je propose que nous allions manger un morceau. Ensuite,
nous irons chez moi, à la montagne. C’est à une heure d’ici environ. Je vous offre l’hospitalité
pour cette nuit. C’est un joli programme… Et bien, dites quelque chose !
— D’accord.
Georges fixait l’immensité du ciel nocturne rempli d’étoiles, les mains dans les
poches. La fenêtre était fermée malgré la chaleur suffocante d’une nuit d’été. Personne ne devait
entendre ce qu’ils disaient.
— Qu’est-ce que tu en penses Franck, tu crois qu’il nous a reconnus ?
— A mon avis, il n’y a aucun risque de ce côté là, avec la quantité que tu lui as injectée.
— On aurait dû l’éliminer.
— Tu veux toujours tuer tout le monde. Je te répète qu’il n’y a aucun risque.
Il prit une bière fraîche dans le petit réfrigérateur dissimulé derrière un tableau
accroché au mur.
— J’aimerai quand même m’en assurer en le surveillant de temps en temps. Histoire de bien
dormir la nuit sur mes deux oreilles.
— Si ça peut t’amuser, je ne vois pas d’inconvénients. Mais ne fais pas l’idiot.
Le salon était entièrement éclairé par la lumière qui traversait la baie vitrée donnant
accès sur une terrasse d’où l’on pouvait apprécier les formes presque féminines des montagnes
et la couleur turquoise de l’eau du lac qui se trouvait en contre-bas.
Il était presque dix heures du matin et les rayons du soleil commençaient à caresser les
premières feuilles d’un superbe ficus benjamina situé sous une mezzanine et dépassant les trois
mètres de hauteur.
— Avez-vous bien dormi ?
— Plus que d’ordinaire, je dirai. Je ne me suis jamais levé aussi tard.
— C’est l’air de l’altitude.
Elle avait le corps vêtu d’une liquette en jersey pur coton blanc qui s’arrêtait
au-dessus des genoux.
— Que diriez-vous d’un très bon petit déjeuner, avec de la confiture et du miel du pays ?
Vous n’êtes pas trop bavard, c’est votre nature ou alors…
— J’aimerais tant vous donner des réponses mais je ne suis pas moi-même.
— Je comprends…Vous préférez du café ou du thé ?
Elle le fixait des yeux tout en buvant son café dans un grand bol.
— On ne vous a jamais dit que vous ressemblez à Keanu Reeves.
— Non.
— Vous avez de la chance, j’ai trois jours de congé et je n’avais rien de prévu.
— Si vous êtes d’accord, on pourrait occuper ces quelques journées.
— Je pensais que vous m’hébergiez simplement cette nuit.
— Pour quelqu’un qui a, semble t-il, perdu la mémoire… Oui, peut-être, mais je dis beaucoup
de bêtises aussi. Et puis, je pourrais vous aider à vous souvenir de votre passé.
— C’est une bonne idée.
— La salle de bain est la haut. J’espère que vous n’avez pas oublié la façon dont on se lave. Il
y a des brosses à dents neuves dans un tiroir, et des rasoirs manuels dans un autre, il suffit de
les chercher. En attendant, je vais passer quelques coups de fil.
Vincent est monté sur la mezzanine. Au milieu, des mâts en aluminium, fixés entre le sol et le
plafond permettaient d’accepter des éléments et des accessoires de rangements à différents
niveaux. Les vêtements et les chaussures étaient visualisés en un seul coup d’œil, même à partir
du lit. Je dois dire que c’était assez ingénieux. Je n’avais pas eu de mal à trouver la salle de bain,
on la reconnaissait par une cloison transparente. Je suis entré à l’intérieur et je me suis regardé
dans un grand miroir. J’avais vraiment une mauvaise mine. J’aurais pu faire peur à Eléphant
Man…
Allongée sur le divan qui m’avait permis de passer une bonne nuit, Julie papotait avec sa
sœur cadette.
— Si tu le voyais, tu en tomberais immédiatement amoureuse. Il a des yeux bleus en amande
et une voix si douce que je n’ai pas pu m’empêcher de l’inviter à la maison. Il a dormi ici cette
nuit, à l’endroit même où je te parle, je sens encore son odeur.
— Mais où est-il maintenant ?
— J’imagine qu’il doit-être nu dans la baignoire, non, plutôt sous la douche.
Elle avait vu juste.
— Et tu dis qu’il est probablement amnésique.
— Sans doute ! Et c’est dommage.
Elle se demandait si ses facultés sur la libido n’étaient pas en suspens. Elle espérait que non.
Avoir un aussi bel homme sous son toit sans connaître ses désirs intimes, serait de la folie pure.
En tout cas, elle lui en avait fait la promesse, elle ferait tout ce qui est en son pouvoir pour
l’aider.
Ding dong, ding dong…
— Excuse-moi, Isabelle, je dois te laisser, on sonne à la porte. Je te rappelle plus
tard, promis.
« Mais qui cela peut-il bien être ? se dit-elle. »
Elle sortit une chemise de nuit d’un tiroir d’une commode près de l’entée après
avoir regardé par le judas.
— Georges, que viens-tu faire ici ?
Elle aurait pu ne pas lui ouvrir la porte, faire semblant qu’elle n’était pas là. Mais elle n’avait
pas rentré la voiture au garage, pensant qu’elle ne serait pas dérangée, et puis c’était un collègue
de bureau, ils faisaient un travail d’équipe et son job lui tenait à cœur. Il avait sûrement quelque
chose d’important à lui dire pour avoir fait tout ce trajet.
— Ecoute Georges, je n’ai pas trop le temps.
— Tu peux au moins m’offrir un café. Je crois que tu en as le temps. A moins que…
— A moins que quoi ?
— A moins que tu ne mettes des chaussures d’hommes ! il les regardait posées
sur le parquet laqué blanc, près du divan.
— Ecoute Georges, je t’offre un café, après tu disparais.
— Comme tu as changé ma chère ! Est-ce que le voyage en Laponie aurait conservé ton
cerveau au froid ? Je peux te le réchauffer si tu veux. Il l’a pris par la taille avec un bras, la colla
contre sa poitrine puis lui caressa les lèvres du bout de ses doigts. Elle savait qu’il était difficile
de lui résister car il avait un corps d’athlète. Les séances de musculation l’avaient forgé comme
un gladiateur mais ce n’était pas pour autant qu’il aurait pu lui plaire. Une seule fois, il avait
essayé de l’embrasser mais elle l’avait mis en échec.
— Arrête Georges, ne joue pas à ce petit jeu avec moi. J’ai compris ton manège.
— Je ne joue pas. D’ailleurs, je n’ai jamais voulu jouer avec toi ! il posa une main sur un sein.
Je veux juste t’embrasser.
— Je ne vous le conseille pas !
Vincent avait une serviette autour des hanches et une autre sur la tête pour s’essuyer les
cheveux. Il voulait lui venir en aide, ne pas rester les bras croisés. Il n’y avait qu’à voir
l’expression du visage de Julie pour s’apercevoir que son ami l’incommodait.
— Tiens tiens, mais qui voilà ! Tarzan en personne. Apparemment, il s’est évadé de sa jungle.
Il tenait toujours Julie par la taille. Vincent descendis l’escalier jusqu’au salon tout en
continuant à se sécher la tignasse.
— Georges lâcha Julie. Comme on se retrouve ! Il est vrai que le monde est petit.
L’oiseau a trouvé son nid.
— Je ne vois pas ce que vous voulez dire. A votre place, j’accepterais le café que vous a
proposé Julie, ensuite je m’en irais. Moi, un café, ça me va très bien, dis-je à Julie.
— Ok, pourquoi pas ! dit-il, après avoir hésité un instant. J’accepte. Cela pourra
permettre de mieux nous connaître.
A l’extérieur, la pluie avait reprit de plus belle, accompagnée cette fois par des rafales de vent
violent. La porte donnant accès sur la terrasse, s’ouvrit brutalement. Vincent se précipita pour la
refermer.
— Et bien, je crois que vous allez devoir m’accepter, le temps que ça ce calme dehors. Tu ne
vas quand même pas me laisser partir par ce temps, n’est-ce pas Julie !
— Bien sûr que non. Je monte à l’étage pour vérifier si toutes les fenêtres sont fermées.
— Alors, si vous me racontiez un peu ce qui vous amène par-là ! Si vous me dites que vous
êtes venu pour faire de la randonnée, ce n’est pas la peine de me dire des bobards, je ne vous
croirais pas. Vous êtes un ami de Julie ! C’est bizarre, je ne vous ai jamais vu. Est-ce que vous
avez l’intention de rester longtemps ici ?
— Assez longtemps pour ne pas être embêté, dit Julie, en redescendant les marches.
Elle avait mis un velours bleu clair et un tee- shirt blanc. Un bandana lui maintenait la queue
de cheval qu’elle s’était coiffée avec les mains.
— Qu’est ce que tu insinues là !
— Je veux dire que nous n’allons pas faire ménage à trois, et dès que la tempête aura cessé,
tu pourras t’en aller.
— Puisque c’est dit si gentiment.
Il sortit un paquet de Winston d’une des poches de sa veste, en retira une cigarette et après
une longue bouffée, il rajouta.
— Et si je te racontais une petite histoire, le temps s’y prête à merveille.
— Quelle histoire ? Ce n’est vraiment pas le moment d’écouter des sornettes.
— Ce n’est pas une sornette et je suis certain que tu vas m’écouter avec attention quand tu
sauras de quoi il s’agit. Tiens, au fait, tu ne devais pas nous préparer un café.
Il éteignit le mégot dans un cendrier et ralluma une seconde cigarette. Julie le connaissait trop
bien. Lorsque Georges fumait plusieurs cigarettes à la suite, c’était mauvais signe.
— D’accord, je veux bien t’écouter mais ça ne concerne pas Vincent ? dit-elle en
regardant dans sa direction.
— Oh que si ! Il est même à la première loge. Tu n’aurais pas un petit remontant par hasard,
style whisky, bourbon. Ça remplacera le café. Ça risque d’être assez difficile à entendre. Tu peux
même t’asseoir, c’est conseillé. Et vous aussi Tarzan. Comme c’est drôle !
— Qu’est-ce qui est drôle ?
— De se retrouver tous les trois ici !
— Si tu as quelque chose à dire, dis-le. Ne tourne pas autour du pot.
— Alors, tu es prête pour le choc cérébral !
— Je ne sais pas où tu veux en venir, ça commence à être agaçant.
— Eh bien !…
— Eh bien ! Tu ne diras rien du tout.
— Franck ! Georges avait reconnu sa voix.
— Mais qu’est-ce que tu fous là ? il se retourna face à Franck. Comment as-tu fais pour
rentrer ?
— J’ai une clé spéciale. Putain de pluie. Regardes ce que je suis obligé de faire à
cause de toi Georges. Il faut toujours que tu te mêle de ce qui ne te regarde pas.
— Une clé spéciale, dit nerveusement Julie ! Tu me surveilles !
— Ecoute Julie, s’il te plait, reste en dehors de tout ça. C’est entre Georges et moi. Maintenant,
Il va vous dire au revoir, il va gentiment me suivre et faire comme s’il n’était jamais venu ici.
D’ailleurs, je vous conseille d’oublier cette histoire, en s’adressant à Julie et à Vincent.
— Tu oses me donner des ordres chez moi, répliqua instantanément Julie. Mais à quoi est-ce
que vous jouez tous les deux. Vous ne sortirez pas d’ici tant que vous ne m’aurez pas tout
expliqué.
— Laisse-moi tout lui dire Franck.
— Toi, tu la fermes, il n’y a rien à dire.
— Vous me cachez quelque chose ! Qu’est-ce qui se passe Franck ? Tu arrives à l’improviste
par infraction et tu me demandes de faire comme si rien ne s’était passé.
— Tu ne dois rien savoir, Julie.
— J’ai besoin d’un verre d’eau, lui répliqua t-elle.
Elle se rendit à la cuisine. Elle avait réussi à prendre un faux revolver gardé dans un tiroir.
Un revolver oublié lors d’un tournage et qu’elle s’était promis de ramener.
— Puis-je au moins savoir s’il y a un rapport avec lui, elle regarda Vincent.
— Décidément, ce n’est pas aujourd’hui que tu vas changer. Tu veux vraiment tout savoir et
telle que je te connais, tu feras tout pour y arriver.
— Justement, tu vois très juste.
Elle prit le revolver coincé entre son bas du dos et son pantalon et le pointa en
direction de Franck et Georges, en espérant qu’ils ne voient que du feu.
—Maintenant, on va gentiment prendre place et je crois que vous allez me raconter une belle
histoire. Non, Franck, tu vas t’asseoir sur le divan à côté de Georges, que je puisse avoir l’œil sur
vous deux. Et je tiens à préciser que je n’hésiterai pas à tirer s’il le faut. Alors, y-a-t-il un rapport
avec lui. Tu sais Vincent, tu ferais mieux de te rhabiller et de nous rejoindre. Nous, on va
commencer notre petite conversation sans toi.
— C’est quoi ton problème Julie. Pour une fois, pourquoi est-ce que tu ne jouerais pas à la
petite fille modèle, laisse-nous partir. C’est un conseil d’ami.
— Non, je veux savoir ce qu’il a avoir là dedans ! Qu’est-ce que tu fais Georges ?
— Holà ! Du calme Julie, je prends une cigarette tout simplement. Tu ne vas
quand même pas me flinguer pour si peu.
— Bon alors, ça vient. On ne va quand même pas y passer la journée.
Entre temps, Vincent était revenu habillé au salon. Julie était d’un calme inouï.
Il s’était installé sur un fauteuil, l’air de rien comme si cette histoire ne le concernait pas.
— Son vrai nom, c’est David Saule, Franck jeta un regard furieux à Georges sans
rien dire. Il est venu ici pour te tuer, c’est un tueur à gages, un professionnel.
Julie rit en éclat.
— Si c’est une plaisanterie, elle est de très mauvais goût.
— Ce n’est pas une plaisanterie, Julie, répliqua Franck.
— Un professionnel ! Et pourquoi suis-je toujours en vie alors !
Vincent s’était fait tout petit au fond du fauteuil. Il ne comprenait pas de quoi ils parlaient. Il
ne savait pas qui était ce David Saule, Il croyait que sa tête allait exploser.
— Et comment est-ce que vous savez tout ça vous deux ?
— J’espérais que tu ne poses pas la question ! dit Georges.
— L’aéroport, rétorqua Franck. C’est à l’aéroport.
— Quoi, l’aéroport.
— Ho Julie ! Tu compliques tout.
Il ramena ses cheveux blonds en arrière en raclant son crâne avec ses mains.
— Attention, pas de mouvements brusques, je n’hésiterai pas à tirer s’il le faut.
— C’est à cause de Georges. Il faut toujours qu’il complique tout. Mais puisqu’on en est arrivé
là ! On est au courant de tout Julie.
— Je ne comprends pas.
— Julie, ne joue pas à l’innocente. D’ailleurs, si tu es encore vivante, c’est grâce à nous. A
l’aéroport, c’est à l’aéroport qu’il devait faire sa sale besogne, à cause des clones. Pourquoi a t-il
fallu que tu découvres les clones. Si ton ami est amnésique, c’est involontaire. Georges lui a
injecté un produit dans les veines pour retarder ton assassinat, mais il a dû forcer un peu trop
sur la dose.
— Pour retarder mon assassinat ! Et pourquoi voudrait-il me tuer ?
— Pour la cassette.
— Quelle cassette !
— La preuve pour les clones. L’élimination des stars de cinéma. Un gain considérable pour les
maisons de production. Et nous savons que tu étais sur le point de la remettre à la police. Julie, il
nous faut cette cassette.
— Il y a quand même un truc que je ne comprends pas. Qu’est-ce que vous avez à voir là
dedans tous les deux !
— Dix millions d’euros, cest une grosse somme pour convaincre. Je suis navré de te dire ça
Julie mais le play-boy qui est assis là, on le connaît.
— Alors, je n’ai pas le choix. Je vous donne la cassette et vous me butez après. C’est ça !
— On peut dire ça comme ça, oui. Allez ! Pose ton joujou. C’est un faux. Ne m’oblige pas à
sortir le mien et le mien c’est un vrai. Tu as exactement cinq minutes pour le poser ici, sur cette
table.
— Il n’y a pas d’autres alternatives ?
— Si, il y en a une. Excuse-moi Franck.
Georges sortit un revolver de sa poche et lui plaça une balle entre les deux yeux.
— Il ne t’embêtera plus Julie ! Ecoute, laisse tomber cette foutue cassette et allons-nous en,
toi et moi, très loin d’ici.
— Et lui, on en fait quoi?
— On peut lui faire subir le même sort que Franck, c’est pas l’envie qui me manque. De toute
façon, il avait bien l’intention de t’éliminer.
D’un geste vif, Vincent plaqua Georges au sol. Mais malheureusement, en essayant de se
libérer, une roulade les fit traverser la baie vitrée et ils disparurent dans le vide pour s’écraser
soixante mètres plus bas.
Driiiiing !.. La sonnerie du téléphone retentit. Julie décrocha.
— Allô ! Mademoiselle Julie Lyon !
— Oui, c’est moi.
— Excusez-moi de vous déranger, je suis l’inspecteur Kant. Je crois que vous vouliez me
rencontrer pour me donner une cassette…
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