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Auteur : Sujet: a vous mes chers amis d antan  Bas
 LUBREAC Marion
 Messages postés : 18
 TOUT S ARRANGE TOUJOURS
  Posté le 01/04/2008 16:50:43
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A VOUS,  MES CHERS AMIS D ANTAN




Mes chers amis,
Ce petit mot pour vous avertir de ne pas vous inquiéter de notre silence.
Nous vivons repliés l’un sur l’autre.
Comme des tiques.
A nous épier, nous surveiller, nous piéger.
Tout notre temps y passe : aussi ne recevons-nous plus quiconque, car nous n’avons plus le loisir de nous ouvrir aux autres.
Notre grande maison sent le renfermé. Le moisi.
Vous y étoufferiez.
Pas le temps d’aérer, ni de nous occuper du jardin.
Les réparations extérieures ne nous préoccupent plus : nous ne sortons pas.
Les orties poussent. Le lierre et les ronces enveloppent et étouffent peu à peu la vie.
Leur luxuriance occulte jusqu’aux vitres.
Sans doute la vigne vierge bouche-t-elle les canalisations, les gouttières, et s’étire sur le toit d’ardoises ?
A en croire l’humidité qui règne ici, c’est à coup sûr ce qui se passe.
Les murs intérieurs s’auréolent de champignons. Le mérule gagne du terrain. Les rats pullulent.
Malgré la pénombre, je guette mon frère, et l’observe. Je traque ses moindres gestes.
J’y vois clair, dans son petit jeu malhonnête. J’y vois bien. Même dans le noir.

Il se prétend aveugle, muet, paralysé. Je sais qu’il ment. Et malgré son immobilité, je vois bien qu’il me regarde.
Les rats me l’ont dit. Ce sont des animaux intelligents et raffinés, toujours aux aguets.
Ce n’est pas à ces vieux rats qu’on peut en conter. Raymond peut ruser, feindre, nous ne sommes, les rats et moi, pas dupe du tout.

Si vous veniez nous voir, vous le prendriez pour mort. Il est retors. Il l’a toujours été : Assis dans son fauteuil, il feint une parfaite immobilité. Et comme il ne s’en lève jamais, ni pour se rendre à la salle de bain, ni même pour aller aux toilettes,  il sent mauvais, évidemment !
Facile de se faire passer pour mort quand on n’adresse plus la parole à personne, qu’on ne se nourrit pas, qu’on n’esquisse plus le moindre geste.
Je sens son œil sur moi. Les rats  ont mangé l’autre. Ainsi qu’une partie de son visage et de son cou. C’est vous dire sa passivité. Il n’a pas bronché.
Ce n’est pas ce qui l’empêche de me fixer, de cet œil unique, sans plus ciller.
S’il s’imagine m’impressionner, il se trompe complètement !
C’est un type renfermé et rancunier. Et c’est vrai, je l’ai frappé un peu fort avec la garniture en marbre de la cheminée. Mais de là à prendre cet air mauvais, fixe, et suspicieux, il ne faut pas exagérer !
De toute façon, il était légitime que je me fâche. Il n’a pas à fouiller mon sac, mon courrier, mes e mails et mes sous vêtements de cette façon. Ce n’est pas parce qu’il est mon frère ainé qu’il a tous les droits sur moi. Je lui ai déjà consacré toute ma vie, il ne faut quand même pas exagérer. Il a tué maman, et il sait que je le sais. Seulement il affirme que c’est moi. Il m’empêche de sortir, m’interdit d’en parler. Par peur que je l’accuse, sans doute. Ce n’est quand même pas de ma faute si elle s’est cognée. Je ne suis pas responsable de tout. S’il n’avait pas été ivre et violent envers elle, je n’aurais pas été obligée de la tirer fortement en arrière. Maintenant, si elle a perdu l’équilibre pour aller se cogner contre la cuisinière, si elle ne s’était pas mise à geindre en saignant salement sur le carrelage, on n’aurait pas eu à l’achever à coup de tisonnier !

Tout ça, c’est la faute à Raymond. C’est bien lui, il me semble, qui a acheté des rats domestiques et leur a donné la viande de maman pour que personne ne sache.
Quel menteur ! Quel sale type !
Et moi, je suis restée.
Bon c’est vrai. Regarder ma mère se faire bouffer par les rats était pour moi un spectacle fascinant. J’en ai même goûté un bout, un jour. Ce n’était pas loin de la fête des mères. C’était bon.
Je me demande lequel de nous deux va craquer en premier.
J’aimerai recevoir du monde. Sortir. M’amuser. J’aimerais bien avoir un amoureux. Mais Raymond pue vraiment trop.
Il faudra bien qu’un jour ou l’autre, je prenne mon courage à deux mains. Que je me lève. Que je quitte lentement la pièce et que je sorte. Mais les lianes du lierre enserrent la maison de leurs innombrables troncs. On n’a plus le téléphone, ni internet, ni le courant bien sûr. On ne payait jamais les factures. On n’ouvrait jamais plus à personne. On ne peut plus communiquer avec l’extérieur, d’ici. Parfois, ça me pèse un peu. Et puis j’oublie, et j’observe Raymond.
D’amis je n’ai que vous. Les fantômes de mon  école. Petits garçons et petites filles de mon passé. Je sais que vous pensez à moi souvent. Sinon, penserais-je à vous tous ? Aussi je vous écris pour ne pas vous affoler. Parce que je reviendrai un jour. Quand Raymond aura fini de me regarder.
Il est une justice divine, vous savez. Les rats d’ici sont ses apôtres. Ils s’occupent de tout assainir, de tout nettoyer. Je compte sur leur sagacité pour me débarrasser du mauvais esprit de Raymond. On n’a pas le droit de faire semblant d’être mort pour donner mauvaise conscience aux gens. Un jour la mort vous rattrape. Et cette fois là c’est pour de vrai.
Quand son regard vitreux aura cessé de me guetter, je me mettrai sur mes pieds, j’ouvrirai les volets à grands coups de couteau, je cisaillerai ce linceul de verdure et m’infiltrerai vers dehors.
Loin des crottes de rats, de la pestilence, du feutre de la poussière.

Alors mes chers amis, je vous reviendrai, et nous fêterons mon anniversaire. Sauf que cet anniversaire- là ne se soldera pas par la mort de ma mère et ces ripailles sanglantes entre Raymond, les rats et moi.

Parce que moi demain, je serai libre d’ouvrir mes ailes et de m’envoler.
Quitter le noir pour aller vers la lumière.
Moi demain, je pourrai vivre pour de vrai.
En toute pureté !

Marion LUBREAC            01 JUIN 2007

MarionLubreac@aol.com

 fredaline
 Messages postés : 3926
 http://www.chezfredaline.com/
 fredaline
  Posté le 01/04/2008 17:23:09
Send a private message to fredaline
wouuaa de mieux en mieux , tu me fais peur , pour dire que tu ecris bien ;......

http://www.chezfredaline.com/

Jean-Jacques mon tourbillon de passion…..dans tes mains  je navigue peu sage

 LUBREAC Marion
 Messages postés : 18
 TOUT S ARRANGE TOUJOURS
  Posté le 02/04/2008 02:39:52
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merci!
L'adresse indiquée est fausse: on peut me joindre à
marion.lubreac@yahoo.fr
Je suis heureuse que ce texte vous plaise aussi!
horrifikisses


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