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forum Index du forum forumNouvelles forumDes nouvelles très courtes de Brahim Darghouthi

Auteur : Sujet: Des nouvelles très courtes de Brahim Darghouthi  Bas
 Essia2
 Messages postés : 13
 « Impose ta chance, serre ton
bonheur et va vers ton risque. A
te regarder, ils
s'habitueront. » René Char
  Posté le 28/08/2007 13:57:13
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(1)  L’urne

Brahim Darghouthi

Ce jour là, de longues files se repoussaient des coudes et des épaules devant la porte depuis le matin. Tout le monde criait comme si on était lors du jugement dernier. Puis les gens pénétrèrent l’un après l’autre dans une salle spacieuse où se trouvaient d’innombrables personnalités. Ils avaient choisi entre des bulletins rouges, jaunes, blancs, verts, bleus, orangers violets et roses puis ils avaient passé devant une urne cristalline et ils avaient mis leurs décisions dans ses fonds. Ils étaient sortis de la porte de la vaste salle après avoir longuement contemplé le cadenas doré qui fermait l’embouchure de l’urne sur un arc en ciel.
Le soir, l’urne avait été soulevée sur les épaules telle une nouvelle mariée et pour compter les bulletins, le cadenas fut enlevé.
Ce qui était vraiment étrange c’est que la tâche des importantes personnes qui étaient chargées de trier les bulletins n’était point épuisante. Ils l’avaient accomplie facilement et hâtivement parce l’arc en ciel était devenu d’une seule nuance !!! Un gris lugubre…



(2)  Le martyr

Alors que je franchissais le portail de cimetière, je m’étais affronté à un trou creusé tel une plaie saignante depuis le début de la création. J’étais allé m’informer chez le gardien sur celui qui avait exhumé le tombeau.
Il avait répondu qu’il y a deux jours, plusieurs importantes personnalités étaient venues pour rassembler les restes des squelettes des martyrs de la révolution afin de les enterrer dans le cimetière de l’indépendance.
Je lui avais dit que c’était le tombeau du traître qui avait conduit  l’armée française aux lieux de la réunion des rebelles et c’était pour cela que les soldats les avaient assaillis à l’improviste… Ils avaient tué celui-ci qui dort encore par ici sous la terre alors que ses compagnons s’étaient enfuis voilés par l’obscurité.
Le gardien avait dit : « les tombeaux m’étaient apparus tous semblables et je leur avais fait signe à ce trou qui était le tombeau de l’homme que les révoltés avaient égorgé lors de leur retour après que les soldats français avaient quitté le quartier. » Et il avait ajouté : « Un lieutenant lui avait adressé un salut de vénération militaire et des autres avaient enveloppé le cercueil qui  contenait les restes de sa dépouille avec le drapeau du pays. »
J’avais longuement contemplé le tombeau du Martyr dormant dans le cimetière des étrangers solitaires tout en avalant ma langue.      
   

(3)  la prison

Vers l’aube, les gardiens étaient arrivés en frappant le sol de la prison avec leurs gros godillots. Il s’était réveillé avant qu’ils n’eussent ouvert la porte. Il s’était assis en se frottant les yeux avec des mains que le vigoureux froid faillait geler. Le commandant d’unité lui avait ordonné de se mettre debout et il avait obéi. Les hommes de la police armée marchaient et il marchait devant eux.
Lorsqu’ils étaient arrivés à la cour de l’exécution, il avait remarqué un groupe des prisonniers aux pieds et aux mains enchaînés et aux yeux bandés. Il s’était dit : «  comme ils sont nombreux en ce jour hivernal ! » Et il n’avait rien ajouté. Il s’était habitué à son boulot.
Le commandant d’unité lui avait tendu un grand couteau et il avait commencé à égorger les hommes entassés par terre l’un après l’autre tout en invoquant le nom de dieu chaque fois qu’il décapitait un condamné.


(4)  Le sang de mon père

Le panier est tombé de la main du gamin.
Le cœur du petit chute sur l’asphalte.
Le panier est tombé.
Un panier dans lequel était mise avec soins la bouteille de vin du père.
Le liquide rougeoyant a coulé sur l’asphalte.
Pétrifié, le petit s’est cloué le long d’un instant qu’il a cru une éternité. Puis il s’est accroupi et il s’est mis à ramasser les brisures de la bouteille.
Sur le liquide rouge, s’est intensifiée une mousse blanche sur laquelle des mouches se sont posées.
Avec de la terre, le petit a construit un petit barrage derrière lequel il a rassemblé le liquide rouge.
Le petit s’est renversé sur ses avant-bras.
« Pour vous rappeler seulement » ses avant-bras sont maigres, très maigres.
Le gamin s’est renversé sur ses avant-bras et s’est mis à ramasser les fragments du verre.
Il les a assemblés.
Il a essayé de fabriquer une autre nouvelle bouteille.
Pourquoi n’aurait-il pas essayé cela….?
Son sang a coulé.
Son sang a coulé sur l’asphalte.
Il a construit un autre barrage avec sa paume de sa main droite.
Puis avec la gauche.
Puis avec la droite.
Puis avec la gauche.
Puis avec les deux.
Le petit s’est dressé sur ses deux jambes.
Il a crié :
Donnez-moi (Il ne sait pas ce qu’il doit demander)……. Pour que j’y rassemble le sang de mon père et le mien.


(5)  Les amoureux

Ils s’étaient arrêtés devant le réceptionniste dans le luxueux salon de l’hôtel. Leurs habits ressemblaient à ceux des prêtres.
Chacun d’eux deux se chaussaient des sandales en cuir pareils à ceux que les habitants du Sahara avoisinant Chott El Jrid en Tunisie excellaient fabriquer. L’ouvrier au tunique et à la caquette se tenait debout derrière eux. Il portait une grande valise neuve. La femme dévoilée portait des lunettes de soleil. A ses cotés un homme mettant sur son visage un voile des touaregs.  
Le réceptionniste leur avait demandé leurs papiers. Les cartes nationales d’identités et les passeports. Il leur avait dit cela en souriant et en les accueillant.
L’homme avait fait sortir de sa poche deux passeports et les avait tendus au réceptionniste et il avait demandé une vaste chambre au dixième étage et donnant sur la mer.
L’employé avait consenti en inclinant sa tête et il avait commencé à remplir le formulaire. Il avait écrit en haut de la première page Oussaf et sur la deuxième il avait inscrit Naïla.
N.B. Oussaf et Naïla étaient un homme et une femme qui avaient commis l’amour dans la Kaaba et ils étaient transformés (métamorphosés) en statues (idoles).


(6)  Le bengali

Il était entré tout de suite après moi dans la chambre à coucher à l’hôpital du roi Fayçal d’El Taïf. Je l’avais aperçu portant  entre ses mains un pyjama spécial de l’hôpital. Lorsque je m’étais assis sur le bord du lit, il me l’avait tendu tout en me demandant : « Tu es de l’Egypte camarade ? » Et je lui avais répondu alors que tous les peines de l’univers se dégageaient d’entre mes lèvres : « Non, je suis tunisien. » J’avais remarqué la confusion envahir ses prunelles et je l’avais entendu répéter le mot tunisien plusieurs fois puis comme s’il s’était soudainement rappelé quelque chose qu’il connaissait mais qui avait fui à son esprit il avait crié : » Dans l’Afrique du nord ??? »
Et j’avais souri sans rien dire.
Et je me suis replié sur mes chagrins, ma douleur (maladie), mon éloignement et ma solitude. J’avais fondu en larmes et j’avais sangloté.
Quand j’avais ouvert les yeux je l’avais vu assis dans son lit en face de moi. Il s’essuyait des larmes qui déversant sur ses joues.
Je ne savais pas s’il pleurait sa nostalgie et sa solitude ou bien les miennes.

(7)  Le tambourin

Le sommeil me tenait au lit de toutes ses forces et je n’avais pas pu m’en détacher. Un son m’était parvenu de très loin… des confins de la terre et moi entre l’éveil et le sommeil j’ouvrais un œil et je sentais comme si les obscurités de tout le monde s’entassaient sur ma poitrine et je me réfugiais de nouveau dans le sommeil.
Et les battements de tambour m’assourdissaient et ils devenaient plus proches et plus proches que toutes autres fois.
Une voix bien triste appelait au secours de nouveau… comme si c’était un appel venant des bas fonds d’un puits. Et le sommeil me volait même de moi-même et je ne pouvais point franchir ses portes.
Ma femme dormante à côté de moi s’était agitée dans le lit et j’avais trouvé mon équilibre. L’éveil avait chassé le sultan du sommeil et je m’étais réveillé sans que les battements du tambour ne cessassent de frapper l’intérieur de mon oreille violemment. J’avais sauté de sur mon lit et j’avais allumé la lampe électrique suspendue au toit de la chambre. Et les battements du tambour devenaient de plus en plus rudes.
Et ma femme, les yeux fermés, m’avait demandé :
_ Mais qu’est ce qui te prend ?
Et je lui avais répondu tout perturbé :
_ Ecoute bien… Comme si j’entends des battements sur un tambour à l’intérieur de la chambre.
Et elle m’avait répondu :
_ Ô toi ! Éteints l’électricité et laisse nous dormir ! Je t’en supplie…
Et elle avait tiré la couverture en laine sur sa tête.
Quand je m’étais décidé à retourner au lit, les battements de tambour avaient envahi la chambre et le sommeil s’était envolé et ma femme avait jeté la couverture et s’était réfugiée dans ma poitrine. Je l’avais tranquillisée puis j’avais ouvert la porte de la chambre.
Je l’avais trouvée debout dans le salon tenant le tambourin de mon benjamin.
Lorsque la lumière l’avait surprise, elle avait levé les mains pour couvrir ses yeux et le tambourin était tombé par terre tout en se cassant et du choc de la poterie sur le sol, étaient provenus un retentissement et un cliquetis.
Elle s’était accroupie et s’était mise à ramasser les brisures (fragments) du tambourin de mon fils le cadet… Tout doucement je m’étais approché d’elle et j’avais caressé ses épaules.
Ma femme avait déjà allumé la chambre à coucher des petit  et le lit de ma mère était froid tel de la glace. Je l’avais conduite à la chambre et je l’avais fait dormir. Je l’avais enveloppée de plusieurs épaisses couvertures de laine. « Les nuits hivernales sont glaciales ces jours ci. »            

                                                           Brahim Darghouthi
Romancier, nouvelliste et traducteur de la Tunisie
Nouvelles traduites de l’arabe dans le français par Essia Skhiri

Quand viendra la joie
Elle aura l'odeur de ta voix
 fredaline
 Messages postés : 3984
 http://www.chezfredaline.com/
 fredaline
  Posté le 28/08/2007 14:05:47
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une question es tu Brahim Darghouthi?????

http://www.chezfredaline.com/

Jean-Jacques mon tourbillon de passion…..dans tes mains  je navigue peu sage

 Essia2
 Messages postés : 13
 « Impose ta chance, serre ton
bonheur et va vers ton risque. A
te regarder, ils
s'habitueront. » René Char
  Posté le 28/08/2007 14:16:15
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Bonsoir Fredaline
Je ne suis Brahim Darghouthi. Je suis Essia Skhiri, romancière et traductrice tunisienne. Ton passage bien qu’il soit très bref me comble. Je souhaite qu’on devienne amies.
Meilleures salutations    

Quand viendra la joie
Elle aura l'odeur de ta voix
 fredaline
 Messages postés : 3984
 http://www.chezfredaline.com/
 fredaline
  Posté le 28/08/2007 14:25:32
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merci ,  tu es donc ami  avec lui  , mais ce qui me gène c'est de voir  ton nom   et  en fait lire ses textes, je pensais te lire  toi  

http://www.chezfredaline.com/

Jean-Jacques mon tourbillon de passion…..dans tes mains  je navigue peu sage

 brahim darghouthi
 Messages postés : 47
  Posté le 28/08/2007 14:47:10
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C'est vraie Fredaline
Essia " dont le non en Arabe veut dire Asie" a un coeur plus vaste que l'Asie, plein de bonté et d'amour pour le monde entier.

Je suis un homme du monde
 brahim darghouthi
 Messages postés : 47
  Posté le 28/08/2007 14:48:40
Send a private message to brahim darghouthi
Essia
Je sais que tu veux dire me voilà méchant bonhomme
N'est ce pas ma très chère?

Je suis un homme du monde
 Essia2
 Messages postés : 13
 « Impose ta chance, serre ton
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s'habitueront. » René Char
  Posté le 28/08/2007 15:53:18
Send a private message to Essia2
bonsoir Fredaline
ce sont des bouvelles très courtes de notre écrivain tunisien dont je suis très fière Monsieur Brahim Darghouthi et que j'avais traduites de l'arabe dans le Français.
j'ai mentionné cela en bas des textes.
je te souhaite une bonne lecture. les mondes de Brahim Darghouthi sont fantastiques.
encore une fois, ton passage par mon chemin me comble
merci d'être là.  
Essia

Quand viendra la joie
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 Essia2
 Messages postés : 13
 « Impose ta chance, serre ton
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  Posté le 28/08/2007 15:55:14
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Tu n'as jamais été méchant Si Brahim. C'est de toi que j'apprends à être ce que j'aime être.

Quand viendra la joie
Elle aura l'odeur de ta voix
 Jack
 Messages postés : 567
  Posté le 08/09/2007 07:29:33
Send a private message to Jack
En tout cas, voilà de beau texte, qui sont trés réjouissant à lire. Continue comme ça, la plus grande beauté est celle de l'intérieur.
Moi, vous me faites rêver, et c'est bien là l'essentiel en littérature.
Merci.

 nanikooo
 Messages postés : 218
 nanikooo
  Posté le 20/09/2007 10:17:25
Send a private message to nanikooo
Essia...tu nous transportes dans des contrées lointaines et des coins de soleil...

J'ai gardé la lampe d'Aladdin dans mes pensées...

Merci du bonheur de ces mots...


amitiés
Nanikooo

"La vie n'est rien de plus...que le temps qu'il fait..."

Allons-y gaiement...
 Essia2
 Messages postés : 13
 « Impose ta chance, serre ton
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s'habitueront. » René Char
  Posté le 25/09/2007 19:38:26
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Cher Jack
Ma joie de vous voir passer par mon chemin est bien vaste. Il y a pas de plus ravissant que de croiser les belles/ vraies âmes. Je ne vous ai lu pas très loin d’ici et un peu ailleurs et votre vision de la vie m’a tellement éblouie. Le rêve c’est une manière de vivre Jack. Qui peut assurer que le rêve n’est pas lui aussi une pure vérité dans un monde très loin de toutes ses vérités.
Soyez toujours le bel artiste que j’avais lu lors d’une belle coïncidence Jack.
Mes sincères amitiés

Quand viendra la joie
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 Essia2
 Messages postés : 13
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bonheur et va vers ton risque. A
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s'habitueront. » René Char
  Posté le 25/09/2007 19:48:42
Send a private message to Essia2
 Quelle joie de te voir me lire Nanikoooo… Vos mots me comblent … les contrèes que vous avez visitées vont se rappeler la lumière que vous y avez parsemée. Dans la pensée de chacun de nous, il y a mille lampes d’Aladin et même plus qui essayent de leur mieux de briser les ténèbres.
Amicalement Nanikooo et meilleures salutations    

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Elle aura l'odeur de ta voix

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