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forum Index du forum forumNouvelles forumAUBE, la saga de l'Europe, chapitre II

Auteur : Sujet: AUBE, la saga de l'Europe, chapitre II  Bas
 Marc_Galan
 Messages postés : 160
 Marc_Galan
  Posté le 03/04/2007 17:37:38
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– On ne t’en demande pas tant ! Et s’ils te croient un espion, il n’y aura pas d’hospitalité qui tienne. Je suis d’accord avec le petit prêtre. Ils savent recevoir et honorer l'étranger. Trop d’entre eux nous l’ont certifié... Oui, cela les différencie des bêtes. Mais l’arbre de leur hospitalité ne va pas cacher la forêt de leurs saletés.
– C’est à notre contact qu’ils ont acquis cette vertu. Avez-vous remarqué ? Ceux que nous leur prenons deviennent, une fois parmi nous, au bout de quelques années de captivité, à peu près humains, et les enfants que nous faisons à leurs femelles font des serviteurs convenables. Ils réussissent même à parler. Bientôt, quand ils seront tous nos sujets, ils parviendront, pour les plus doués et les meilleurs, au niveau de nos castes les plus basses... Ça sera l’affaire de trois, quatre générations. Pour les autres, il faudra plus longtemps, le double peut-être, mais les dieux aidant, il n’y aura à la fin que peu d’irrécupérables.
– Arrête tes conneries ! Tu supportes plus l’hydromel ? Jamais l'un d'eux n’arrivera ne serait-ce qu’à la semelle de nos plus basse caste. Serviteurs ils sont, et ils resteront. C’est le seul destin qui leur convienne, pour cette génération comme pour la centième à venir. Sois sincère ! Ne vivent-ils pas mieux ainsi que libres ?
– Ça n’a rien à voir. Ce sont les dieux eux-mêmes qui nous ont ordonné de bien traiter nos serviteurs et de les nourrir dans leur grand âge, même devenus inutiles et à charge.
– Alors, regarde un peu ces Muets que tu admires tant. Ce ne sont pas leurs vieux serviteurs – ce qui serait bien laid, mais je le comprendrais encore – qu’ils laissent périr, mais leurs vieillards. À preuve, je dois charger ma servante, une belle brune du pays d’au-delà des monts du midi que nous avons délivrée de leurs griffes, d’aller nourrir à part les trop âgés. Sans cette précaution, leurs cadets prendraient leurs rations et les laisseraient mourir de faim... Et tu les imagines être un jour des nôtres ?
– Oh ! vous deux, vous n’avez rien de plus drôle à raconter que vos démêlés avec les vieux sans-caste ? Puisque vous vous croyez si malins, lequel saura me dire la différence entre...
Outre qu’elle était stupide à pleurer, la devinette était graveleuse à vomir. Chacun, y compris les deux polémistes, y alla, en entendant la réponse, de son éclat de rire. Plus personne ne s’intéressa aux Muets. Seul le prêtre s’éloigna. Pas par pudeur. Il était fâché. Il n'était plus en point de mire.

Marc Galan, romancier
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 fredaline
 Messages postés : 4083
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 fredaline
  Posté le 04/04/2007 09:13:00
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on comprend pourquoi l'esclave  a duré si longtemps
pauvre prêtre qui ne  retient plus l'attention

http://www.chezfredaline.com/

Jean-Jacques mon tourbillon de passion…..dans tes mains  je navigue peu sage

 Marc_Galan
 Messages postés : 160
 Marc_Galan
  Posté le 05/04/2007 06:38:18
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Prêtres, guerriers, auxiliaires avaient pris leur collation ensemble, regroupés autour du massif chêne. Pendant que les porteurs d’armes somnolaient sous l’arbre sacré (deux fois sacré pour posséder, outre son caractère de divinité hospitalière décelé par les robes de lin, celui d’une sentinelle avancée de son espèce et d’un combattant aux avant-postes, à la prééminence reconnue et célébrée par tous ceux qui le croisaient), les forgerons et leurs satellites, sitôt terminé le repas pris en commun, ou plutôt côte à côte, s’étaient installés plus loin. Ils étaient ensemble, oisifs ou affairés selon les contraintes de leur art, un peu au-delà de son ombre.
Comme à chaque halte, les charrons avaient vérifié les roues et les bâtis des chariots. De temps en temps, l’un d’entre eux jurait d’un ton sourd, entre ses dents, devant une fatigue inattendue du bois ou le risque lointain, mais contre lequel il jugeait nécessaire d'agir sans tarder, d’un bris d’essieu ou de lâchage d’un tenon. Les forgerons, passés les combats, n’avaient rien à faire. Ils lézardaient aux rais ardents.
Allongés, mains croisées sur le ventre, ils l'évaluaient. Ils le regardaient avec la même fascination que le reste de la troupe, mais de tout autres, et prosaïques, pensées. Lui, une manifestation du sacré ? Des rondins et une montagne de bois de chauffe... Un magnifique sacrifice à Wulkanos, le dieu forgeron, et à ses aides Pewor et Egnis, les jumeaux du feu ! Combien de forges, creusets de belles et bonnes armes, alimenterait-il ! Leurs visages ne témoignaient toutefois que de leur joie et de leur admiration, sans rien trahir de ce qui les motivait. S’ils avaient osé l'exprimer, tous les autres eussent hurlé au sacrilège et à l'abomination... Leurs superstitions infâmes allaient attirer un malheur sans recours ! ... Et qu'est-ce que c'était, ces dieux jumeaux ! Les neres auraient eu tort de le leur reprocher. Ils avaient à leur instar chacun leur paire divine tutélaire. Prêtres comme guerriers étaient dans la main de dieux à double visage. Eux aussi allaient par deux, même sous une autre forme !
Avec quel plaisir, malgré son admiration pour le colosse, Pewortor aurait-il vu le feu de Perkunos, le seigneur de l’orage, le consumer jusqu’aux racines. Ça n’aurait pas manqué de rabattre l’orgueil des neres, qui l’avaient adopté. Ils ne supportaient pas, ou mal, les maîtres de la pierre qui fond et prend mille formes. C’était sans regrets ni scrupules. Ceux-ci en avaient, avec en plus une bonne dose d’envie, autant à leur service. Ce sentiment, partagé, des neres, prenait des formes bien différentes dans l’une et l’autre caste.

Marc Galan, romancier
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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 07/04/2007 05:36:28
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Pour les guerriers, ils étaient un mal nécessaire ; pour les prêtres, des usurpateurs potentiels. À leur instigation, ils étaient toujours placés en arrière-garde quand les guerriers toléraient que certains, joyeux compagnons, chevauchent à leurs côtés. Ils les auraient voulus à pied, marchant tête basse dans le crottin … C’était bon pour les captifs… Eux libres, les autres liés ? … C’était leur marquer trop de mépris… Au moins cachés dans les chariots… Impossible, ils étaient pleins. Alors, derrière, tout derrière. Un forgeron sur un cheval offensait par trop leur vue. En queue de troupe, ils ne l’avaient pas sous les yeux et, bien qu’au courant du scandale, affectaient d’en moins souffrir.
Kleworegs les avait comparés devant lui, un soir de beuverie, à ceux qui acceptent, tout pénible que ce soit, d’être trompés, à condition de ne pas voir leur rival couché avec leur épouse. Il avait entendu, apprécié, réfléchi. Le mot était beau, mais il était un luxe de roi. Lui n’était que wiros. Il ne s’était pourtant pas fait faute de le répandre... Prudent, il avait remplacé épouse par servante. On châtie un blasphème. On rit d’une facétie. Ainsi accommodé, il n’était plus qu’une inattaquable saillie.
Kleworegs, de temps à autre, lui parlait comme à un égal. Son attitude l’honorait... Lui seul. Elle titillait sa vanité. C’était trop facile. Il ne se laisserait pas prendre au piège de cet os à ronger. Il attendait plus. De tous ceux de sa condition, il était le plus acharné à revendiquer le statut de guerrier. Cette prétention, surtout venant de sa bouche, aurait pu passer pour tolérable, tant le colosse en semblait digne, s’il l’avait réclamé pour lui... Mais il en voulait pour tous ceux qui, de près ou de loin, travaillaient le métal en vue d’en faire des armes. Il prétendait devant tout un chacun, sous le moindre prétexte, qu’un forgeron était lui aussi un guerrier... N’hésitait pas, entouré d’amis sûrs, à aller beaucoup plus loin : ils étaient égaux, voire supérieurs, aux prêtres. Ils cumulaient les fonctions des deux castes de neres : accomplir des prodiges par la force divine, et combattre.
Il l’avait mainte et mainte fois expliqué aux autres forgerons. Ils étaient trop souvent enserrés dans leur routine médiocre. À force de leur coller à la peau, elle leur était devenue une seconde nature, un cocon où ils se sentaient à l’aise. Enfants ils l'avaient observé, adultes ils avaient passé devant sans plus le voir : de fragiles oiselets des fleurs, qui ne sont qu'ailes, brisaient leur coquille, s'en extrayaient, s'envolaient l'instant d'après. Rouvres humains, moins vaillants que ces fétus, ils en avaient perdu la force, ou l'instinct. Ils finiraient par savoir ce qu’ils étaient, ce qu’ils valaient.

Marc Galan, romancier
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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 10/04/2007 17:28:47
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Qu’importaient les redites et les répétitions ! Il leur en rebattrait cent fois les oreilles, jusqu’à ce qu’ils le suivent. C’était les prendre à contre-pied. Quoique rêvant d'être reconnus guerriers, ils se contentaient de leur présent état. Lui, fort de son droit, demandait, voire exigeait à l’occasion, bien plus que tout ce à quoi ils aspiraient. Là où n’importe lequel de ses pareils se satisfaisait de sa richesse – leurs troupeaux, gardés par de solides et massifs serviteurs, étaient réputés pour leur abondance et leur beauté –, il réclamait, avec l’âpreté de qui sait ce qu'il vaut, l’égalité, plus encore, le respect ; et il posait ses exigences avec une arrogance confinant au déni sacrilège de l’ordre immémorial. Il n’en avait cure. Il avait acquis son titre en étant de loin le meilleur des siens. Il en serait bientôt de même pour eux. Leur supériorité éclaterait au grand jour et serait reconnue de tous... Le temps viendrait où il leur obtiendrait le statut de guerrier... Ce ne serait qu’une étape. Un jour, des forgerons prêtres, égaux aux bhlaghmenes ou les ayant remplacés, entretiendraient les flammes des autels et y accompliraient les sacrifices solennels. C’était leur destin. C’était le sien de le leur préparer.
Il se serait vu volontiers, avec une volupté extrême, dans la peau d’un de ces prêtres dont il appelait l’émergence de ses vœux. Il était, par sa force et toute sa sensibilité, beaucoup plus proche des guerriers, mais ceux qui combattent, bien qu’on élise les rois parmi eux, n’étaient que la seconde caste. Ils devaient, en théorie, respect aux intermédiaires et interprètes de la Divinité sous tous ses avatars.
Il était fondé à exiger ce statut. Les première caste, par leurs appels aux dieux, en obtenaient la faveur, la glorieuse victoire, la fécondité des femmes et des terres. Les siens entraient en contact avec la force divine avant de fondre le métal et d'ouvrer les belles armes. Et si les rites nécessaires à l’obtention du meilleur bronze tenaient plus dans des gestes que dans des formulations longues et obscures, à psalmodier des heures durant sans en rien changer, ni en omettre un mot, ils connaissaient des dizaines de gestes précis et interprétaient les messages sacrés des dieux à travers les minimes variations de couleur du métal ardent. Ils devaient remuer dans leur tête des formules, transmises de père en fils ou de maître à disciple, tout aussi mystérieuses et incantatoires.

--Message edité par Marc_Galan le 2007-04-16 12:11:09--

Marc Galan, romancier
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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 16/04/2007 17:16:56
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Il avait assisté à nombre de cérémonies propitiatoires et de sacrifices. Les prêtres, vêtus d’une longue bande de lin écru leur couvrant le bas-ventre et leur barrant le torse, laissant à nu la poitrine et l’épaule, côté cœur, officiaient et dédiaient un porc bien gras ou un bélier à l’épaisse toison à Bhagos le distributeur ou au divin couple-fratrie de la nature, à Thonros le dieu des combats ou à Dyeus Pater, le père jour. Chaque fois, il avait remarqué la ressemblance entre le moment du sacrifice et celui où, entouré de ses assistants, il fondait le métal et le forgeait en mille formes agréables à Thonros. Ses vêtements (il portait un lourd et épais tablier de cuir pour se protéger des escarbilles et du brasier de sa forge) et son autel étaient différents, ainsi que sa coupe de cheveux et de barbe, très longs et libres chez les prêtres, raccourcis avec soin chez eux. Garder un système pileux abondant, sauvage, gras, au milieu de flammèches et d’étincelles indisciplinées, était folie. Pour tout le reste, pour l’essence de la fonction, pour tout le rituel et l’appel aux dieux, il y avait plus qu’une similitude, une réelle parenté qu’ils devraient admettre un jour. Il faudrait résoudre ces histoires de barbe et de cheveux longs, signes distinctifs de l’élite, véritable handicap pour eux, en contact quotidien avec l’élément igné... On pourrait les protéger sous un casque et un plastron. Ce n’était ni fondamental ni urgent. Il en parlerait à Egnibhertor, son rival pour la qualité des armes, mais aussi son meilleur ami, homme de très bon conseil.
Il considéra longtemps son glaive, planté en terre, et celui qu’Egnibhertor, étendu à trois pas, arborait (une tolérance) au côté. Ils étaient, comme le reste de leur production, à leur image. Ses armes étaient massives, faites pour des guerriers tout en muscles durs et puissants à briser une lanière rien qu’en les gonflant. Celles d’Egnibhertor, plus fines, convenaient à chacun, de l’adolescent à sa première campagne au vétéran recru d’années et au bras moins sûr. Les seconde caste ne prisaient rien tant que la force pure. Ils préféraient de loin les massifs glaives, les lourdes haches, les énormes massues. Il recevait la pratique de ceux qui se targuaient d’être les meilleurs, les plus hardis combattants.
Ces hardis combattants, à l’usage, en rabattaient beaucoup de leurs prétentions et se rabattaient, avec sagesse, sur les armes légères, bien plus maniables. Tant pis si elles étaient plus fragiles. Leurs glaives respectifs allaient à deux genres de guerriers. Deux athlètes se mesuraient en duel, le porteur des siens l’emportait, sans coup férir, sur le champion de celles de son rival. Un combat singulier opposait deux hommes de force moyenne, la victoire revenait à celui qui en maniait un ouvré par Egnibhertor. Avec de bons réflexes et un minimum d'agilité, il avait dix fois le temps de tuer son adversaire avant qu'il ait même eu le temps de se mettre en garde. Les glaives de Pewortor étaient des armes de chefs et de héros, de parade et de tournoi. Ceux de son rival, des armes. C’est pour cela que l'un avait accédé si jeune à sa haute dignité.

Marc Galan, romancier
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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 17/04/2007 18:55:45
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Egnibhertor, le seul qui eût pu en être jaloux et la lui contester, n'en voulait pas et n'y aurait pas songé un instant. Il était aussi riche, sinon plus, mais n’aurait pas, lui, élevé la voix pour revendiquer le statut de guerrier pour les siens, ni même pour soi. Il avait assez de troupeaux, de biens, de serviteurs, pour s’en contenter jusqu’à son dernier jour. Pourquoi se compliquerait-il la vie ? ... Ultime argument, décisif à ses yeux, il n’avait pas d’enfant et, à en croire prêtres et sorcières, nul espoir d’en avoir un jour. À quoi bon revendiquer en faveur d’improbables (même les prêtres peuvent se tromper) descendants ! Après lui le ciel rouge des dieux !
Il n’avait fondé aucune famille, et n’en espérait plus. Les lois étaient claires. En vertu d’obscurs et lointains liens de parenté, tous ses biens reviendraient après sa mort aux enfants – l’aîné ou le fils choisi – de son rival et patriarche... Peut-être, si l’ambition de Pewortor était assez forte, ce fils deviendrait-il un jour guerrier... Pourquoi pas prêtre, avec tout le respect se rattachant à ces fonctions... S’il n’y parvenait pas, il serait au moins riche des biens de leurs deux familles. À sa place, il s’en serait contenté.
L’enfant de Pewortor ! ... Il eut un petit sourire triste. Il était presque aussi virtuel que les siens. Ce n’était pas faute pour le colosse d’avoir tenté d’être père, ni d’avoir prouvé sa capacité à l’être... Mais le malheureux patriarche – sans enfant en dépit de son titre – avait joué de malchance. (Moins que ses épouses, mais un mâle n'y pense pas).
Sa première femme, une rousse odorante, saine et robuste, était morte d’un mal inconnu qui l’avait emportée dans d’atroces souffrances – mâchoires contractées, muscles de pierre tendus à se déchirer – au cours de sa grossesse jusque là aisée. Les dieux savent combien, au cours de sa maladie, il avait multiplié prières et oblations, sacrifiant, sur les conseils du prêtre-guérisseur, de ses plus belles bêtes à des divinités muettes.
Elles ne les avaient pas entendues, ou n’y avaient pas répondu. Il avait cherché, en vain, à comprendre.
Il en avait inféré deux décisions. La première, conforme, qu’il devait se remarier d’urgence. La seconde, devenue depuis lors une idée fixe, l’explication de sa prétention à se mesurer à la plus haute caste, que les prêtres ne savaient rien.
C'est son désir et son malheur extrême qui l'y avaient conduit. Il n'y aurait sans doute jamais pensé sinon. Il était, comme tous les siens, tétanisé par le respect dû à ceux du sacré. Il ne les aimait pas. Il ne s'en cachait pas. Jamais il n'aurait nié leur essence supérieure.

Marc Galan, romancier
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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 18/04/2007 13:03:03
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La conjonction de sa passion et de la suffisance incapable et avide du celui qui avait prétendu sauver son épouse et n’avait su que lui prendre ses plus belles brebis, avait été le déclic. Elle l’avait amené à son but ultime. Soudain – il l’avait expliqué à Egnibhertor un soir bien arrosé où il était en veine de confidences –, il avait cessé de croire aux pouvoirs et à la puissance des prêtres et, surtout, à leur science. Trop, celui qui n’avait su guérir sa femme pour le premier, ne méritaient pas d’exercer leur sacerdoce. Les dieux les jugeaient indignes d’être médiateurs entre eux et les humains, ou investis d’une parcelle de leur pouvoir. Ils se refusaient à exaucer leurs prières. Les maîtres du métal réussissaient, eux, chaque jour, le prodige de transformer certaines pierres, choisies et traitées selon un rituel long et secret, préservé d’âge en âge, en armes et insignes... Et il n’y avait pas de ratés, pas de victimes innocentes d’un homme trop léger pour le grand pouvoir qu’il prétendait maîtriser. Entre les guérisseurs ou augures, bien peu efficaces, et les forgerons, auteurs sans faille du plus mystérieux changement, les vrais prêtres, animés de l’étincelle divine, n’étaient pas ceux qui en portaient le titre.
Il l'avait, dans le secret de son cœur, ressassé et léché bien des lunes. Mais, homme jeune ayant prouvé sa parfaite capacité à engrosser son épouse, il avait suivi les traditions et la nature. Malgré ses soucis et l’agitation de ses pensées, son remariage n’avait pas tardé... Son second veuvage non plus... Un veuvage tout ordinaire. Pendant son absence, sa femme, à la grossesse elle aussi prometteuse, n’était un soir pas rentrée. Il n’avait su son sort qu’à son retour, quand il s’était étonné de ne pas la voir l’accueillir. Elle était tombée dans un trou d’eau profond et sans margelle où elle venait puiser quand les sources étaient taries ou qu’il faisait trop froid. C’était un accident assez commun. Son mépris des prêtres n’avait pu causer ce malheur, avertissement des dieux bafoués dans la personne de leurs servants.
Il ne prit, cette fois, qu’une décision. Il se résolut à une troisième union. Il n’aimait pas, n’aimerait sans doute jamais cette femme, mais l’avait engrossée dès leurs noces. Forte comme un vieux chêne, issue d’une bonne lignée féconde en mâles solides (C'était leur seule fille, c'était son seul charme), elle représentait son nouvel espoir d’enfanter un fils vigoureux et digne de lui. Jusque là, malgré sa richesse, elle était son bien le plus précieux.
Quand ils étaient partis, sitôt finie la saison froide, toutes les apparences d’une grossesse facile étaient là... Cela faisait plus de quatre lunes. Egnibhertor pensa à sa vieille épouse. Serait-elle là pour lui apprendre la mort de celle de son ami, comme deux fois déjà, ou pour lui faire partager sa joie de la naissance d’un héritier ?
Cet héritier, qui serait peut-être ce que son père rêvait, ce que lui, Egnibhertor, n’osait même plus rêver : un guerrier, un prêtre... un roi ?
Bhagos le distributeur lui avait pris ses deux premiers enfants avant même leur naissance. Il connaissait les légendes sacrées. Il y avait là plus qu’un signe... une promesse.


LE 20/4/2007 : Un nouveau chapitre : ACCROCHAGE

Marc Galan, romancier
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 Marc_Galan
 Messages postés : 160
 Marc_Galan
  Posté le 14/07/2007 13:12:59
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Je remonte le topic. Comme ça, vous aurez le texte dans l'ordre (très provisoirement, je le crains)

Marc Galan, romancier
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 Jacques Thorin
 Messages postés : 2297
 Je puise à la source de mon coeur
pour que mon âme soit un océan
 Jacques Thorin
  Posté le 14/07/2007 13:24:57
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Bien vu pour les lecteurs

http://perso.orange.fr/thorin.jacques
http://coeurdeloup.aceboard.fr/
Pages : Prec. 1 2

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