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forum Index du forum forumNouvelles forumAube, la saga de l'Europe. Feuilleton-forum.

Auteur : Sujet: Aube, la saga de l'Europe. Feuilleton-forum.  Bas
 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 08/03/2007 09:32:09
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Il accepta en revanche très volontiers un cheval – tous iraient ainsi, les chefs à plus forte raison –. Y ferait-il bonne figure ? Il n’en avait monté qu’en de rares et brèves occasions. Ils étaient réservés aux guerriers confirmés. Il devrait pourtant tenir sur son dos, et crâne. Que penseraient de lui, sinon, le chef vengeur, ses compagnons, tous ceux appelés à la rescousse pour laver l’affront à sa tribu et, à travers elle, à son peuple ? Pourvu que sa bête comprenne l’enjeu. Il avait confiance. Il n’est animal plus noble.
Une troupe nombreuse, aguerrie, de fiers et solides coursiers. Bénis les dieux de lui avoir offert de tels champions ! Il ne serait avare ni de louanges, ni de dons. Qu’ajouter à ses actions de grâce ? Il désespérait de le trouver. Il voyait, nouveau bienfait, les armes à son service. Mots, autant qu’idées, lui manquaient pour marquer ce surcroît de gratitude.
Au sortir de chez son hôte, il avait tout pour être satisfait. Les gardiens d’armes lui avaient assez expliqué, tout au long du repas, le soin mis à préparer l’expédition. Il voyait déjà ses ennemis morts à ses pieds. La vision de tous ces guerriers équipés de pied en cap n’avait pas diminué cette certitude. Elle l’aurait plutôt chauffée à blanc, tout comme sa détermination. Quelle fête quand cette troupe fondrait sur les massacreurs ! Ils n’auraient guère eu le temps de profiter de ses dépouilles et de se vanter de leur coup.
Il nageait dans cette rouge euphorie. Un cri avait jailli. Mille traits de lumière, violents à crever les yeux, l’avaient frappé. Il avait accommodé… Il devait en deviner la source. Ils émanaient d’au-dessus des cavaliers. Seul le soleil, reflété sur les lames nues brandies pour l’honorer était en cause. Il observa, attentif, les glaives luisant de son intense éclat.
Rouges, leurs lames étaient rouges, à l’unisson de ses pensées et de ses projets. Il voulait comprendre. Pour avoir ainsi renvoyé la lumière, elles ne pouvaient avoir été plongées dans le sang, ni aucune teinture. Ce rouge était leur couleur native.
Quelle roche rutilait ainsi ? Le grenat, peut-être ? Ils ne sont pas aussi gros et, à ce compte, chaque lame vaudrait une année de butin. La réponse était ailleurs.
Il devait résoudre ce détail (non, c’était bien plus). Ses yeux avaient cessé de lui cuire. Il revint à ses vengeurs. Il étudia leur riche mise. Soudain, il sut la matière des lames. Un grand respect envers eux le saisit.

Marc Galan, romancier
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 fredaline
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 fredaline
  Posté le 08/03/2007 12:19:54
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  bien moi aussi je voudrai savoir

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Jean-Jacques mon tourbillon de passion…..dans tes mains  je navigue peu sage

 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 09/03/2007 07:00:41
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Elles étaient de métal, pierre issue des entrailles de la terre et forte comme elle, susceptible sous la caresse-morsure du feu de mille formes variées. Il le connaissait. Il avait appris, au cours des errances de sa tribu, qu’il servait à faire des bijoux. C’était – cela l’avait égaré – la première fois qu’il en voyait tant, et sous forme d’armes. Ses hôtes n’étaient pas des dieux. Qu’ils possèdent de tels glaives prouvait qu’ils n’étaient pas non plus des hommes... Non, pas des hommes ordinaires. Qu’avait-il fait pour, après avoir subi un malheur extrême, recevoir un tel don ? Quel signe était sur lui ?
Son regard s’attarda dessus. Leurs lames effilées faisaient bien deux beaux silex bout à bout. Leur allonge était gage d’invincibilité. D’où les tenaient-ils ? Qu’importait ! Ils avaient su en tirer parti. Il ne s’étonnait plus de leur richesse. De tels outils de mort, au service de l’audace, de l’imagination, du droit, ouvraient la porte de la caverne aux trésors, traçaient la voie droite à la fontaine inépuisable.
Devant ces bijoux guerriers et les perspectives qu’ils offraient, ses yeux brillaient de mille flammes. Son visage encore marqué par l’effort rayonnait. Ses voisins immédiats s’en aperçurent. Ils en rirent, moitié moqueurs, moitié fiers de le voir s’extasier devant leur puissance. Il tremblait, plus excité qu’un guerrier parti en solitaire pour la saison des combats retrouvant, après des lunes de sevrage, sa belle femme. Le désir exsudait par tous ses pores. Face à eux, les Muets seraient plume.
Les contempler, sans le plaisir d’en étreindre ! Le chef comprit sa détresse. Tout en le désirant avec la plus brûlante ardeur, il n’osait lui en demander. Lié par les règles sacrées de l’hospitalité, il mourrait que d’exprimer son souhait. Il ne le laisserait pas plus longtemps sur les braises. Il prit un de ses plus beaux, léger et solide. Il le lui tendit.
« Baigne-le d'assez de sang ennemi, tu pourras le garder ! »
Le garçon le prit. Son bras fléchit. Qu’il était lourd ! Bien plus que deux silex. Il s’y ferait… C’était bon signe. La force du métal se manifestait par ce surpoids. Il esquissa une inclinaison de la tête. Les effusions dans les moments de forte tension, comme avant un combat sanctifié, n’étaient pas le genre des chefs. Devenu tel par le pire hasard, il exagérait cette raideur à laquelle nul ne l’avait jamais formé.
« Tu peux lui dire adieu ! »
« En de bonnes mains, une lame donnée n’est pas une lame perdue ! »

Marc Galan, romancier
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 fredaline
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 fredaline
  Posté le 09/03/2007 11:52:19
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bie il devait être bien fier

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Jean-Jacques mon tourbillon de passion…..dans tes mains  je navigue peu sage

 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 10/03/2007 05:17:33
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Il acquiesça. Si les dieux lui étaient propices, son arme tuerait plus d’ennemis que celles des deux meilleurs guerriers. Pour tenir cette promesse, il se mettrait, arguant de son nouveau rang, tout en tête. Il ne laisserait nul autre porter le premier coup.
Le chef serait ravi de l’obliger. À sa place, au même âge, il se serait conduit en tout point comme lui. Il eut un dernier scrupule. S'il périssait dans l'assaut ? Aryamenos l’hospitalier lui en tiendrait rigueur. Qui reçoit doit protéger l'hôte et ne pas l'exposer au danger.
« M’exposer au danger ! Mais j’y tiens ! Le dieu de la guerre serait fâché si je ne le faisais ; celui de l’hospitalité, plus encore, si tu t’y opposais ! »
La réponse le déliait de son devoir de protection au profit d’un autre, plus fort, plus sacré. Elle le rasséréna. Même si, aux dieux ne plaise, il périssait, son sang ne retomberait pas sur la tribu qui l’avait laissé se perdre. C’était mieux ainsi. S'il subsistait un clan ou des parents à qui en payer le prix, il en eût couru le risque. Seul et orphelin, il n’aurait que les dieux pour vengeurs. Nul n’oserait un acte qui l’expose à leur vindicte. Il avait eu le souci spontané de les en préserver. Il était né pour la royauté. Hélas seuls les prêtres, par tradition, y avaient droit.
Devant sa décision, le chef fit assaut de générosité. Ils conduiraient l’attaque ensemble, en première ligne. Nul ne serait frustré dans son désir de vengeance, ni dans celui de montrer ses vertus guerrières.
Il aurait préféré se battre seul et devant tous. Persister dans cette volonté offenserait son hôte. Nul n’appelle à sa rescousse pour exiger ensuite qu’on attende, l’arme au fourreau, qu’il ait assouvi sa soif de sang. Il insista. Qu’ils l’oublient ! Il s’était mis entre les mains des dieux. Ils n’avaient rien à en craindre s’il tombait. Il suffirait qu’ils le vengent en ne laissant rien de ses assaillants. La fureur était à lui, la vengeance à tous. Le ciel favoriserait ses instruments jusqu’à la fin des temps.
Le chef grogna. Il se tut. À quoi bon ces parlotes ! Dans la rage de l’assaut, paroles et serments voleraient en éclats au profit du plaisir d’écraser l’ennemi. Exige-t-on d’un fleuve en crue qu'il renonce à tout dévaster ?
Il baissa la tête. Les dieux pardonnent tous les débordements de courage – l’un d’eux, jumeau du seigneur céleste de la guerre, y préside – mais les hommes sont susceptibles. Ses vengeurs allaient le juger, quoique vaillant, outrecuidant au-delà du tolérable. Il se reprit.

Marc Galan, romancier
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 fredaline
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 fredaline
  Posté le 10/03/2007 06:08:18
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c'est vrai ces guerriers là ils n ont pas peur du danger au contraire

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Jean-Jacques mon tourbillon de passion…..dans tes mains  je navigue peu sage

 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 11/03/2007 07:29:44
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« Je me suis mal exprimé. Chaque coup porté sera bon. Les dieux ne permettront pas qu’un de nous périsse. »
Le chef grogna de nouveau, avec une vague nuance d’approbation.
Il releva la tête. Il avait vite rectifié son erreur, mais ne savait encore se bien tenir. Avant le malheur tombé sur ses épaules, rien ne l’avait préparé à son rang actuel… La perte de tous les siens l’avait fait roi. Elle ne lui en avait pas appris les façons.
Une légère tension subsistait. Un mot aimable la ferait chuter.
« Je loue encore les dieux. Votre vaillance et vos armes rendront notre vengeance si aisée ! »
Le chef sourit. Il en profita.
« On y va tout de suite, ou on attend les autres ? »
« Le roi va prier le ciel de favoriser notre expédition. Ça ne sera pas long. Ce n’est pas un sacrifice. Il va invoquer le guerrier divin et lui dédier tes Muets. Nous partirons juste après. «
« Que tes amis ne tardent pas ! Je brûle de me venger ! »
« Ne t’inquiète pas ! Les Muets vont en chars à bœufs. Nous irons plus vite. Ce soir, nous serons au complet. Il y aura quatre autres clans avec nous. Qu’en dis-tu ? »
« Magnifique ! »
« Six clans (Ah, il le comptait comme un clan à lui tout seul ! … Parfait, pourvu que les autres soient plus nombreux) ! Tes Muets ! … Il n’en restera qu’herbe rougie. »
Il fit une grimace.
« Ils seraient venus sans cela, mais pour les presser, je leur ai promis des armes de métal. »
Il semblait contrit. Il cédait une part de son pouvoir. Le jeune homme prit un tout autre visage. Qu’était son clan, devant leur peuple ? Il n’y avait rien à regretter, loin de là.
« Plus nous aurons de bonnes armes, plus nous imposerons notre paix à l’ennemi, plus nous étendrons, encore et encore, nos pouvoir et renom. »
« Oui, oui, peut-être. »
« … Et ceux que tu as ralliés t’aideront à nouveau, parleront en ta faveur dans les conseils. Qui sait s’ils ne voudront te faire roi ? Ils auront vu que ceux qui manient les armes ont la vraie force qui vient des dieux. »
Le chef jeta un regard furtif autour de lui. Pourvu que le roi n’ait rien entendu ! Sourcils froncés, un pli soucieux au front, il se tourna vers le jeune homme. Ces paroles frôlaient le blasphème et le sacrilège. Comment ses oreilles, de les avoir ouïes, la bouche du garçon, de les avoir proférées, ne s’étaient-elles pas carbonisées sur-le-champ ? Il y avait plus effrayant. Comment avait-il pu cracher une telle horreur alors même qu’ils partaient se battre ? Il allait parler. Il n’en eut pas le temps.  

Marc Galan, romancier
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 fredaline
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 fredaline
  Posté le 11/03/2007 12:02:19
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c'est vrai que quand on a pas l habitude d etre à la tête de... on est un peu maladroit et tout peu vite prendre feu selon avec qui on est

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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 12/03/2007 10:50:22
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« Les prêtres ont toujours, en notre nom, sacrifié aux dieux. Ils devaient être à l’écoute de leurs messages, nous obtenir leur soutien, et par leurs prières détourner de nous les assauts. Aucun ne les a entendus nous avertir du guet-apens. Et, le danger venu, malgré notre piété et notre courage, ils ne leur ont pas répondu. Je n’ai plus foi en eux. En ta valeur, oui ! »
« Ils sont morts. Les dieux eux-mêmes, devant leur carence, les ont châtiés… »
« … Et nous, innocents, avec ! »
« Tais-toi ! Notre roi et les autres prêtres sont pieux. Nous prospérons grâce à eux… et à moi, son chef, à qui il assure le soutien des divinités guerrières. Chaque fois que j’en ai besoin, je lui amène un bœuf ou un porc gras, et il me le garantit. »
« En somme, il fait ce que tu dis ? »
« Assez ! … »
Il se tut. L’adolescent était plus sage que lui. Il avait dit en une phrase ce qu’il ressentait depuis des années et n’osait exprimer. C’était lui qui, sous le couvert du roi-prêtre, décidait de tout parmi les siens. L’autre n’était que son relais, son porte-parole. Pourquoi ne s’en était-il pas rendu compte plus tôt ? Il lui arrivait souvent, en sa présence, de lancer une idée, oubliée au bout d’un ou deux quartiers de la Brillante. Le roi survenait alors, ameutant le village. Les dieux lui avaient parlé. Ils ordonnaient tel ou tel acte. Celui, comme par hasard, qu’il avait proposé… Et ce d’autant plus vite qu’il avait été plus généreux.
… Qu’avait-il pensé là ? Il ne pouvait y échapper. Comment le chasser de son esprit ? Retarder le moment de l’examiner, peut-être ? Qu’ils réussissent, il en serait bien temps… Pas en cet instant, surtout pas. Les guerriers et leurs armes avaient beau être forts, aucun secours spirituel ne devait être négligé… Ensuite ? … Nul mieux que les prêtres ne savait parler aux dieux. En étaient-ils les mieux placés pour commander aux humains ? Cette pensée, au moins, n’était pas sacrilège. Le roi est le plus digne, le chef le plus vaillant. Le même homme pouvait être les deux.
La réflexion viendrait plus tard. Place à l’action. Elle éloignerait les pensées-blasphèmes ; au besoin, les laverait dans le sang. Ce serait le signe. Que l’hôte périsse, tout ce qu’il avait dit et fait naître serait oublié à jamais. Sinon… L’ambition est une vertu de guerrier. Il saurait l’illustrer plus qu’aucun autre.
Le roi arriva. Le garçon ne laissa rien paraître de sa méfiance, le chef de son trouble. Ils le saluèrent avec ostentation. Il les conviait à l’appel de la protection divine. Celui-ci fini, ils partiraient.
Ils le suivirent. Il savait l’urgence de la poursuite. Il écourta au maximum son oraison. La mort des ennemis plaisait aux dieux. Il suffisait de demander leur aide. Fêtes et réjouissances auraient lieu après. Elles, seraient longues.

Marc Galan, romancier
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 fredaline
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 fredaline
  Posté le 13/03/2007 01:19:01
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bien oui parfois il vaut mieux ne pas dire ce que l'on pense surtout

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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 13/03/2007 09:26:18
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Ils se mirent en route, le garçon à leur tête. Il n’avait rien oublié de son parcours. Il allait tout droit, les laissant marquer la piste. Ils parvinrent, sans se fourvoyer un instant, au champ du massacre, là où les bois coupe-vent s’étaient faits coupe-gorge. Il n’avait cessé, en chevauchant, de jouer avec sa lame. Déjà elle ne lui pesait plus. Sa volonté vengeresse l’avait faite fétu.
Une bande de corbeaux s’acharnait sur les cadavres. Elle s’envola à leur approche en croas discordants et hostiles. Un prêtre, horrifié de la profanation, suggéra de s’arrêter pour les enterrer. Il s’y refusa. Vengeance d’abord, hommage aux défunts ensuite.
Seul survivant de son clan, son rang lui permettait de rejeter les propositions de ceux qui parlent au nom des dieux. Il pouvait décider pour eux tous. Leurs âmes étaient plus pressées de se voir rejoindre par celles de leurs massacreurs sacrifiés que leurs corps de gésir dans la terre-mère. Le prêtre acquiesça. L’instinct du jeune homme, touchant au sacré, avait parlé juste. Les circonstances le révélaient... Et si les dieux avaient tramé ce carnage pour permettre son éclosion ? Non, c’était une telle abomination... Mais qui voit aussi loin qu’eux ? Qui leur tiendrait rigueur d’avoir coupé les mauvais bourgeons pour laisser croître ceux qui porteraient les meilleurs fruits ?
Une odeur de mort s’exhalait du charnier. Ils l’ignorèrent. Ils s’installèrent à côté. Ils l’auraient sous les yeux. Ils en respireraient les douceâtres effluves. Il était bon que soleil et bêtes n’aient pas eu le temps de s’y attaquer. L’horreur était assez présente pour accroître encore le désir de vengeance, sans être insupportable à donner envie de fuir. Elle entretiendrait le feu du combat sans dégoûter, par son excès, en montrant que d’un héros ou d’un être vil, le cadavre devient égale charogne. La puanteur des chairs putréfiées aurait pu désarmer les courages. Cette fade émanation les renforçait.
Les ralliés arrivaient par petits groupes. Leurs yeux se fermaient devant l’amas de corps mutilés ; leurs narines s’emplissaient de l’odeur miellée de la mort ; leurs âmes se soulevaient de dégoût et d’indignation. La nausée passée, une fois arrivés au camp, ne subsistait que cette dernière, et la rage de laver ce massacre par un massacre d’ampleur égale.

Marc Galan, romancier
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 fredaline
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 fredaline
  Posté le 13/03/2007 10:36:37
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wouaaaa  c'est la que moi je ferme les yeux  

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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 14/03/2007 06:12:01
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Le soir n’allait plus tarder. Profitant des dernières lueurs, il leur fit observer les traces de l’ennemi. Leur direction était évidente. Pressés par le temps, ils n’avaient pris nulle précaution, même légère, pour leurrer un éventuel poursuivant. Ils avaient anéanti son clan. Comment quelqu’un en aurait-il survécu pour rameuter une troupe avide de leur sang ?
À mesure que les vengeurs arrivaient, ils s’installaient tant bien que mal. Le chef de la traque avait beau avoir mené petit train pour leur permettre d’être ensemble dès ce soir, les plus éloignés avaient dû chevaucher à vive allure. La fatigue pour seule compagne, ils s’étendaient, à peine descendus de leurs montures, pour tomber dans un sommeil de brute. Il ferait plus ample connaissance demain.
Ils se réveillèrent. Il vit enfin qui lui prêtait main forte. Il y avait, autour des chefs venus les saluer, cent et cinquante solides gaillards, tous, à voir leur mine farouche et leur allure décidée, excellents combattants. Les autres tiendraient devant eux moins que neige au feu.
L’hôte leur fit jurer allégeance avant de leur distribuer ses lames. Tous acceptèrent, en échange, de se remettre entre ses mains. Il n’y avait là nulle humiliation. Leur dispensateur touchait au divin.
Par son geste, il changeait l’Histoire. Il n’y pensa pas. Tous étaient bien armés. Sus à l’ennemi ! Malgré la pluie de l’avant-veille, ses traces restaient visibles. Il serait facile de le pister. La mort, inéluctable, fondrait sur lui.
Ils allèrent à bride abattue. Ils ne ralentirent que pour laisser souffler les chevaux. Les poursuivis ne musardaient pas en chemin. Qu’importe ! Handicapés par leurs chariots, ils n’iraient qu’à leur allure. Les rattraper ne serait pas long.

Moins de deux jours s’écoulèrent entre le moment où ils avaient juré de venger l’affront et cette même vengeance. Ils tombèrent sur les massacreurs l’après-midi du lendemain. À peine à portée de traits et descendus de leurs chevaux, ils se jetèrent dessus. Un petit groupe les bloqua, empêchant leur fuite en avant. Le reste se lança, hurlant, sur leurs arrières et leurs flancs.  

Marc Galan, romancier
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 fredaline
  Posté le 14/03/2007 10:10:33
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là il va plus en rester un seul

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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 15/03/2007 19:08:09
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L'ennemi se regroupa, fit le cercle. Ses meilleurs archers tentaient de cribler de traits les vengeurs. Que pouvaient les rameaux au bout en biseau ou les pointes d’os contre leurs solides boucliers ? Ils s’y écrasaient. Leurs cibles, bien protégées, chantaient, en dérision, la comptine de la pluie. Bientôt, ils furent trop près pour une volée de flèches. Il recourut aux javelots. Peine perdue. Bien protégés, ils s’en riaient tout autant. Ils progressaient.
Très vite, on en vint au corps à corps. Les Muets, un fugitif instant, avaient caressé l’espoir de s’en sortir. Il s’était envolé à jamais. Il ne leur restait qu’à défendre leur peau bec et ongles. Malgré la barrière du langage, ils comprenaient sans peine cris et encouragements à les tuer jusqu’au dernier que se lançaient, pour s’échauffer, leurs assaillants. Leurs mimiques et leurs masques furieux étaient éloquents. Ils n’en voulaient pas qu’à leur liberté. Leur vie finirait au bout de ces glaives brandis.
De tous les démons attachés à leur perte, le pire, s’il fallait en désigner un, était un feu follet couvert de sang. Plus enragé que le mange-miel furieux, bouche écumante de loup, il avançait, sa rouge lame plus rouge encore du sang qu’elle versait, invulnérable aux coups qui tous le frôlaient sans jamais l’atteindre. Leur terreur sacrée devant le vengeur sanglant les sidérait. Aucun ne s’étonnait de ces glaives qui les fauchaient quand leurs trop courtes lames fendaient l’air sans mordre les corps.
Les rouges lames taillaient dans la chair ennemie. Les vengeurs y faisaient de sanglantes trouées. Les mêmes qui avaient anéanti le clan du jeune guerrier lui demandaient grâce. Il n’en écoutait rien. L’eût-il entendu et compris, ils n’en auraient pas été plus avancés. Ces supplications eussent au contraire décuplé sa rage. Les rares qui tentaient de s’y opposer succombaient vite. Ses compagnons, émerveillés, le plaisantaient. Ils n'arrivaient pas à le suivre. Sale égoïste ! Il ne leur laisserait personne.
Avec de tels vengeurs, l’engagement ne s’éternisa pas. Une fois terminé, ils levèrent les yeux au ciel. Le soleil n’avait pas bougé depuis leur arrivée ! Les morts étaient là pour les détromper. Les prêtres les éclairèrent. Pour bref qu’eût été le combat, il avait eu lieu, et l'astre s’était arrêté pour jouir de leur triomphe. Le temps avait fui cependant. Le sanglant amas le criait haut.
Leur chef contemplait le champ jonché de corps inertes… Ceux qui avaient anéanti le clan du jeune homme ne nuiraient plus. Il l’aperçut, agenouillé, affairé. Il avait survécu, et l'avait vengé. Il tranchait, méthodique, les gorges. Pour l'avoir omis, les Muets avaient péri. Le même sort n'écherrait pas aux siens.  

Marc Galan, romancier
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  Posté le 16/03/2007 12:57:56
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'''Plus enragé que le mange-miel furieux''tu veux dire que comme l ours veut son miel  coute que coute , c est ca.!?

bien voilà une bonne chose de faite , si les autres n 'avaient pas vu qu 'il était vivant lui n 'en a laissé aucun par contre

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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 17/03/2007 01:05:30
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mange-miel : l'ours est un animal si puissant qu'on n'ose pas l'appeler son nom. On utilise une métaphore à la place. Petite parenthèse pour Frédaline. Maintenant, la suite

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 Marc_Galan
  Posté le 17/03/2007 01:06:59
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Selon la coutume, il les avait laissés, pour leur aide, faire main basse sur le butin. Ils fouillaient les chariots, dépouillaient les morts. Il s’enquit de sa pierre sacrée, semblable au soleil et tenant le mal captif. Elle avait disparu. Sans elle, son clan, celui de la Pierre-Soleil, n’était plus. Même vengé, il mourait une seconde fois. Certes, il survivait encore en lui, mais son nom ne connaîtrait plus jamais la gloire. Il se résigna. Les dieux la lui avaient prise, ils la lui rendraient un jour. Avec pour seul bien l’arme que le chef des vengeurs lui avait confiée, et que sa vaillance lui avait permis de garder, il était sous le regard du dieu jour le plus pauvre... et le plus riche. Vaillance et bonne lame sont des trésors sans pareil. Il accepta aussi le cheval offert pour courir sus aux Muets. Il ne lui avait pas fait défaut un instant. C’eût été un crève-cœur de le rendre.
Il était clan, sans nom, à lui seul. Ce ne saurait durer. Le grand guerrier l’avait aidé à se venger. Il ne pouvait faire moins que renoncer à son indépendance et le suivre. Que ferait-il sinon, seul et sans allié... Sans allié ! ? En était-il si sûr ? Ceux qui l’avaient secondé dans son combat ne méritaient-ils pas ce titre ? Si les alliances, de ponctuelles, devenaient permanentes ? L’allégeance obtenue pour prix de ses glaives y ressemblait beaucoup.
Il eût aimé être son allié. Être un des siens – son destin tracé – lui souriait moins. Le vengeur était homme selon son cœur, mais quelle honte, après avoir goûté l'enivrant parfum du premier rang, de retrouver son ancien ! L'autre aurait assez de tact pour ne pas lui proposer, la triviale réalité s'imposerait. Il passerait à son service.

Plusieurs jours filèrent. L’hospitalité s’achevait. Il devait se décider. Rester, c’était revenir à sa position d’avant, celle d’un guerrier respecté malgré son jeune âge, mais sans grand avenir ; partir, c’était rester roi et chef, mais seul, assuré que son clan ne lui survivrait pas. Aucun n’accepterait de lui donner une de ses filles. C’était reculer pour mieux sauter. Autant s’intégrer à celui-ci, qu’il connaissait bien, où sa vaillance le ferait honorer. Il lui demanderait de l’adopter ce soir même. Ce n’était pas du meilleur gré. Il était triste à en mourir de vivre, plus triste encore de voir qu’il ne devait pas mourir. Au moins il n'aurait pas vécu en vain. Son sang continuerait à couler dans des veines de guerriers.
Le chef vint, à la nuit tombée, lui proposer de rester encore un jour. Après l’avoir remercié, il voulut formuler sa requête... Ses lèvres s'y refusèrent. À peine fut-il parti, elle coula de sa bouche... Trop tard ! Il oserait demain. Les dieux ne l’avaient pas rendu muet sans raison.  

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 fredaline
  Posté le 17/03/2007 12:23:54
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alors demain osera-t-il?

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 Marc_Galan
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 Marc_Galan
  Posté le 18/03/2007 03:09:22
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Il s’endormit, l’âme en paix. Sa tente était restée entrouverte. La Brillante envoyait ses rais sur son visage. Un halo l’éclairait, nimbe indécis manifestation d’une force divine. Le temps où le soleil voile sa face est dédié au sommeil. Nul n’aurait dû porter les yeux sur lui. Les dieux disposent… Ce silencieux dialogue aurait un témoin.
Entre ses nombreux et prometteurs enfants, le chef avait une fille. Mince et filiforme, les hommes la jugeaient rien moins que squelette. Jamais il ne pourrait donner en mariage son « petit sac d’os ». Même ses meilleurs amis n’envisageraient un instant de la prendre pour femme. Avec son corps ingrat en dépit de la pureté et de la finesse de ses traits, elle ne pourrait jamais porter un enfant ou lui donner son lait. Il se désolait. Cela faisait trois ans qu’elle aurait dû être en puissance d’époux. Elle était encore seule, dévorant comme un ogre et toujours aussi chétive. Elle avait en son sein, disait le prêtre, un esprit qui se nourrissait de sa chair en échange des dons qu’elle manifesterait un jour. Il n’en goûtait qu’une mince consolation. Si cela se trouvait, on riait de son malheur. Que ne l’avait-il exposé à la naissance ! Sans doute était-elle un bébé joufflu.
Sa boulimie l’obligeait à se lever chaque nuit. Celle-ci, elle vit l’auréole de lumière autour du visage de leur hôte. Soudain, l’habituel appétit torturant qui la déchirait l’abandonna. Un nouveau désir l’avait saisi, fort à abolir tous les autres. Elle repartit sur la pointe des pieds pour ne pas réveiller celui qui dormait dans la main des dieux. Elle avait découvert son destin.
Inconscient de cette visite nocturne, il se réveilla. Jamais il n’avait été aussi dispos. Il allait parler pour demander… Il avait oublié quoi. Une certitude s’ancrait en lui : sa bouche ne serait que le porte-voix des dieux.
Il s’apprêtait à porter sa décision à la tente royale. On vint le prier de s’y rendre. Cette démarche était déni de courtoisie. Renfrogné, il suivit l’envoyé. Pourquoi cette convocation ? S’ils avaient ces façons, plutôt la solitude !
Il entra. Le prêtre-roi et le chef l’attendaient. Avec eux était une femme qu’il voyait pour la première fois : longue, maigre à faire peur, hiératique, passionnée. Il ne put l’examiner plus. Elle le pointait du doigt.

Marc Galan, romancier
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