zinho Messages postés : 144 demain il fera beau! |
Posté le 27/02/2007 10:03:46 | | Je l’ai vue, je la connais si bien, mes mains pourraient dessiner chaque parcelle de son âme.
Et pourtant je ne sais pas son visage…
J’ai vu son regard qui m’a tenu par la main pendant toutes ces longues semaines d’attente, ces yeux gris et verts dans lesquels je ne me suis encore jamais miré.
Comment vas-tu me donner le premier timbre de ta voix, celle qui m’a guidée chaque jour dans mes déserts arides et mes oasis aux fontaines d’émeraude ???
Comment ton regard captera-t-il le mien, si brulant d’impatience et de fatigue
Comment faut-il venir à toi, quand je sais que je ne t’ai jamais pas vue ???
Pressé dans cette foule qui descend de l’avion, j’ai froid, je tremble, la gorge nouée, les tempes bourdonnantes et le cœur en cavale…. Depuis ce matin j’ai parcouru la distance qui me sépare d’elle dans un ciel cotonneux, des nuages lourds et je me suis abandonné aux nappes épaisses du brouillard …Ma déconcentration dans cette noyade volontaire m’avait permis d’oublier mon esprit à la dérive depuis ces dernières heures…..
Je lève les yeux vers l’horloge pour la centième fois, espérant qu’elle va précipiter les minutes tout en retardant d’une heure à chaque seconde …..
Elle est là, derrière ce passage en douane, je sens sa présence si intense qui m’aspire, qui m’enveloppe, je voudrais dépasser tous ces gens qui sont devant moi, courir, dépasser enfin cette vitre, et courir vers elle….
Je me mets à psalmodier des prières anciennes, apprises dans l’enfance, pour appeler à l’aide, pour conjurer le sort….pour calmer cette respiration haletante au bord de l’étouffement…J’ai cette sensation pénible de faire bloc avec le sol en béton, de ne plus jamais pouvoir bouger d’ici….tandis que j’écoute sans vraiment les comprendre les annonces nasillardes lancées dans un haut-parleur manifestement à bout de course…..
Je suis dans la file d’attente, il n’y a plus que deux personnes devant moi, j’ai la gorge de plus en plus sèche, et je frémis à chaque fois que cette porte battante automatique s’ouvre et que j’entends des bourdonnements, des paroles de joie, des « enfin tu est là »…..Je me noie de nouveau au creux de la masse blanche ouatée des nuages…..
Les premiers à traverser LA porte fatidique avaient été des enfants venus pour les vacances de Pâques chez leurs grands parents, puis des adolescents avec des sacs à dos surchargés prêts à partir en randonnée, des hommes d’affaires aux manteaux gris et aux mines grises…
Elle est là, je le sais dans chaque battement de mon cœur. Mais je sais aussi qu’elle se cache, perdue, affolée, et de son poste de repli, elle veut observer sans qu’on la voie…. Elle attend une silhouette, elle cherche un point de repère….Je sais qu’elle veut me découvrir avant que je ne se saisisse d’elle comme si elle avait encore peur d’un jugement, d’un couperet, comme si elle pouvait encore nous fuir….
Enfin, on me tend mon passeport, je prends mon bagage et j’avance dans une pesanteur incomparable…Je frissonne dans mon costume trop léger pour la saison encore fraîche, mes yeux sont fatigués par ce long voyage sans sommeil vers une terre inconnue…. La porte s’élargit. Mon cœur cogne si fort….
Soudain, cette flamme grise et verte qui me transperce…. L’univers devient vertiges de folie
Elle est là, m’offrant son visage tendu, inquiet d’une pâleur extrême, parsemé de taches de rousseur et entouré d’un halo de cheveux blonds et blancs….
C’est elle, CELLE que j’attends, aucune possibilité de fuir cette évidence, plus jamais…..
En cet instant, dans l’éclair de ce regard brillant de toutes les fièvres de l’incertitude, le fil invisible qui nous liait est devenu filin pour maintenir les ponts les plus aventureux, corde pour se maintenir sur la haute montagne, chaîne d’acier soudée au fer rouge….
Une main glacée, longue, presque transparente se met à dessiner le contour de mon visage, de mes lèvres….« Regarde-moi »….la voix est encore tremblante, mais déjà si chaude, si envoutante, déjà si exigeante…Elle est déjà cet éclat de rire qui me sauvait de mes solitudes au bord de mes nuits
Alors de mes bras puissants je m’empare de son corps à la dérive, elle s’y engouffre, laisse tomber sa tête sur mon épaule, des larmes coulent, des sanglots suivent……..Instants d’éternité, de revanche de tous ces mois à languir de NOUS, de cet amour tant désiré, tant échangé dans des messages, si virtuel et pourtant si cruellement et délicieusement réel….
Elle aspire en elle toute la chaleur de mon corps qui tremble autant qu’elle….
Vite, il faut se reprendre, garder contenance, un peu de décence, au milieu de cet aéroport… Il faut parler de tout, de rien, du temps, des impressions du voyage…
« Tu veux boire un café ??? »
Il faut sourire, faire semblant d’être léger, elle éclate encore de rire, je l’aime tellement ce rire qui me rassurait quand j’étais trop perdu et rongé dans mes doutes et que je lui téléphonais…..
« Deux espressos, serrés, oui surtout…bien serrés », afin de ne pas tomber, de ne pas mourir…..Je veux quitter ce lieu, me retrouver enfin en terre connue, seul avec elle, oser commencer le chemin de la découverte…Le voyage sera si long jusqu’à la maison….
« Dépêchons nous de boire, je veux partir »… Elle me regarde effrayée comme si un verdict de mort etait tombé…..Elle relève bravement la tête et lance négligemment, le cœur ensanglanté au bord des lèvres« je crois.... que le prochain avion pour Paris est dans 45 minutes… Donne-moi ton billet…je vais faire les formalités d’enregistrement… »
…….
« L’avion pour Paris ?????e….
Dépêche-toi te dis-je,.. je veux partir, j’ai froid, je suis las, je veux rentrer chez nous, vite, vite, je t’en supplie…. »
Alors, le regard incertain, encore perdu dans l’océan des inquiétudes, mais déjà proche de la rive,
une main qui se glisse dans la mienne comme un chaton qui recherche la caresse tant espérée….
« Viens, mon amour, viens…. »
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