PhilippeNollet Messages postés : 16 Aimez-vous les uns les autres - et foutez-moi la paix. |
Posté le 09/10/2006 04:03:21 | | Le problème est celui-ci : comment entretenir la flamme, l’élan de base ? Le simple fait de vivre les mêmes choses, plus ou moins, au même moment, est-il essentiel (ou suffit-il juste) ? Je crois que la pureté, et surtout la pureté d’intention à laquelle personne ne comprend grand-chose, est un des moteurs de la sainteté, impossible à dissoudre, à se réduire, même et surtout si la conscience de n’être que ce qu’on est – à savoir trois fois rien – en souligne l’illusoire utilité physiologique. Serait-ce dans l’excès ou le débordement (l’ivresse, l’obscénité, tout ce qu’on inflige au corps et qui nous « sort » de lui), serait-ce là qu’on vient à bout de cette absence de pureté même ? Toujours différée, remise à des lendemains qu’on repousse eux aussi ?
Le sexe n’est ni vital ni nécessaire pour que la sexualité soit « réalisable ». Tout vient de l’âme, et le fait que ce statut prenne son importance sans nous demander notre avis pose plus de questions que venant d’une simple obscénité de principe, acharnée, débridée. A cet égard, Dieu ou pas, quelle importance… L’absence même de Dieu, c’est encore du Dieu à toutes les sauces, plein la vue, la question en suspens elle-même nous met le nez dedans… Comme si les humains jouaient le sort, et se jouaient, à la roulette… Le trou de Dieu est plus présent que Lui, et l’annonce.
Etre maître de l’autre n’est pas de la cruauté. La cruauté, c’est de parvenir à rendre l’autre responsable de ce dont il est l’objet. Tout réclame une initiation progressive et mesurée. Tout est là, disponible, puisque dévasté, rendu à son humanité – et donc son évidente mortalité. Un homme qui aime baise pour ne plus avoir à le faire. Pour se débarrasser de cette question. Avoir quotidiennement la sensation précise – et la plus précise d’entre toutes – d’être dans le don absolu. Impossible de s’en défaire. C’est épuisant. Mais cette voie, c’est sûrement la seule à suivre. Comment subir le « je t’aime » de l’autre ? De n’importe quel autre, qu’il soit d’emprunt ou éternel ? Aucune épreuve de survie ne souffre deux rescapés égaux en tous points. C’est le contraire de la haine, où ce combat réunit deux victimes, qu’il oppose. Le sexe est haïssable, mais l’amour sans obscénité est insoutenable, oppressant, voué à crever très vite. On voudrait peut-être pouvoir se passer des deux, sexe et amour, mais la neutralité distante envers les êtres est impossible. On souffre néanmoins de cette promiscuité. Même le Christ supportait mal l’amour exagéré et larmoyant des autres. Leur trop grand empressement.
Merde, c’est tellement évident. Notre plus grande douleur vient de cette incapacité foncière à accepter la solitude. C’est là pourtant que l’humain sonde si profondément la vérité poignante de son être, qu’elle soit dans ses couilles ou dans ses reins – le cœur tel qu’on l’entend, blason romantique de nos littératures d’évasion, n’existe pas. C’est un organe ovale musculeux qui meut la circulation du sang. La seule vérité de l’humain c’est la nudité fragile de son âme blessée. Je m’en sors comme je peux, par une formule peut-être, mais je pense vraiment ça, sans dépasser les limites de ma compréhension – purement intuitive – de ces choses. L’ennui de cette compréhension, c’est qu’elle nous bride, nous astreint à des périmètres trop bien délimités. Ce n’est pas ce qui réunit les êtres qui pose problème, mais ce qui les pousse à se recentrer sur eux-mêmes qui fait défaut.
Jouir est un acte religieux ou alors, effectivement, la vidange grossière d’un corps las. Chez certains. Mais jouir c’est assister au trop-plein d’une âme qui se vide, telle qu’elle se pense et déborde de sa cavité – nichée où, sinon que dans l’acceptation absolue de tout ce qui se passe, au moment où ça se passe ? Demander à l’autre plus qu’il ne peut en donner, c’est bien le moins qu’on puisse faire pour lui témoigner son désir, son respect et sa puissance d’amour. Ensuite on se rejoint – par le sexe, cette fois-ci, finalement – sur une route bien dégagée, faisant céder l’une après l’autre les résistances. Ces résistances dont on fait des nœuds coulants comme des pense-bêtes, surtout ne pas les oublier – et au contraire : s’en repaître, tout son soûl. En prendre et en reprendre, jusqu’à la nuit des temps.
Enfin, ce qu’il y a de particulièrement abject et con chez les hommes « de raison », ce sont toutes les bonnes raisons objectives dont ils se prévalent. Intrinsèquement, ils sont la raison et ils ont raison. Tout le malheur des hommes vient de cette pétrification des choses. Congelés dans la glace des temps. Partant de là, le pire est souvent le meilleur – pour soi.
Toute chose avec des seins et un cul est potentiellement désirable, animaux répétitifs que nous sommes, et toute femme un supplice ambulant à toucher, dévorer (etc…). L’esthétique n’a rien à voir. Un homme est une machine. Cette zone à envahir, ça conduit à une sorte de viol, sans appel. C’est que, bien sûr, l’attention masculine est constamment sollicitée. En somme, l’amour est moins un sentiment qu’une conséquence organique. Pas seulement. Mais quand même. Tu ne peux pas écrire à la femme convoitée « je t’aime », et basta, point barre, je passe à autre chose. Tout se démontre et la charge affective est lourde, franchement ça nous en coûte toujours de devoir nous déshabiller les tripes et le reste. Qu’on ne croie pas ça si facile que ça… Que nous nous en remettions aux mots, par contre, voilà au moins qui nous éloigne du stade animal. Souvent on rend quelconque celle qu’on vient de baiser. On oblitère son pouvoir possible d’enracinement en soi, par timidité parfois, par politesse aussi souvent, et par peur de décevoir a posteriori. Ce faisant, on ruine des espoirs qui ne demandaient qu’à grandir. On écrabouille comme une merde le poussin dans l’œuf. Mais un corps, deux corps, tous les corps sont semblables. Seule compte la distance enfin réduite. Le frôlement, dans ce rapprochement – ce grand moment de sèche détresse où les deux se rejoignent – cette proximité de quelque chose de divin. Juste ce frôlement. C’est peut-être ça qu’on appelle l’amour.
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