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| Auteur : | Sujet: Porque Te Vas ? | Bas |
| mistermolko Messages postés : 18 Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant... |
¿ Porque te vas ? « Maudite boîte aux lettres ! Vas-tu t’ouvrir, saloperie ! Oh, et zut ! J’en ai marre ! » Pensais-je tout bas en m’acharnant à tourner vainement la clé. Alors que je m’énervais sur cette damnée boîte, je remarquais que le concierge avait franchi le palier. Il se tenait à deux pas de moi, me regardant l’air goguenard, à m’évertuer sur cette satanée serrure. Il me lança d’un ton moqueur : « Vous et votre boîte aux lettres ! Décidément, vous n’y arriverez jamais ! Laissez-moi faire ! » Il me prit la clé des mains et avec une dextérité digne d’un serrurier, ouvrit la boîte. Je restais médusé devant ce petit tour de force. Elle était pleine à craquer. Evidemment, puisque je n’arrivais jamais à l’ouvrir ! Je m’empressais de m’emparer du tas de papiers qui s’y trouvait, le concierge referma la boîte aussi vite qu’il l’avait ouverte et me restitua les clés. En remontant à l’appartement, je commençais à trier : factures, publicités, factures, publicités et, pour changer, une ou deux cartes postales. Je laissais tout cela sur le buffet de la cuisine et je gardais avec moi la seule chose intéressante et extractible de cette boîte, le journal, car il n’entrait jamais complètement dans ce ramasse-courrier en ferraille. Je le posais à plat sur la table, tartinait mon pain de confiture et versait mon café dans le bol. Par où allais-je commencer ce matin ? La bourse, la rubrique économique et sociale, la politique, l’actualité internationalité ou plus divertissant, le sport ? Je penchais pour le sport. Après tout, j’allais entamer ma première journée de vacances depuis bien longtemps. J’avais bien mérité un peu de repos. Malgré cela, sans doute à cause de l’habitude et quelque part de ma conscience professionnelle me poussant à me tenir au courant des dernières fluctuations du marché, j’ouvris le journal à la rubrique boursière. Mon regard se posa alors sur cette page remplie de chiffres, je regardais les principaux résultats de la journée précédente, les baisses et augmentations d’indices, les résultats des principales entreprises... Je m’intéressais ensuite à la valeur de mes actions. Après tout, la valeur de mon portefeuille était tout de même un peu plus importante que celui de mes clients, même si le portefeuille de mes clients me permettait de remplir le mien !!! Cependant et malgré toute la bonne volonté que j’engageais pour m’intéresser aux chiffres, l’appel des vacances était trop fort et je fermais le journal pour le rouvrir à la page sports. Les dernières brèves du foot, les transferts et les résultats des matchs de préparation pour la nouvelle saison m’intéressaient bien plus que l’augmentation de 0,5% de l’indice CAC 40. Je trempais ma tartine de pain dans le café en apprenant les rumeurs de transferts de tels et tels joueurs vers tel ou tel club. Bref, je n’avais rien à faire sinon perdre mon temps à battre le record du petit déjeuner le plus long. La flemme m’avait envahie et je ne voulais rien faire, rien du tout, sauf peut-être me poser dans le canapé et allumer ma télévision. Je me laissais tomber comme une masse sur le sofa, attrapait la télécommande d’une main, la tablette de chocolat de l’autre et entamais mon après-midi (eh oui ! déjà !) à l’attendre car une seule chose, je pense, pouvait me sortir de ma léthargie vacancière, Marie. Je restais pensif, incapable d’appuyer sur les boutons de la télécommande. Je voulais qu’elle arrive pour rompre ce morne silence et illuminer mon après-midi. Elle finissait à 16 heures et je me demandais vraiment comment j’allais occuper mon temps jusqu’à son arrivée. J’espérais d’elle qu’elle soit le petit rayon de soleil de ma journée, mais d’ailleurs pourquoi espérer puisqu’elle était déjà mon rayon de soleil, mon phare, ma raison de vivre cette morne vie de cadre bancaire blasé de répéter chaque jour les mêmes opérations, de revoir les mêmes clients friqués et de leur donner les mêmes conseils pour leur faire gagner encore plus de ce maudit pognon. Marie, elle, avait cette lumière dans les yeux qui la différenciait des autres. Elle profitait de la vie, souriait tout le temps et … je l’aimais. Je ne sais pas pourquoi, mais pour moi, elle avait tout. Elle était belle, ma jolie vendeuse de glaces ! Eh oui, ne cherchez pas à comprendre pourquoi j’ai pris des kilos l’été où je l’ai rencontré ! Elle avait ce petit quelque chose qui me passionnait, je pouvais rester des heures à la regarder dormir, parler, rire… Elle me fascinait. Que pouvez-vous faire face à tant de grâce et d’élégance ? Je me demandais d’ailleurs ce qu’elle m’avait trouvé la première fois. Je n’avais pourtant rien de plus qu’un simple client et j’étais loin de l’image du beau prince charmant. Je ne sais pas, peut-être la magie de l’été. Cette saison où les passions se déchaînent, où se déroulent toutes ces histoires d’amours éphémères et … quelquefois les autres aussi. Les belles histoires, comme la nôtre, tendre, charnelle, passionnelle : une belle histoire quoi ! Je pourrais écrire un roman sur elle, et pourtant les mots ne pourraient pas traduire ne serait-ce qu’une infime partie de nos sentiments réciproques. Ah ! Marie… j’étais aveuglé par mon amour pour elle et j’aurais pu tout lui permettre et pardonner tout tant j’avais peur de la perdre… Je revenais sur Terre en entendant un miaulement rauque. Mon chat se tenait à mes pieds en me regardant d’un air insistant. Il avait faim et connaissant cette vieille femelle capricieuse, je savais que j’allais être obligé d’obéir sous peine de représailles sur le papier peint du salon ! A croire parfois que les animaux sont dotés d’une certaine intelligence et que le maître n’est parfois pas celui qu’on croit ! Malgré ces petits défauts, j’adorais cette chatte, Junon, gracieuse féline à la queue coupée, qui faisait bouger son moignon et ronronnait à chaque caresse. Caresses qu’elle ne se privait pas de demander en venant me voir dès qu’elle sentait, instinctivement, que j’avais un moment à lui consacrer. Je me levais donc, ouvrit le placard qui contenait ses croquettes et lui en versait dans sa gamelle. Elle devenait comme folle et se frottait contre mes jambes. Cependant, dès que j’eus fini de verser les croquettes, elle ne s’intéressa plus du tout à moi et s’empressa de dévorer le contenu de son écuelle. Je m’en retournais au salon et je trouvais la force d’allumer la télé. La télé, en ces moments de solitude teintés d’ennui profond, devenait ma meilleure amie. Je pouvais passer mon temps devant, m’abrutir devant des programmes déplorables et je me complaisais dans cette situation de téléspectateur bon public qui ne cherchait même pas à passer un bon moment mais à passer son temps, tout simplement. Je zappais répétitivement, deux minutes sur une chaîne, deux minutes sur une autre… jusqu’à ce qu’elle arrive en claquant la porte. Elle était énervée ce soir, mais qu’est-ce qu’elle était belle lorsqu’elle était en colère ! Elle jeta son sac sur la table, j’eus droit à un « salut chéri » sec et elle se dirigea droit vers la douche. Vingt minutes plus tard, temps raisonnable comparé à d’habitude, elle sortit les cheveux enroulés dans une première serviette, l’autre accrochée autour de sa taille masquant sa poitrine et son délicieux postérieur. Une sorte d’Aphrodite sortie tout droit de l’Olympe pour moi, rien que pour moi. Ses grands yeux verts me dévoraient et son regard si félin, si mystérieux la rendait belle, si belle. Ma tigresse gracieuse et sensuelle s’avança vers moi à pas de velours. Sa démarche fluide et ce déhanché eurent vite raison de moi. Elle s’assit délicatement sur le canapé, m’embrassa dans le cou et d’un mouvement gracieux laissa tomber sa serviette, je la serrais alors mon petit bout de femme dans mes bras, d’un réflexe possessif, comme pour la cacher des regards indiscrets. Elle m’enlaça et m’embrassa ; mon Dieu ! Je la caressais, je profitais de cet instant magique. Elle me montra du regard la porte de la chambre. Aussitôt suggéré, aussitôt fait et d’un coup, d’un seul, je me levais en la prenant dans mes bras et je l’emmenais vers la chambre et une longue soirée… torride ! **** Le réveil était difficile. Mes yeux avaient bien plus de mal à s’ouvrir qu’à l’habitude, mes paupières étaient lourdes. Ma tête me faisait affreusement mal et j’étais très migraineux. La lumière ambiante assez forte, ce qui était inhabituelle pour une matinée, n’arrangeait rien. De plus, la fenêtre était ouverte et cela accentuait la forte luminosité. J’avais des fourmis dans les jambes et les bras, j’étais tout ankylosé. Je ressentais ce matin une fatigue intense. Je me levais avec difficulté et allais fermer la fenêtre. Le vent frais me fit l’effet d’une claque au visage. Le ciel était gris, très nuageux. La rue en bas de l’appartement était assez animée, cela me paraissait bizarre. Je sortais de la chambre et regardais l’heure : 16h. J’avais dormi près de quinze heures d’affilée ! Cela était très inhabituel pour moi qui étais plutôt mauvais dormeur, limite insomniaque. Je m’installais dans la cuisine pour « petit-déjeuner », si l’on peut encore utiliser ce mot en cette heure si tardive. Alors que j’allais me servir, le téléphone retentit. C’était Martin, un ami et collègue de travail, qui m’invitait à boire un verre avec Marie au Gats’, un bar branché du centre de Valneuf. Je restais quelques minutes avec lui au téléphone. Je m’habillais alors à la hâte, pour pouvoir passer prendre Marie à la glacerie, près de la plage. Je descendais ensuite au garage, démarrais ma bonne vieille voiture, une Corvette décapotable, que mon oncle m’avait refourgué à mes 18 ans et que j’avais réussi à faire marcher jusqu’ici. Elle démarrait au quart de tour, comme ses bonnes vieilles voitures de sport et convenait bien à ma conduite somme toute assez casse-cou. Je n’avais pas loin à faire pour aller chercher Marie, mais le simple fait de sortir cette voiture et de me montrer avec, me rendait heureux. J’étais un vrai gosse, content de montrer son jouet préféré et d’épater la galerie avec ses exploits de Fangio en herbe. Deux minutes plus tard, j’arrivais en face de la glacerie où je me mettais à klaxonner comme un beau diable. Evelyne, la patronne, m’interpella. J’éteignis le moteur, sortit de la voiture et me dirigeait vers elle. Elle me dit que Marie était partie de bonne heure ce midi en laissant juste une enveloppe pour moi. Je lui prenais l’enveloppe des mains, intrigué. Je m’en retournais vers la voiture, m’assit sur le siège, décachetait l’enveloppe. Un seul mot était écrit : Adieu. Je me mis à crier, un seul cri où se mêlait désespoir, rage, colère, incompréhension peut-être aussi. Je remettais le moteur en marche, mon pied droit enfonça le champignon et je poussais à fond la voiture dans les rues pourtant étroites du centre-ville jusqu’à l’appartement. J’entrais, furieux, claquant la porte. J’ouvrais le placard : ses manteaux avaient disparus. J’ouvrais l’armoire : ses habits avaient disparus. J’ouvrais la salle de bains : ses produits de beauté avaient disparus. Toutes ses affaires avaient disparus. Je vivais un cauchemar, ce qui m’arrivait n’était pas possible, il y avait quelque chose, forcément, dont elle ne m’ait pas parlé. Elle a du avoir un problème dans sa famille. J’étais désespéré, j’envisageais toutes les solutions possibles. Elle n’aurait quand même pas pu me quitter de cette façon. Pas comme ça ! Les larmes me venaient aux yeux, l’une d’elles apparut au coin de mon œil et commença à dégouliner lentement le long de ma joue. Je ne pus retenir les autres longtemps et je fondus en sanglots. Pleurer était peut-être le meilleur moyen d’oublier. De toutes façons, je n’avais pas le cœur à faire autre chose. Toute ma tristesse avait besoin de s’échapper de mon corps et les larmes étaient un moyen d’évacuer ce trop-plein d’émotion. Elle m’avait donc quitté, il fallait se rendre à l’évidence, sans un mot, ou plutôt avec un seul mot. Un seul mot qui me touchait au plus profond de moi-même, au cœur de mon cœur et qui me déchirait. Brisée, ma vie était brisée par la force et la puissance d’un seul mot. Je restais plusieurs heures à me lamenter, affligé sur mon sort, avant de me décider à faire quelque chose. Le désespoir me poussait. Il faisait nuit. Je repris la voiture pour une destination que je ne connaissais pas encore. Sur la route, j’aperçus un panneau indiquant la plage où elle avait l’habitude de venir marcher l’hiver. C’était un joli endroit et je décidais de m’y arrêter pour changer d’air. Je montais alors le chemin. La vue sur la mer y était magnifique. Je m’arrêtais quelques instants pour admirer tout autour de moi le paysage, puis j’entrepris ma marche sur le chemin qu’elle aimait emprunter avec son chien lors de ces froides après-midi où nous avions l’habitude de marcher tous les deux, main dans la main, cheveux dans le vent. Nous marchions sur le sable, emmitouflé dans nos anoraks. Tang, son beau labrador sable courait autour de nous et nous profitions de ces purs moments de bonheur, juste pour vivre à fond notre histoire. La mer, le soir, le froid, le bruit de la houle frappant les rochers et celui du vent sifflant dans mes oreilles. Seul devant cet authentique spectacle proposé par Dame Nature, je tentais de l’oublier. Cela faisait un moment déjà que je marchais sur ce chemin rocailleux à regarder les vagues s’écumer sur les rochers, à respirer l’air iodé, à me triturer l’esprit avec nous deux. A chacun de mes pas, j’avais l’impression que son ombre me suivait. Marie, tu es partie ; arrêtes de me hanter. S’il te plaît !!! Au loin, le phare s ‘élevait, fier, défiant les flots. Les déferlantes se brisaient sur lui. J’enviais le gardien éloigné et épargné par tous les problèmes d’un monde pourri : mon monde. Certains boivent ou fument pour oublier, moi j’avais besoin d’être seul, de partir, de me faire du mal. Malgré cela, je n’arrivais pas à t’enlever de ma tête. J’étais complètement aveugle et je n’avais rien vu venir. Je cherchais des raisons, me culpabilisait et je n’en trouvais aucune. Pourquoi ? Je regardais encore une fois, me remémorais les moments où je la serrais fort dans mes bras à ce même endroit, de peur de la voir partir loin, de peur qu’on lui fasse du mal, de peur qu’elle me laisse seul dans l’impasse, sans aucune lumière devant moi pour me guider hors du tunnel. Voilà, j’en étais là. Elle était loin, si loin et mes bras se serraient dans le vide. Ils ne me servaient qu’à me réchauffer par cette froide soirée. Sa peau douce n’était plus là pour que mes mains la caresse, ses épaules n’étaient plus là pour que j’y pose ma tête, ses mains n’étaient plus là pour se poser sur mon visage, ses lèvres n’étaient plus là pour m’embrasser. Pourquoi est-elle partie ? Pourquoi m’avait-elle laissé ici seul, désespéré, fatigué ? Je n’en savais rien. A toutes ces questions, aucune réponse ne me paraissait évidente. Je n’avais plus l’envie de vivre. Les gens se seraient dit : « encore un qui n’a pas supporté de la perdre » et de moi, on n’aurait gardé aucun souvenir, si ce n’est celui d’un paumé éperdument amoureux, laissé seul. La chanson de Brel me revenait « ne me quittes pas », j’aurais pu faire tant de choses pour elle. Je la lui aurais chanté mille fois si cela avait pu la faire rester. Mais cet après-midi, en ouvrant cette enveloppe, et en lisant le mot à l’intérieur, je n’avais plus que mes yeux pour pleurer. « Adieu » : un mot, pas une explication, rien. Et un deuxième mot qui sonnait en écho dans ma tête : « Pourquoi ». Après tout, je pouvais maintenant mourir et laisser derrière moi ce joli mot que tu avais pourtant dû t’appliquer à écrire. Je m’avançais alors sur une petite corniche surplombant la mer, les vagues grondaient, faisant un boucan d’enfer, en s’écrasant violemment sur les rochers. Je tremblais. Mon regard descendit sur les vagues dont le bruit me faisait peur, la mer dans toute sa splendeur attendait que je lui offre mon corps qu’elle aurait engloutit dans ses entrailles. Cependant, une force étrange m’empêchait de sauter et de me perdre dans cette immensité bleue. Je reculais d’un pas, puis deux. Le chemin se continuait. Mon regard se posa d’un côté, puis de l’autre. La mort ou la vie : ce choix cornélien s’imposait à moi. Froussard sans doute, je préférai m’engager sur le sentier terreux ignorant où cela allait me mener, plutôt que d’interrompre ici mon voyage en ce bas monde où j’avais perdu toutes mes illusions. Le chemin était sinueux et rocailleux, la pente était assez raide. Il redescendait vers une petite crique, entourée de falaises d’une dizaine de mètres. En haut de la falaise, au bord du sentier, une petite maison en ruines proposait une vue magnifique sur la plage déserte. Ce petit coin de paradis illustrait une Bretagne sauvage qu’il ne m’était pas donné tous les jours à contempler. Je restais un long moment assis sur un pan de mur de la maisonnette à regarder les vagues qui venaient s’échouer les unes après les autres sur le sable. La vue était magnifique. J’aurais certainement pu rester des journées entières à méditer dans ce lieu magique. Le soleil descendait et venait toucher la mer en mélangeant ses couleurs au bleu verdâtre des flots. Le violet, le rouge, l’orange, le bleu se mariait harmonieusement dans un ballet féerique. Des reflets jaunes partaient de l’horizon pour arriver jusqu’au bas de la falaise. Le ciel, turquois en début d’après-midi, s’était paré de sa tenue de soirée et perdait ses mille et une couleurs pour devenir au fil des minutes de plus en plus noir. Ce paysage fascinant me faisait partir, voyager vers un monde plus clément, celui de mes songes, où mes pensées vagabondaient et m’éloignaient de ce monde cruel où s’incarnaient mes pires cauchemars. Cependant, la fatigue occasionnée par la marche eut raison de moi et je m’endormis. Vers deux heures, une lumière assez forte me réveilla. J’ouvrais les yeux lentement et regardais la plage. Deux hommes s’agitaient avec une lampe torche et envoyaient vers le large des signaux qui ressemblaient à du morse. L’un des deux hommes était assez petit, portait un ciré jaune et des bottes, le second était plutôt grand, le crâne rasé et était vêtu d’un marcel rouge et d’un jean délavé et troué. Je regardais alors dans la direction des faisceaux lumineux. Un petit bateau à voiles noires avait jeté l’ancre, il était assez difficile à repérer car il se fondait dans la nuit. En effet, il y avait peu d’étoiles ce soir là et la lune n’en était qu’à son premier quartier. Ce manège m’intriguait et je décidais alors de me rapprocher en empruntant le sentier descendant vers la plage à pas de loups. Je me tapis alors derrière un pin dont la forme avait été modelée par les vents venant du large. Je m’accroupis derrière lui. Malgré le vent venant vers moi, cela ne me permettait pas de comprendre ne serait-ce que quelques bribes de la conversation entre les deux hommes. Tout à coup, j’entendis le bruit d’un moteur d’embarcation légère. Un petit bateau pneumatique avança jusqu’à la plage et accosta prêt des deux hommes. Un troisième larron descendit et les trois hommes s’aidèrent pour remonter le zodiac sur le sable. Dedans j’aperçus trois gros paquets bien ficelés que ces inconnus s’empressèrent de décharger sur le sable. Le petit au ciré jaune commença à ouvrir un des sacs à l’aide d’un couteau et y inspecta d’un coup d’œil la marchandise. Il parut satisfait et fit signe à l’homme au crâne rasé de prendre les sacs. Il prit le troisième sac et ils commencèrent à remonter la marchandise vers une petite cavité rocheuse située dans la falaise. A peine avait-ils fait une vingtaine de mètres que l’homme au zodiac les interpella. Ils revinrent sur leurs pas. Le ton monta entre les trois hommes et l’homme au crâne rasé frappa violemment l’homme descendu du bateau. Celui-ci s’écroula sur le sable. Son corps gisait inanimé. Les deux contrebandiers s’enfuirent alors rapidement vers la cavité et disparurent. Je m’approchais alors du malheureux. C’était un jeune homme d’une trentaine d’années, brun, le teint mat et les yeux noirs. Il avait les cheveux assez longs. Je posais mes doigts sur son cou. Rien, plus de pouls. J’avais en face de moi un cadavre. Je fus pris de panique. Mon dieu, me disais-je, qu’ai-je donc fait ce soir pour voir cela ! Dans quel pétrin m’étais-je encore mis ! Je tremblais devant la dépouille de cet inconnu. J’observais alors tout autour de moi, de crainte que l’on ne m’ait vu. Apparemment, personne. J’en avais complètement oublié le bateau à voiles noires. La paranoïa m’avait envahi. Un bout de papier dépassait de sa poche. Je m’en saisissais. C’était une lettre écrite en espagnol. Je tentais de traduire en réexploitant mes vieux restes du lycée : c’était un poème sans doute écrit par une jeune femme, rien qu’à voir l’écriture calligraphiée. « Cher Franco, Je suis tombé si profond en lisant dans tes yeux, Je me suis noyée dans le tourbillon de nos sentiments, Je m’imaginais déjà ta femme, Je n’ai même pas pu être ton amante, Je nous imaginais déjà nous deux. Je me voyais déjà t’embrasser, Te câliner et te choyer, Tendrement te caresser, Je me voyais déjà t’aimer, Toujours… J’aurais voulu vivre avec toi, Faire vivre la flamme de notre passion, La rallumer chaque nuit, Me réveiller le matin dans tes bras… Tous les jours… Mais il m’a empêché de vivre cela, Il ne me connaissait pas, Il n’a pas voulu de nous deux, Jamais… Il s’est vengé pour me briser. Ne m’oublies pas et gardes-moi une place là-bas, Au plus profond de toi… Je reviendrai. PS : En attendant, cela te servira. 010 » J’étais intrigué et bouleversé par ces quelques mots crayonnés sur ce bout de papier. Sans doute, parce que j’aurais voulu que Marie soit l’auteur de ces quelques vers et que je sois le destinataire de ce poème. C’était tragique que leur histoire d’amour se termine ainsi mais elle se terminait ainsi. Pourquoi ? Le destin avait dû leur être cruel, tout comme il l’était pour moi... Jusqu’au bout, il avait dû l’attendre et gardé cette petite place : c’était beau ! Je m’étonnais ainsi à prendre pitié pour ce qui était tout de même un contrebandier et tout aimé qu’il était, il n’en restait pas moins un malfrat et un bandit. Malgré cela, son histoire m’intriguait. Je me posais de nombreuses questions : Qui était ce « il » ? Comment ce jeune hispanique avait-il atterri sur une plage de Bretagne ? Qui était cette jeune femme ? Tant de questions et pas de réponses. Décidément, cette soirée n’était pas faite pour m’apporter des solutions, mais plutôt de nouveaux problèmes à résoudre. Je commençais à en avoir assez d’être torturé par toutes mes interrogations. Le silence autour de moi, les émotions ressenties et le fait d’avoir été témoin de tous ces événements me stressaient de plus en plus. Je me disais que j’allais me réveiller, que ça ne pouvait être qu’un mauvais rêve. Mais non, tout ici était bien réel. Seules mes pensées s’étaient échappées deux secondes durant à imaginer l’histoire de ce jeune inconnu. Il était temps de redescendre sur Terre avant que l’on me découvre ici à côté de lui. Je regardais une dernière fois la plage, les falaises puis le sentier. Enfin, la mer : le bateau noir se dirigeait vers la crique, comme s’il avait observé tout comme moi la scène qui venait de se passer ! Je l’avais vraiment oublié ! Deux coups de feu retentirent, puis un troisième souleva une gerbe de sable à un mètre de moi. Pris de panique, je courus, courus et courus aussi vite que je pus. La peur au ventre, j’arrivais à la voiture. Cette course m’avait vidé. Ma montre indiquait trois heures. Je démarrais en trombe et m’en retournai chez moi pensant qu’une bonne nuit de sommeil allait me remettre de mes émotions. **** Effectivement, le lendemain, mon réveil indiquait midi quand je décidai de me lever. La flemme de me faire à manger me conduisit tout droit au restaurant, à quelques pas de plage principale. En effet, mon appartement se situait sur les hauteurs et je n’avais qu’à descendre une petite côte toutefois assez abrupte pour me rendre dans le centre de cette jolie station balnéaire où je venais depuis ma plus tendre enfance. Je prenais une table en terrasse et me commandais un délicieux plat de pâtes. La vue sur la mer d’ici était imprenable, l’air iodé accentuait mon appétit. Je regardais les touristes déambulant en famille ou en amoureux sur la digue, les planchistes s’amuser sur les vagues et au loin, les chalutiers quittant le port. Cette quiétude ambiante me rendait quelque peu mélancolique et nostalgique d’un temps où j’avais moi aussi une femme à enlacer pour de longues ballades sur la plage, une main à prendre, une oreille pour m’écouter lors de longues discussions allongés sur le sable fin. Je regrettais une nouvelle fois qu’elle m’ait quittée. Plongé dans mes songes, j’en oubliai le serveur qui venait de me déposer mon mets favori : des pâtes !!! J’entamais à pleines dents unes des seules choses qui m’apportait un peu de réconfort en cette mauvaise période de ma vie. Je savourais ce petit moment de plaisir. Soudain, deux hommes à moto vêtus de noir s’amenèrent vers moi en faisant vrombir le moteur. Les regards des badauds se tournèrent vers eux. La moto fonçait comme si elle cherchait à m’écraser. L’homme assis derrière le conducteur leva la main, une lame brillait au-dessus de son gant et la lança. Le couteau se planta sur la table et la moto s’en alla aussi vite qu’elle était arrivée. Tout le monde me regardait et moi, je ne cherchais qu’à me cacher. Que me voulait ces deux hommes ? Le serveur me cria, affolé : « j’appelle la police !!! ».Dans ma situation, les flics étaient bien les dernières personnes que j’avais envie de voir, je pris donc le couteau et m’enfuit en courant. Quelques centaines de mètres plus loin, fatigué par cette course folle, la deuxième en moins de deux jours, je m’asseyais pour reprendre mon souffle et observer le couteau. Le manche, en forme de dauphin, était en ivoire incrusté d’or. La lame en acier était légèrement recourbée. Dessus, il était gravé : « Silence ». Je me remis à marcher dans la ville en me posant de nombreuses questions sur mes aventures de la veille et d’aujourd’hui. Quel rapport y avait-il entre les deux hommes à moto et les contrebandiers aperçus sur la plage ? Qui était le jeune homme mort sur cette même plage ? Qui m’avait tiré dessus à partir du bateau ? Toujours des questions et toujours pas de réponses. Je m’énervais. Bon sang !!! Il y avait bien un rapport tout de même !!! Je passais alors devant le Gats’. Le bar était ouvert et je me disais qu’un verre ne serait pas de trop pour me remonter. J’entrais dans le bar, saluait la serveuse, Léa, une ancienne copine de lycée et m’affalait sur les canapés. Elle s’avança vers moi, me demandant ce que je désirais boire. Je répondais sèchement : « un whisky sur glace, s’il te plaît ». L’alcool n’était sans doute pas le meilleur remède pour oublier, mais quand vous avez ce verre dans la main, que ce liquide brillant vous appelle et que vous n’avez plus la force morale de résister, vous sombrez en avalant d’une traite ce délice du moment qui vous prend les tripes et vous fait partir, voler, planer. La sensation s’étend dans tout le corps, on se détend, bien installé au fond de la banquette, et l’on boit, on déguste chaque gorgée jusqu’à ce que la langue s’anesthésie et que l’on ne sente plus ce léger picotement. Un deuxième verre, puis un troisième, allez un quatrième puisque l’on se sent partir, et pourquoi pas un cinquième pour la route, ou plutôt la déroute. Léa me regardait m’abrutir, seul. Elle prenait pitié de moi, et tentait de m’arrêter dans cette lente et mélancolique descente aux enfers. Elle me prit par la main, et me demanda de me raccompagner chez moi. Après tout, elle avait sans doute raison. Ce verre n’était qu’un traître, que je n’avais même plus la force de porter. Mes doigts desserrèrent leur étreinte, il me tomba des mains et se brisa. Elle me raccompagna donc chez moi, car c’était la fin de son service et qu’elle avait peur que je prenne la voiture. Elle me soutenait, me serrant par l’épaule. Elle ouvrait l’appartement en prenant la clé dans ma poche. Elle me déposa sur mon lit et voulut partir, mais d’une main, je lui attrapais le bras. Je la suppliais de rester un peu avec moi. J’avais envie d’être pris dans les bras, d’être cajolé. Comme un petit enfant a besoin de sa mère, moi j’avais besoin d’une femme. Elle me serra quelques instants dans ses bras, me caressant les cheveux. Je somnolais et je dus m’endormir, fatigué de ma journée, l’alcool en rajoutant également. **** Après une nuit d’un sommeil agité, l’alcool n’aidant pas, je me réveillais, la tête grosse comme une pastèque. Elle avait dû partir après que je me sois endormi et surtout, après m’avoir mis sous les couvertures et bordé. Comme à mon habitude, je descendais chercher le journal pour le poser devant moi au petit déjeuner. Je lisais la une du Ouest France lorsqu’un titre des faits divers attira mon attention. « Explosion d’une voiture à Valneuf : un mort (voir page 5) ». Cet événement, dans ma propre ville, était exceptionnel ! Je m’empressais donc d’aller à la page 5 pour lire la suite. L’article poursuivait : «Hier soir, dans le centre ville de Valneuf-sur-mer, petite cité balnéaire du Nord Bretagne, une voiture piégée a explosé vers 20h45, faisant un mort, une femme de 45 ans en vacances dans la région et blessées plusieurs autres. On ne connaît pas encore l’origine exacte de l’attentat. Cependant, plusieurs pistes sont évoquées dans cette affaire. Il pourrait s’agir de membres du groupuscule radical « Bretagne Libre », qui auraient voulu régler leurs comptes avec Jacques Kermarec, l’un des deux candidats à la mairie de Guirec, après l’affaire macabre du sanglant assassinat de l’ancien maire de Guirec et de sa femme dont les corps avaient été retrouvés calcinés dans leur voiture et identifiés grâce à leurs empreintes dentaires. En effet, la voiture piégée a explosée en face d’une résidence appartenant à Mr Kermarec. Chacun se rappelle alors la lutte acharnée que s’était livrée Marc Le Bret, candidat officiel de la vitrine politique de Bretagne libre et Jacques Kermarec, candidat dissident, lors des élections municipales anticipées. On se souvient également de l’altercation qui avait eu lieu entre les deux hommes lors d’un meeting où Kermarec s’était rendu sans invitation. Les deux hommes avaient fini par en venir aux mains. Ainsi, les accointances de Mr Kermarec avec certaines formations douteuses et la rancœur qu’il aurait produite par sa candidature aurait pu faire l’objet d’une vengeance de la part de certains membres extrémistes. A ces événements mystérieux se rajoutent également la mort d’un marin pêcheur d’ Esteven il y a quelques jours, retrouvé noyé. Son bateau à la dérive a été arraisonné et perquisitionné par les autorités qui y ont retrouvé des traces de cocaïne. Malgré tous ces événements qui pourraient avoir certaines relations, les autorités se sont refusées à commenter toutes relations qu’ils pourraient y avoir entre ces différents événements. Cependant, ces morts consécutifs et cette subite activité criminelle dans la région font s’inquiéter la population qui redouterait une recrudescence des attentats et des actes criminels, ce qui pénaliserait fortement l’économie locale. » La lecture de cet article avait eu sur moi l’effet d’un électrochoc. Ce fait divers sanglant m’interpellait. La coïncidence était pour le moins troublante. Je vois un homme se faire tuer sur la plage, par des inconnus. Deux jours plus tard, comme par hasard, une voiture explose. Le règlement de comptes me paraissait très vraisemblable, je dirais même évident. Les Bretons ne sont pas des fanatiques, ils se servent de leur idéologie pour masquer leurs petites affaires. Mais qui étaient donc ces hommes ? Quel était leur trafic ? Quel but poursuivaient-ils ? Je n’en avais aucune idée. Je décidais de me changer les idées en allant voir Hélène et tenter de lui expliquer mes déboires. J’avais vraiment besoin d’une oreille qui puisse m’entendre déballer toute cette histoire invraisemblable. Je descendais dans le centre à pied jusque devant le Gat’s où j’avais garé la voiture hier soir. Arrivé au parking, je démarrais au quart de tour et m’en allais. Je dus faire un grand détour car la rue principale, où avait eu lieu l’explosion, était bloquée. Un cordon délimitait le périmètre d’enquête et les gendarmes veillaient au grain et se chargeaient de faire la circulation. Je dus donc contourner toute la ville, ce qui me laissait le temps de me poser de multiples questions. Que faisais-je dans tout ce merdier ? Qu’avais-je fait pour que l’on me demande de garder le silence, et d’ailleurs que devais-je garder sous silence ? Croyaient-ils que je savais quoi que ce soit de plus qu’eux ? Peut-être. En tout cas, j’espérais que voir quelqu’un de nouveau dans cette histoire allait éclairer quelque peu mes lanternes. Qui sait ? Elle allait peut-être m’amener des solutions. Surtout qu’Hélène connaît bien la région en tant que correspondante locale du Télégramme de Brest, un quotidien régional. Après ses études de lettres modernes, elle avait un moment travaillé aux archives avant de trouver un poste de professeur dans un lycée du coin. Elle avait gardé ce statut de correspondant, ce qui lui permettait de se tenir aux courants des derniers potins, surtout qu’elle était d’un naturel assez curieux. De toutes manières, je n’avais rien à perdre. A cet instant, j’arrivais devant sa maison. C’était un joli petit pavillon en bordure de mer, avec son toit en tuile et sa façade massive en granite. L’entrée se faisait par un petit portillon qui ouvrait sur un sentier dallé. A ma droite, une fontaine où l’eau sortait de la gueule de grands chevaux sculptés et tombait, provoquant mille et une éclaboussures, dans un bassin ornementé. Dedans, nageaient quelques poissons rouges. Je montais les quelques marches du perron et me plantais devant la porte. Mon doigt se posa une fois sur la sonnette, puis deux. La porte s’ouvrit : Hélène était là, planté devant moi. Elle me dévisageait, surprise de me voir : « Toi ici, quelle surprise !!! Viens, entres ! » Me lança-t-elle avec son air jovial et son sourire enjôleur. Mon dieu ! N’importe qui tomberait devant ce concentré d’énergie, ce bouillonnant mariage de bonne humeur et de gentillesse. Bref, Hélène, c’était la joie de vivre personnifiée par un petit bout de femme. Brune, les yeux marrons, brillants et pétillants, elle avait ce charme qui faisait que, partout où elle passait, la bonne humeur la suivait et envahissait ses proches. Son cœur d’or, j’avais réussi à le conquérir dans mon adolescence, jusqu’à ce que notre histoire se fane. Malgré cela, elle est toujours restée pour moi une très bonne amie, toujours fidèle et attentive. J’espérais qu’elle puisse me remonter le moral. J’entrais dans le hall et déposais ma veste sur un portemanteau. Elle m’indiquait de la main d’entrer dans le salon, ce que je faisais avec empressement. Je m’asseyais sur le canapé avant même qu’elle ne m’y ait invité. Elle me proposa quelque chose à boire. Je lui répondais : « un whisky sur glace, s’il te plaît -Qu’est ce qui t’amènes, Jo ? Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu de tes nouvelles. -J’ai besoin de toi. Dis-je, alors qu’une larme me venait à l’œil droit. J’ai des problèmes depuis un moment. » Elle s’étonnait de me voir pleurer comme un enfant. Elle s’assit délicatement à côté de moi et, comme une mère consolerait son fils, elle me prit dans ses bras. Je restais dans ses bras un instant, avant de commencer mon récit en tentant de n’omettre aucun détail. Je commençais par le début commençant par la rupture. Elle s’était sans doute habituée à m’entendre déballer mes histoires sentimentales car elle ne faisait qu’hocher la tête à chaque fois que je lui faisais le refrain du paumé suicidaire venant de se faire larguer. Elle critiquait un peu Marie pour son attitude tout de même inconventionnelle pour une rupture, me faisait dire que ce n’était pas de ma faute… Cependant, lorsque j’entamais mon couplet sur ce que j’avais vu ce soir-là, elle paraissait de plus en plus intriguée. Je continuais alors sur l’agression dont j’avais été victime. Elle s’intéressait de plus en plus à ce que je disais et je voyais qu’elle tentait d’analyser les moindres détails de mon histoire pour tenter de mettre en relation tous les éléments. Elle alla même jusqu’à m’interrompre un instant pour aller chercher le journal et lire l’article. A la fin de mon récit, elle resta pensive plusieurs secondes. J’imaginais qu’elle se posait les mêmes questions que moi et j’espérais que son regard neuf sur tous ses problèmes allait m’apporter quelques solutions. Elle me demanda alors : -Est-ce que tu as pu identifier ceux qu’il y avait dans les paquets remis aux deux hommes sur la plage ? -Non, dans la nuit, je n’ai pas réussi. Ces paquets étaient bien ficelés. Un des deux hommes a juste regardé un moment à l’intérieur mais je ne pouvais pas voir d’où j’étais. -Il y a quelque chose qui me chagrine dans ce que tu me racontes. Dans l’article que je viens de lire, il est mentionné que l’on a retrouvé de la drogue dans le bateau du pêcheur mort. Tu ne trouves pas bizarre que quelques jours plus tard, tu tombes nez à nez avec des contrebandiers important frauduleusement de la marchandise. Il est possible que le trafic de ces hommes ayant une chance d’être découvert, ils l’ont tout simplement délocalisé sur Valneuf. -Tu as peut-être raison, j’imagine que ton hypothèse puisse être vrai mais il y a autre chose. Comment ont-ils pu me reconnaître et me repérer dans Valneuf ? -Ils te connaissent sans doute. Il se peut que quelqu’un d’influent dans la région dans la région tire les ficelles de tout ce trafic. Les hommes qui t’ont tiré dessus sont sans doute plus proches de toi que tu ne l’imagines. Méfies toi … je ne voudrais pas qu’il t’arrive quelque chose. Tu en as assez supporté jusqu’ici. Fais attention à toi… -Je sais, ne t’inquiètes pas. Je restais plusieurs secondes à la regarder dans les yeux. J’avais l’impression que ces deux billes marrons me parlaient. Je ressentais une certaine peur dans son regard, ses yeux étaient pleins d’eau. Elle posa sa tête contre mon épaule. Ces quelques minutes me parurent une éternité. Elle me proposa ensuite de rester déjeuner. Nous continuâmes à parler de longues heures durant de tout, de rien. Sa présence me réconfortait. Je partis de chez elle en fin d’après-midi. Cet entretien m’avait rassuré et quelque part inquiété. Après tout, elle avait sans soute raison. Pour que l’on m’ait reconnu, il fallait que ces hommes soient des personnes que je connaisse. Cette hypothèse m’effrayait. Je me posais encore des questions, toujours. A croire que cela ne s’arrêtera donc jamais… Arrivé à l’appartement, je m’attachais à remettre de l’ordre. Les tâches ménagères n’étaient pas mon fort et les événements de cette semaine m’avait quelque peu fait oublier le bordel dans lequel je vivais. Je m’attaquais à la vaisselle déjà, puis au vidage de poubelles pour terminer par le passage de balai. Toutes ces foutues corvées m’ayant pris un petit moment, il était déjà 19h quand je me mis à dîner. Des pâtes allaient donc me servir de repas car mes capacités de cuisinier n’étaient et ne sont d’ailleurs toujours pas élaborées. Après ce repas, je me posais sur le lit à réfléchir encore et encore, à tenter de me vider la tête en écoutant de la musique. Une musique triste d’ailleurs. Je finis par m’endormir, une fois de plus, espérant un lendemain meilleur… **** « Dring, dring ! » Une première paupière s’ouvrit, la deuxième ne tarda pas à faire de même. Coup d’œil rapide au réveil : 3 heures. Le cerveau se mit en marche, je sortis progressivement du coltard, mon bras s’allongea et agrippa le combiné : « Allo ? -C’est moi. -Ah ! Pourquoi m’appelles-tu à trois heures du mat’ ? -Lui -Qui ? -Lui -De qui parles-tu ? -Marco Le moi, c’était ma sœur, Lola. Un joli brin de fille au caractère bien trempé. Elle était grande, châtain clair, les yeux verts. Ces yeux, c’était d’ailleurs la seule chose que nous avions en commun. Ils étaient verts ou bleus selon l’intensité et la provenance de la lumière. Elle avait des problèmes pour m’appeler à une heure pareille. Depuis quelques temps, je ne la reconnaissais plus, depuis qu’il s’était introduit dans sa vie. Elle s’était éloignée de la famille et ne m’avait pas donné de ses nouvelles depuis au moins deux mois. -Qu’a t-il fait ? -Il n’est pas encore revenu. Depuis deux jours, je n’ai aucune nouvelle. Aide-moi !!! Je t’en prie ! J’ai besoin de toi !!! -Où est-tu ? -Au secours ! Ils arrivent !!! -Qui ? -Tut, tut, tut… Nom de Dieu !!! Pensais-je. Que se passait-il donc chez elle ? L’inquiétude, l’angoisse qu’il lui soit arrivé quelque chose me fit me lever d’un bond. J’enfilais un pantalon, une chemise, descendait l’escalier à toute allure, attrapait au passage le manteau posé sur la rampe et descendait au garage pour rejoindre la maison de ma sœur située à l’autre bout de la ville, sur une corniche surplombant le petit port de pêche. La voiture démarrait et je traversais Valneuf. Ma bonne vieille Corvette était légèrement poussive dans la montée de la côte menant à la villa, mais je fis bien ronfler pour lui faire brillamment passer cette épreuve. Il s’était écoulé une bonne dizaine de minutes entre la fin de son appel et le moment où je me garais devant la grille de la villa. Elle était ouverte, chose assez rare. Une grande allée séparait cette massive grille en fer forgé de l’entrée de la maison. Je montais sur le perron, frappait deux fois, trois fois… Rien. Pas un bruit ne filtrait. Je prenais donc le double de clé que ma sœur m’avait fait faire au cas où il y aurait pu avoir besoin et j’ouvris la grande porte en bois. Elle grinça assez longuement avant de s’immobiliser. Je regardais à l’intérieur. Rien ne me paraissait anormal et je décidais donc de m’avancer. J’entrais dans le hall, le traversait jusqu’au salon. Vision d’horreur !!! Les meubles étaient renversés, les livres tombés par terre, la télévision était explosée. Ma sœur gisait inanimée au milieu de tout ce capharnaüm, allongée. Ses yeux étaient exorbités, son arcade gauche était éclatée et saignait abondamment, son nez faisait de même. Ses lèvres étaient toutes enflées. Elle avait l’air très mal en point. Je courrais alors vers le bureau pour téléphoner aux pompiers. La ligne était coupée. Je prenais donc mon portable et appelais du secours. Quelques minutes s’écoulèrent avant d’entendre le gyrophare des pompiers, temps que je mis à profit pour commencer à lui prodiguer les premiers soins. Ils la prirent et l’emmenèrent sur un brancard pour l’amener à hôpital le plus proche, celui de Guirec à une quinzaine de kilomètres tout de même. J’eus le droit de l’accompagner dans le véhicule de secours. Elle reprit connaissance pendant le trajet, me regarda mais ne put me parler. Nous arrivâmes alors à hôpital où les médecins la transportèrent dans une chambre et m’empêchèrent de continuer à l’accompagner. Je restais donc là à faire les cent pas dans les couloirs de l’hôpital. Je m’asseyais ensuite dans un coin où je restais à pleurer. Qui avait pu faire du mal à mon petit sucre, ma petite sœur, mon propre sang, un petit bout de moi ? J’attendais que quelqu’un vienne me donner de ses nouvelles. Je m’interrogeais sur le pourquoi de cet acte. Que m’arrivait-il donc ces temps-ci, qu’avais-je donc fait pour mériter tout ce qui me tombait dessus ? J’étais si inquiet que je rongeais mes ongles jusqu’à sang. Un médecin vint m’interrompre dans ce début d’autodestruction. Il me dit qu’elle était tirée d’affaire mais qu’il avait du l’opérer car un coup lui avait touché le foie et qu’il craignait une hémorragie interne. Elle s’en tirait avec trois côtes et un poignet cassés, quelques bosses et plaies nécessitant cinq à six points de suture. Elle devait rester trois jours en observation. Le médecin m’apprit également qu’il avait été obligé de prévenir la police car ce type de blessures devait être relevé et le médecin était tenu de prévenir les autorités. Je comprenais la démarche. Je n’avais qu’une envie, la voir. Il me dit que c’était possible mais peu de temps car elle était choquée et qu’il ne fallait pas la fatiguer de trop. J’entrais dans la chambre. Elle me regardait de ses yeux amochés, son regard était si triste. Elle me fit signe de m’asseoir près d’elle. Je lui pris la main. On aurait dit qu’elle voulait pleurer. Elle ne pouvait pas trop me parler, mais elle tint à me dire deux mots : « -Je ne sais pas qui ils sont, ni pourquoi ils sont venus. Ils cherchaient quelque chose. Ils m’ont demandé où était Marco, je n’en savais rien. Ils ont alors commencé à fouiller partout, c’est à ce moment là que je t’ai appelé, je m’étais isolée dans la cuisine. Ils m’ont vu appeler et ils m’ont frappé. -Qui ? Qui t’as fait ça ? -Des amis de Marco, je ne sais pas qui ils sont… Elle s’arrêta de parler et se mit à cracher un énorme caillot de sang. Un filet rouge bavait sur son menton. Son nez se remit à saigner. Le médecin qui regardait à travers la vitre, me fit alors signe de sortir. Lui et une infirmière s’engouffra dans la chambre pour nettoyer tout ce rouge. Je sortis angoissée, restais deux secondes à la regarder par la vitre. Je me dirigeais alors vers la première poubelle que je pus trouver et je vomis. Tout ce rouge, ce sang, mon sang m’avait rendu malade. J’avais un nœud dans l’estomac. J’avais peur comme je n’avais jamais eu peur. Je restais là à attendre, jusqu’à ce que mon père arrive et me relève au chevet de Lola. Je lui avais appris la nouvelle dans la nuit, à son arrivée à l’hôpital. Il ne pouvait venir plus tôt car il était dans notre maison de campagne à côté de Dax. Il était déjà cinq heures de l’après-midi. Toutes ces heures passées auprès d’elle à la regarder m’avait parues si longues et si courtes à la fois que j’en avais tout oublié. Je n’avais même pas mangé car je n’avais même pas faim. Je restais quelques minutes à discuter avec papa avant d’appeler un taxi pour me ramener chez Lola. Je ne décrochais pas un mot à ce brave chauffeur de taxi qui pourtant faisait des efforts pour me faire parler. Voyant que je n’avais aucune envie de répondre. Il cessa ses questions. Le trajet me parut alors une éternité. Quand nous furent enfin arrivés à la villa, je payais, puis me dirigeais vers la grille. Elle était fermée. Je l’escaladais en m’agrippant aux barreaux et en m’aidant du mur. Je traversais ensuite l’allée. Une voiture de police s’était garée sur les gravillons devant le perron. J’entrais tout de même dans la maison. Deux hommes m’interpellèrent alors avec toute la délicatesse habituelle des forces de l’ordre : « Monsieur, vous venez de rentrer dans un périmètre interdit au public. N’avez-vous pas vu les écriteaux à l’entrée ? Vos papiers, s’il vous plaît. Contrôle d’identité. -Je suis le frère de Lola. Je sortais ma carte d’identité, ennuyé par l’accueil de ces deux bougres d’imbécile. Ils regardèrent brièvement le document et me demandèrent de quitter les lieux car il n’était même pas possible qu’un membre de la famille soit là. Je protestais en vain. Je fus prié de dégager du « domicile de Melle Lola Peyrac ». J’exécutais donc cet ordre, lassé d’avoir perdu mon temps avec ces deux cons. Il était 19h. Je me posais chez moi quelques minutes dans le canapé avant d’aller essayer de dormir. Ma journée m’avait tué et l’angoisse me rongeait à l’intérieur. **** Ma tête se tourna, mes yeux s’ouvrirent difficilement, la lumière du radio-réveil m’éblouit. Il était onze heures. Je me levais difficilement, descendais avec difficulté les marches assez raides de l’escalier en me cramponnant à la rampe. J’ouvrais les volets : la pluie. Une pluie battante, qui avait succédé au soleil des jours derniers et avait chassé les badauds des rues pour les faire se réfugier sous les quelques abris qu’ils pouvaient trouver. Le ciel était gris, presque noir. La journée s’annonçait longue. Je restais quelques minutes à contempler les gouttes perler sur la fenêtre. Je restais pensif quelques instants. Son bruit si particulier, lancinant, régulier m’anéantissait. La pluie est si déprimante. Je me retournais vers la kitchenette, posais la casserole sur la plaque et la remplissais d’eau. Trois cuillères de café soluble dans le bol, non quatre plutôt. Pourquoi ? Allez savoir… Le café était infect, mais bon, quand on a rien de mieux pour se réveiller… En deux ou trois gorgées, le bol était avalé. Que faire maintenant ? Rien, décidément ce satané mot me suit partout. La douche, après ce foutu breuvage, ne pouvait que me sortir du coma dans lequel ma journée d’hier m’avait plongé. Vas donc pour la douche ! L’eau brûlante faisait rougir ma peau, je laissais l’eau couler et je restais là, les yeux fermés. J’étais bien. Je ne pensais à rien, enfin si, à Lola. La peau au bout de mes doigts commençait à se flétrir. J’étais décontracté, ramolli même. Je sortis et j’enfilais le peignoir, direction le canapé. Je m’assis. J’appuyais sur la télécommande. La chaîne commença à égrener ses mélodies. La musique était triste, à croire que tout était contre moi aujourd’hui. Je restais là : que faire ? Toujours rien et je restais là, toujours. L’état de ma sœur me préoccupait. Je restais là, toujours avec ces soucis qui courraient inexorablement derrière moi et qui me rattrapait chaque fois. Ne rien faire et continuer à me morfondre n’était pas une solution : je me devais de me ressaisir. Je me décidais alors à retourner voir Lola. Je m’habillais, prenait mon blouson, toujours posé sur la rampe et, alors que j’allais ouvrir la porte pour partir. Le téléphone se mit à sonner. Une voix grave, avec un accent hispanique, se présenta : -Jonathan Peyrac ? -C’est moi. -Bueno ! Je suis quelqu’un qui a quelque chose à vous proposer. Une proposition que vous n’allez de toutes façons pas pouvoir refuser… -Pourquoi ? Et d’abord, qui êtes-vous ? -Je n’ai aucune envie de vous dire mon nom. -Alors je n’aurai aucune envie de parler avec vous… -Très bien, alors écoutez ce message et vous serez peut-être plus disposé à m’écouter. -Jo, c’est Marie. Ecoutes le, je t’en prie !!! Fais ce qu’il te dit !!! S’il te plaît !!! -Marie ???!!! -Muy bien. Maintenant, nous allons parler sérieusement, mon garçon. -Je vais vous demander de sortir de votre appartement, de descendre la rue et de vous diriger vers la terrasse du restaurant « Le Breizh ». Soyez là ! Nous n’avons pas de temps pour nous amuser… L’homme raccrocha aussitôt qu’il avait fini sa phrase. Je regardais par la fenêtre, la pluie était de plus en plus forte. Pourquoi donc cet homme me fixait-il rendez-vous sur une terrasse ? Je descendais jusqu’en bas de l’immeuble, descendait la rue jusqu’à ce café assez chic où les touristes, souvent anglais ou allemands, venaient habituellement dépenser leurs livres sterling ou leurs euros. Je m’asseyais donc à la terrasse sous le store déployé à cause de la pluie. Le café était bizarrement fermé. Deux hommes en sortirent et m’invitèrent à l’intérieur, si l’on peut dire ça quand deux grands gorilles vêtus de costumes noirs vous prennent chacun par une épaule et vous disent que « quelqu’un » veut vous voir. J’entrais donc dans la salle. On m’assit sur une banquette. Les deux hommes se tenaient debout juste en face de moi. Un « vieil » homme barbu d’une soixantaine d’années entra alors dans la pièce. Il marchait en s’appuyant sur une canne noire à pommeau d’or. La première chose qui me marqua chez cet homme était une chevalière faite d’or et de diamants d’une extrême brillance. L’homme était vêtu d’un costume gris Giorgio Armani. Sa classe impressionnait. Les deux gorilles le saluèrent et je sentais que l’arrivée de cet homme avait modifié l’ambiance de la pièce. Nous étions donc quatre avec moi, dans cette pièce. La lumière était diffuse. On n’entendait pas une mouche voler. L’homme me fixa alors pendant quelques secondes, hochant de la tête. Le silence était total, j’observais les moindres faits et gestes de ce vieux monsieur. Il ouvrit enfin la bouche et commença à me parler. - C’est donc vous, ce Jonathan Peyrac… - Oui, c’est moi. Répondis-je. Il avait ce même accent hispanique que l’homme que j’avais eu au téléphone. Sa voix était très grave, posée. Il avait l’air sinistre comme bonhomme. Un des hommes derrière lui mit son doigt devant sa bouche me faisant signe de me taire et de ne pas répondre aussi sèchement. Le vieil homme continua : -Je suis la personne que vous avez eu au téléphone il y a quelques minutes. Commença-t-il. Comme je vous l’ai déjà dit, j’ai un marché à vous proposer. Je vais tout d’abord vous poser quelques questions. Tachez de répondre correctement. Il serait dommageable que nous démarrions une entreprise commune dans un climat de tension… Il serait surtout dommageable pour vous… J’espère que je me fais comprendre, Monsieur Peyrac -Tout à fait. Faisais-je, en hochant de la tête de bas en haut, légèrement inquiet d’avoir accepté ce rendez-vous. Ma curiosité était un de mes vilains défauts et cette fois-ci, elle m’avait conduit bien plus loin que je ne me l’imaginais. L’homme enchaîna alors : -Je m’appelle Hector Andres Escobar. Comme vous l’avez sans doute remarqué, mon nom n’est pas français. Je ne vous dirais pas d’où je viens, ni ce que je fais. Je veux seulement savoir ce que vous savez. Nous aurions pu ne jamais nous rencontrer, mais le hasard a fait que vous avez pris un certain intérêt pour moi. Connaissez-vous Marie Duray ? Répondez-moi. -Oui. Je la connais. -Muy bien. Maintenant, une deuxième chose. Que vous dis le nom de Jacques Kermarec ? -C’est un notable de la région. Il dirige une entreprise de constructions navales et a également des actions dans une société de pêche qui possède une jolie petite flottille d’une quinzaine de bateaux. Il est également client de la banque où je travaille, j’ai donc eu l’occasion de le rencontrer. Je sais également qu’il a des idées très arrêtées sur le mode de fonctionnement politique de la Bretagne, c’est un indépendantiste convaincu qui a des idées très extrémistes, je pense. -On peut dire cela ainsi. Disons que Mr Kermarec et moi avions convenu d’un marché. Il devait faire accompagner une certaine marchandise jusqu’à un certain endroit afin de la revendre. -Du trafic de drogue, pour être plus clair. -Qui vous a parlé de drogues ? Ce n’est qu’un honnête commerce de marchandise illicite… Enfin, bref, cela n’a aucun intérêt pour vous. Je disais donc que moi et ce monsieur avions une affaire commune or depuis trois jours, Mr Kermarec et moi, n’avons plus les mêmes relations et nous le lui avons fait comprendre… Je vais revenir sur ma première question. Connaissez vous Maria Lucia Delgado ? -Non. Qui est-ce encore ? -Vous la connaissez bien mieux que vous ne le croyez… Amenez-la !!! cria-t-il à l’un de ses deux gorilles. La porte s’ouvrit. Marie était là, il l’avait traînée jusque dans la pièce. Elle était défigurée, ils avaient dû la rouer de coup. Les deux hommes la soutenait pour la faire tenir à peu près debout. Je voulus me lever mais un des deux « gardes du corps » m’en empêcha et me repoussa sur la banquette. -Voyez, cette jeune femme s’appelle Maria Lucia Delgado, alias Marie Duray. Identité qu’elle a empruntée en se faisant faire de faux papiers. Il fut un temps où elle aurait pu faire partie de la famille Escobar. Elle a choisi de renier ses origines. Mon fils était disposée à la prendre pour épouse. C’est moi qui me suis opposé à leur union car elle était beaucoup trop honnête, tout comme mon fils était bien trop naïf car il est vrai qu’elle est très belle. Aujourd’hui, mon fils est mort et même s’il a réussi à aimer cette … cette… traîtresse, il reste toujours mon fils. Je veux que vous me décriviez l’homme qui a tué mon fils. Je sais qu’il est à la solde de Kermarec. C’est la première chose que je vais vous demander. Mon neveu, Marco, vous a reconnu sur la plage. Pas de chances, décidément, vous et votre sœur avez de bien mauvaises fréquentations… Ce n’est pourtant pas Marco qui m’a rapporté toute la scène, mais un de mes hommes de confiance qui était dans le bateau. C’est lui qui vous a tiré dessus, me dit-il, en me montrant un des deux hommes assis en face de moi. Il poursuivit : -Marco était futé, il a joué son rôle de traître jusqu’au bout. Il m’a ensuite lâchement abandonné il y a deux jours. Pourquoi, parce que cette jeune écervelée que vous voyez là, gisant par terre, a appris le trafic que nous nous livrions, moi et Mr Kermarec. Je tentais de remettre en ordre toute l’histoire. L’attenta était donc l’œuvre d’Escobar pour se venger de Kermarec, tout comme il l’avait averti en m’envoyant ses deux cerbères au restaurant. L’homme me regarda, et continua son récit : -Savez-vous que cette jeune femme me voue une haine sans bornes ? Une haine si forte et si puissante concentrée en un seul petit bout de femme. -Il a tué ma mère, este hijo de puta !!!cria-t-elle avant de recevoir une gifle -C’est démoniaque. Regardez là crier. Elle est si rancunière et machiavélique qu’elle a réussi à faire détourner 5 millions d’euros sur un compte en banque, justement à la Banque Populaire de l’Ouest, où vous travaillez. Il s’approcha d’elle, lui caressa le menton. Sa chevalière griffait le si beau visage de Marie ou Lucia, je ne savais que croire… Hector Escobar continua alors son discours : -Que de coïncidences me direz-vous ? Il a fallu que tout cela tombes sur vous… Elle a donné le numéro du compte à trois personnes : Marco, mon fils et elle a gardé la dernière partie du numéro. Le corps de mon fils a été récupéré, il n’avait pas le code sur lui. Marco s’est bêtement fait rattraper et a malencontreusement dérapé du haut d’une falaise dans la matinée. Il a bien sur eu le temps de nous annoncer la partie du numéro de compte qui lui revenait. Il nous reste donc deux bouts de numéros : celui de Maria Lucia et le vôtre, Jonathan, puisque vous avez récupéré le numéro sur le corps de Franco. N’est-ce pas ? Vous avez donc maintenant un intérêt vital pour nous car vous allez nous servir à deux choses : nous donner votre code et … le sien ! Nous n’avons pas réussi à faire parler ce petit bout de femme. Son désir de vengeance était trop fort et elle est vraiment coriace. Elle aurait fait une bonne Escobar, mais elle va maintenant m’écouter attentivement. Il se tourna vers elle, et lui demanda : -Bueno, dit-il en me regardant, que penses-tu de ce jeune homme ? C’est un témoin gênant, il en sait bien trop sur nos affaires, n’est-ce pas ? il pourrait très bien aussi déraper d’une falaise… -Ne lui faites pas de mal, s’il vous plait !!! -Ne t’inquiètes pas pour cela… Mario !!! lança-t-il d’un ton sec à l’homme qui m’avait tiré dessus sur la plage. En un regard, Mario sut ce qu’il avait à faire. Il dégaina son pistolet et le posa sur ma tempe. De la même manière, il s’adressa à l’homme derrière Marie et ce dernier sortit également son arme pour la pointer sur sa tête. -Bueno. Vous avez maintenant dix secondes pour me donner chacun votre numéro. Il commença alors à compter à rebours. 10,9,8,7,6,5…4… 3… -Attendez !!! m ‘écriais-je alors. Mon instinct de survie venait de se mettre en marche. Mon cerveau fonctionnait à plein régime. Je balbutiais, ma respiration était saccadée, mon estomac se nouait. Je ravalais ma salive, reprit mon souffle. -Vous ne pourrez pas extraire une somme de cinq millions d’euros de la banque comme cela, comme si vous faisiez un simple retrait. Cinq millions d’euros est une somme plus qu’importante. Le FISC étudie particulièrement les mouvements importants d’argent entre particuliers. De plus, ce transfert va paraître louche et vos activités risquent d’être découvertes. Je suis une des seules personnes qui ait accès à la banque qui soit disposée à vous aider. Je peux vous redonner votre argent. Je sais comment le faire sortir sans laisser de traces. Je veux juste que vous nous libériez en échange. -Tu es loin d’être bête, mon garçon. Cependant, j’aurais du mal à t’accorder ma confiance. Comment pourrais-je être sur que l’argent me sera bien remise ? -Je vous donne ma parole, c’est tout ce que j’ai à vous offrir. C’est à prendre ou à laisser. De toutes façons, si vous nous tuez, vous ne connaîtrez jamais le code et le compte sera à jamais introuvable et l’argent sera définitivement perdue. Je voyais un demi-sourire se dessiner sur le visage de Marie. Je venais de nous obtenir un sursis. Tout au plus quelques secondes, au mieux une journée, ce qui nous aurait donné du temps pour improviser. Il se mit à réfléchir. -D’accord. J’accepte à mes conditions. Je veux l’argent sous un minimum de 24h. Il est midi. Je la veux avant demain midi. Elle restera avec moi tant que l’argent ne sera pas versé. Ordonna-t-il en regardant Marie. Mario vous accompagnera. Je poussais un ouf de soulagement. Je devais maintenant m’atteler à nous faire nous en tirer sans casse. Marie me livra sa partie du numéro : 856. Le numéro de Marco fut donné à Mario. Je sortais du restaurant accompagné de mon gorille tueur à gages. Je réfléchissais à toutes les possibilités que j’avais pour que nous puissions nous en tirer tous les deux. Mario me poussa dans une grosse BMW noire garée devant le restaurant. Il prit le volant et nous emmena vers la banque située plus encore vers le centre-ville. Arrivé sur place, il m’ordonna de descendre le premier de la voiture. Il me suivait et se collait presque contre moi, comme pour m’avertir que tout geste héroïque serait puni. J’entrais dans le sas de la banque, la caméra se tourna vers moi, le voyant vert s’alluma et nous entrâmes tous deux dans le hall. Emma, la guichetière, était étonnée de me voir. Je lui fis la bise, discutait deux secondes avec elle. L’homme s’impatientait. Je rentrais dans mon bureau et m’asseyais face à mon ordinateur portable. Je mis en place le petit montage qui consistait à faire transiter l’argent en petites sommes sur différents comptes, puis d’effacer à chaque fois les traces du passage de l’argent. Je devais ensuite rentrer le numéro du compte à créditer. Je tapais mon numéro : 010 puis Mario entra le deuxième. Je mettais la transaction en attente. Il s’énerva et voulut me frapper. -Vous n’aurez pas l’argent avant que je revoie Marie. Elle rentrera le dernier numéro. J’étais surpris moi-même par mon audace. Ce grand imbécile ne savait que dire. Il restait là, bouche bée. Il était donc obligé de me ramener au restaurant. Maintenant, ça allait être quitte ou double. Quitte et je leur laisse l’argent et je me fais buter. Double, je m’enfuie et je récupère Marie et l’argent. A ce moment, Emma entrouvra la porte. Elle me demanda un dossier de comptes que je n’avais pas eu le temps de finir avant mes vacances. Cela me donna l’occasion de m’approcher d’elle et de lui glisser deux mots à l’oreille. « Police au Breizh. Vite ». J’enchaînais sur un tonitruant : -Bien sûr, mais je ne l’ai pas encore terminé. Tiens , le voici. Mario me regardait attentivement et n’avait pas l’air de s’être douté de grand chose. Emma sortit du bureau. Je prenais l’ordinateur sous le bras et nous sortîmes de la pièce, moi et Mario. En passant devant le guichet dans le hall, Emma me fit un clin d’œil. Je sus qu’elle m’avait compris. Je retenais mon souffle. Le sas se referma sur nous et nous sortîmes de la banque. Le trajet du retour fut très court. Je me retrouvais dans le restaurant. Le vieil homme et l’autre garde du corps étaient restés là à attendre avec Marie. Je posais l’ordinateur sur la table, l’écran se ralluma. Il ne restait que trois chiffres à rentrer. Marie s’approcha de l’ordinateur. -Stop, dis-je, qu’est-ce qui nous garantit que vous allez bien nous laisser partir après avoir rentré ces trois chiffres ? Laissez la partir. Elle me regarda intriguée. D’un second regard, je lui intimais l’ordre de s’enfuir. -Ouvrez lui la porte, que cette chienne s’en aille !!! cria le vieux agacé que je lui mette autant de bâtons dans les roues. Marie s’avança d’un pas, puis deux. Mario sortit alors son arme. Je lui sautais alors dessus. L’arme tomba au sol. Nous roulâmes à terre, je le frappais de toutes mes forces décuplées par la rage. Le deuxième garde du corps qui se tenait debout près du « parrain » tira deux coups. Le premier sur Mario, le second…Le second, Marie se tenait en face de l’arme. Elle tomba doucement au sol. Une tache rouge commençait à se former par terre. Pris dans le feu de l’action, je n’avais même pas le temps de réaliser tout ce qui se passait. J’attrapais le pistolet de Mario et dans un réflexe de survie et de rage, je tirais trois, quatre, cinq balles. L’une d’elles atteignit le garde du corps. Il tomba lourdement à terre. Je me levais. Le vieil homme me regarda, il me cria : -Non !!! Non !!! J’avais l’arme pointée sur lui. L’occasion était trop belle. -Oh si !!!… Pour le mal que vous m’avez fait… Cruellement, j’appuyais sur la détente. Pan !!! Une seule balle. Je regardais Marie. Elle était encore plus belle dans la mort qu’à l’habitude. Je la sentais partir. Elle agonisait. Elle ouvrit lentement la bouche : -J | |||
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