PlumeDAnge Messages postés : 37 L'instant meurt à l'instant...  |
Posté le 16/06/2006 09:10:57 | | En quelques secondes, ma vie s'est enfuie
Comme chaque week-end, je rejoins Marie. C'est une fille que je connais depuis mon enfance et avec laquelle je m'entends très bien. Elle et moi allons à des soirées avec des amis. Je traverse la grande rue qui mène jusqu'à la salle des fêtes passant près d'une maison à moitié en ruine et plongée dans le noir complet. Jetant un dernier regard vers elle, je décide d'accélérer le pas. Soudain, une main se pose sur ma bouche m'empêchant de prononcer une seule parole. Je ne vois plus rien, on m'emmène dans la maison abandonnée. J'entends des voix, ce sont des hommes. Je ne sais as ce qu'il se passe mais je suis terrifiée. Autour de moi, on rit. Des mains m'attrapent et enlèvent mes vêtements. J'essaie de crier, de me défendre, mais je suis paralysée par la peur. Je suis comme une poupée que ces hommes manipulent, un jouet. Mon coeur bat la chamade, je tremble. Chaque main qui se pose sur mon corps me fait frissonner et des larmes coulent sur mes joues. Autour de moi, des voix s'e!
nflamment et encouragent l'es de ces hommes à continuer. Chaque fois qu'il me touche, je me crispe, j'essaie de crier mais je n'y arrive pas. J'aimerais pouvoir me défendre mais mon sang est si froid que je ne peux même pas bouger les doigts. Je pense à mon frère, ma famille. Tout repasse dans ma tête. Cet homme que je ne connais pas profite de moi, de mon corps. Comment un homme si horrible, irrespectueux envers les femmes peut-il exister ? Mes yeux cherchent dans ce noir, ce néant autour de moi, une lumière, quelque chose qui pourrait m'aider mais il n'y a rien à part ces hommes, ces monstres. J'ai peur, j'ai l'impression que le mal entre en moi.
Il a fini. Je l'entends se relever mais je ne vois aucune personne dans cette obscurité. Je m'assieds et sers mes jambes contre moi. Je voudrais me cacher. Je me demande si cela va recommencer. J'entends des "Bien joué !" ou "T'es un as !". On marche autour de moi. Mon coeur bat presque jusqu'à sortir de ma poitrine. Tout d'un coup, je suis éblouie. Ils viennent d'allumer la lumière et je vois devant moi, à moitié nu, ce visage familier, ce visage que tant de fois j'ai vu, qui m'apaisait dans mon enfance, le visage de mon frère.
Je me réveille en sursaut. Encore une nuit horrible où ce moment repasse dans ma tête. Quand vais-je enfin passer une nuit sans rêve, sans repenser à mon frère qui a abusé de moi. Je suis essoufflée, je pleure. Mon coeur continue ses roulements de tambour. Cela fait maintenant une semaine que cela s'est passé. Mon frère n'est plus revenu depuis. Je ne parle plus à personne, je vis dans l'angoisse. Je ne peux même pas glisser un pied au dehors, j'ai trop peur que l'on recommence. Je suis salie, meurtrie et je n'ai plus le goût de vivre. Quand tout cela va-t-il cesser ? Pourquoi Marc a-t-il abusé de moi, sa soeur ? Il était mon exemple, il a tout gâché. Jamais plus il ne sera dans mon coeur. Pour moi, il est le diable. Je me rallonge et ferme les yeux, je vais essayer de dormir.
* * *
Les semaines passent. Marc n'est toujours pas rentré mais cela me soulage. Je pense que de voir seulement son visage me ferait peur. Je n'ose même plus me regarder dans un miroir. Ma mère me dit que je ressemble à un cadavre. Mon teint est pâle, mes cheveux auparavant lisses et que je coiffais pendant un long moment le matin, sont maintenant laids et crépus. Je ne fais même plus attention aux vêtements que je porte. Mes yeux sont rouges à cause de mes pleurs incessants. Mes parents croient que je m'inquiète pour mon frère car il n'est pas revenu. Ils ne savent pas que c'est le reflet de mon âme, terrifiée, maintenant sans dignité.
Une nuit en plein sommeil, j'entends une voix. Marc ? Non ce n'est pas possible. Je m'écrie :
- Non, Marc ! Laisse-moi !
- Calme-toi, je veux juste te parler, répondit-il.
- Non, tu n'es pas réel ! Va t'en !
J'ouvre les yeux et devant moi, flottant dans les airs, Marc est là. Il n'a pas changé, il a toujours ces courts cheveux noirs, ces yeux marrons et ce corps maigre. Est-ce que je rêve ? Je l'espère. Il est transparent et je vois à travers lui. Que se passe-t-il ? Suis-je devenue folle ? Mais comment pourrais-je inventer tout cela ? Il me regarde, j'ai l'impression que les fourches du diable traversent mon coeur. Tout à coup, il s'adresse à moi :
- Anne, calme-toi. J'ai à te parler. Ne t'inquiète pas, tu ne rêves pas. Je ne peux pas rester longtemps. Après, il faut que je reparte.
A ces mots, je frisonne et j'ai peur. Je m'enfouis un peu plus sous les draps par peur qu'il pose sa main sur moi.
- Vois-tu, dit-il, je suis aussi malheureux que toi là-haut. Crois-tu vraiment que j'aurai pu te faire cela ? Tu sais, j'ai été tellement marqué, tellement honteux que j'en suis arrivé à me tuer. Tu dois sûrement penser que je le mérite. Tu as entièrement raison. Mais, je t'aime tellement, tu ne peux pas me maudire à vie. Je suis ton frère, pardonne-moi, Anne.
- Jamais ! Jamais !
- Anne, je dois te laisser. Adieu !
Soudain, il disparaît et tout redevient calme. Je ne sais pas ce qu'il se passe. Mon souffle s'accélère, mes mains tremblent et j'ai froid. La peur me glace. Les paroles de Marc et la nuit du viol se mélangent dans ma tête. J'entends quelqu'un qui court dans l'escalier et qui arrive vers ma chambre. Je ferme les yeux et, lorsque je les ouvre, je me vois allongée dans mon lit. Je bouge un bras mais mon corps ne bouge pas. Ma mère entre et s'écrie :
"Anne, ma fille !"
Elle pleure. Je suis de plus en plus loin de mon corps. Je tends ma main vers elle, l'appelant mais elle n'entend pas. Je pleure toutes les larmes de mon corps. A présent, j'observe tout de là-haut. Je suis terrifiée, le diable m'emporte. Tout ceci est de ta faute, Marc...
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