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Posté le 17/10/2007 15:44:57 | | Le recueil de poèmes de Théodore Ouedraogo : "Sauveurs d'Afrique" est maintenant disponible ...
Citation :
PREFACE :
A chaque culture ses expressions littéraires. La compréhension d’un chef-d’oeuvre littéraire ne serait que superficielle si le critique ignore la culture qui a servi d’humus fertilisant à la naissance et à la croissance de cette production. On ne peut vraiment apprécier une oeuvre qu’en ayant connaissance de la moule qui a servi à sa construction. Les générations se suivent mais ne se ressemblent pas. Les cultures connaissent des changements, la littérature aussi. A une certaine époque, seuls les vers métriques et rimés avaient droit de cité en poésie. La poésie en vers libres est d’apparition récente, tout comme le genre romanesque. Autre temps, autre moeurs ! Les canons d’appréciation littéraire sont par conséquent appelés aussi à changer pour s’adapter.
La poésie de M. l’abbé Théodore Ouédraogo se démarque de la poésie classique occidentale. Elle s’inscrit dans la dynamique de la poésie du bendre à l’instar de la poésie de Maître Pacéré. Déjà dans son premier recueil, Soleils jaunes (1998), M. l’abbé Ouédraogo se présentait comme élève de l’Ecole des Aïeux, des maîtres-griots qui l’ont si bien impressionné qu’il finit par tirer « la déférence / de l’humble page pliée en quatre/ en contrebas de sa Majesté, / de la Bendrophonie » (p. 21). Il s’inspire du « langage des tam-tams » (titre d’un poème), précisément des « Tam-tams d’Afrique » (titre d’un autre poème du même recueil), et invite l’Afrique à « tam-tams danser » (p. 40). Dans cette présente collection, le poète nous rappelle encore que sa poésie s’inscrit dans la lignée de celle des poètes des cours royales qui retracent poétiquement l’histoire du peuple : « Je suis l’Afrique/ des tambours notables » où « chaque tambour (...) est/ un pas dans l’histoire. »
Sauveurs d’Afrique retrace en effet une histoire, celle de l’économie du Salut en la contextualisant dans le cas du continent africain considéré comme un homme à sauver. Cette histoire va de la Genèse (« Que la terre paraisse ! ») à la Passion-Résurrection du Fils en présence de « Simon de Cyrène... Barrabas... larrons...»), ou de l’avènement du premier homme en terre africaine (Lucy) en passant par la Traite négrière jusqu’à la libération par le Fils de Dieu qui est venu donner le vrai baptême à ceux qui « ont le baptême à l’envers/ Ancêtres/ mânes, kiimsé:/ pseudonymes vindicatifs de masques enjoués». Le Fils invite à abandonner les sacrifices sanglants : « le sang humain, / le sang nubile de la fille, / le sang albinos des garçons », pour être lavé et oint par lui-même. Sont évoquées dans ce long récit, à l’image des généalogies tambourinées, la chute d’Adam et Eve (‘L’arbre de vie’, ‘le boa du Jardin’), la tragédie de Caïn et Abel, les plaies d’Egypte, la marche du désert vers Sinaï ou vers la terre promise « où coulent / le lait et le miel. »
Pour l’auteur donc, chaque africain est appelé à être un sauveur d’Afrique, sur le plan de la culture et sur celui du développement économique.
La poésie de M. l’Abbé Théodore Ouédraogo est modelée sur la poésie des griots. Celle-ci s’inspire du langage du bendre qui est fait de juxtaposition savante de zabyuya ou devises/sentences. La brièveté des séquences poétiques dans ce recueil rappelle celle des zabyuya ou devises qui se caractérisent par leur concision et par l’évocation par l’image, le signe et le symbole. La strophe la plus courte contient un seul mot qui en dit long : « Bref. »
Les lecteurs fidèles des oeuvres poétiques de M. l’abbé Théodore Ouédraogo peuvent remarquer que celui-ci fait une progression notoire dans sa maîtrise de la poésie des griots. Dans ces trois premières collections (Soleils jaunes, La fuite des reptiles, Silences de Miradors), l’auteur s’évertuait à titrer ses séquences poétiques pour faire en sorte que sa collection mérite son titre de collection de poèmes à l’image des recueils occidentaux. Il n’est pas unique dans cette aventure tâtonnante. Son prédécesseur et maître d’initiation en bendrophonie, Maître Pacéré, s’est heurté à la même difficulté dans sa carrière poétique. En effet, après avoir souscrit au découpage du style occidental pour ses deux premières collections (Ça tire sous le Sahel, Refrains pour le Sahel), Pacéré s’en démarque avec ses autres collections (Quand s’envolent les grues couronnées, La poésie des griots, etc.) qui sont constituées d’un seul long poème entrecoupé de refrains correspondant à une séance de performance de poésie de griots. La collection Sauveurs d’Afrique est structurée de cette manière, coulée du début à la fin sans titre par des poèmes individuels qui formeraient le recueil. Dans ce recueil, ce sont les chiffres romains (de I à X) qui jouent le rôle de refrains ou titres indicateurs de changement de thèmes abordés, ce qui correspondrait à la division occidentale en poèmes séparés ayant chacun un titre.
En faisant ainsi usage des valeurs littéraires africaines, en l’occurrence, celle de la poésie des griots, l’auteur peut être compté parmi les sauveurs d’Afrique face à la globalisation menaçante. Le salut de l’Afrique ne se trouve nulle part ailleurs qu’en Afrique. Reconnaissant que « Toute culture ignore sûrement des valeurs » et par conséquent qu’ « il n’est pas de culture ineffable, / innocente, irréprochable », M. l’abbé Théodore Ouédraogo appelle à trouver les sauveurs d’Afrique en Afrique :
« La solution de l’Afrique
est en Afrique.
Ma mère a tout. »
M. l’Abbé André Kaboré, Ph. D. (English)
N.B. Toutes les citations sans références sont tirées du présent recueil.
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