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Posté le 17/05/2007 22:13:52 | | "Le comté de Razès et le diocèse d'Alet", de Louis Fédié (1880) est maintenant disponible ...
Citation :
Présentation :
Louis Fédié, Chantre de Rhedae
et du comté de Razés
Originaire de Couiza, licencié en lettres et ancien conseiller général de l’Aude, Louis Fédié fut sans doute, à la fin du siècle dernier, une personnalité marquante de la vie intellectuelle audoise. Féru d’histoire ancienne et bon latiniste, il était un membre éminent de la Société des Arts et des Sciences de Carcassonne, dont il émaillait quelquefois les séances d’inté-ressantes communications historiques. C’est ainsi qu’à partir de 1876, dans le cadre d’une étude générale qu’il avait entreprise sur le Razés, il présenta des monographies dont la plus détaillée était consacrée à l’ancien chef-lieu de ce comté, que l’on savait situé à Rennes-le-Château. Il convient de préciser que si Rhedae fut, selon toute probabilité, une place forte prestigieuse dès la domination wisigothique, puis le siège politique et le pôle militaire du comté dès l’époque carolingienne, Alet en fut, à partir de cette même époque, le pôle religieux symbolisé par la présence en ce lieu d’une très importante abbaye bénédictine. Au début du quatorzième siècle, Alet bénéficia de l’installation d’un siège épiscopal et supplanta, pour des raisons politico-religieuses et économiques, l’antique cité de Rhedae ; cette place forte avait, en effet, perdu depuis longtemps son importance stratégique et politique, le comté de Razés ayant été annexé à celui de Carcasonne et n’ayant plus de comtes particuliers depuis le onzième siècle. Alet perdit finalement elle-même son titre de chef-lieu du Razés, au profit de Limoux, à l’issue de la Croisade contre les Albigeois, qui vit la redistribution des terres du Razés au profit du roi de France, de l’Eglise et des barons du nord.
Il demeure évident que l’histoire du comté de Razés –l’ancien Rhedesium,- est inséparable de celle de la cité qui lui a donné son nom. C’est pourquoi la thèse de Fédié est axée sur Rhedae.
Les écrits de cet historien du terroir seraient tombés dans le plus profond oubli si, quelques années plus tard – à partir de 1885,- les tribulations de l’abbé Béranger Saunière n’avaient marqué le site de Rennes-le-Château de façon indélébile. Energique, bon vivant et haut en couleurs, cet ecclésiastique au comportement quelquefois peu orthodoxe avait eu, sur ses vieux jours, de sérieux démêlés avec sa hiérarchie. Et les bizarres et ostentatoires contructions néogothiques dont il avait agrémenté le village, avaient conduit les populations de la région à imaginer que son enrichissement subit était dû à la découverte d’un fabuleux magot. Habilement agencée, cette légende devint, un demi-siècle plus tard, un succès de librairie. Il n’en fallait pas plus, l’imagination aidant, pour générer un véritable mythe de l’or baignant dans un environnment qui ne pouvait être qu’ésotérique, sous-tendu par d’ineptes fabulations pseudo-historiques, et qui offrait l’avantage, de par sa nature et sa diversité, de s’auto-alimenter.
C’est dans le cadre de ce véritable épiphénomène sociologique que de nombreux ouvrages, de valeur très inégale et reprenant sans cesse la même antienne, virent le jour et permirent à Rennes-le-Château et à son curé d’accéder à une douteuse célébrité.
Dès lors, le lieu et le mythe étant devenus indissociables, l’œuvre de Fédié – qui avait servi de référence à certains,- allait aussi devenir, malgré son antériorité, quelque peu suspecte. Le personnage n’était pas un historien de métier, et ses écrits réflètent l’état des connaissances qu’un homme très cultivé pouvait avoir, à la fin du siècle dernier. On voit facilement qu’il n’a eu accès à aucune source originale – hors quelques documents locaux qu’il qualifie d’authentiques,- mais a tiré ses informations d’historiens connus de la Rennaissance tels Scaliger, du Mège, l’évêque Pierre de Marca, le bénédictin dom Vaissette ou encore le carcassonnais Guillaume Besse. C’est d’ailleurs chez ce dernier, qu’il aimait disait-il à consulter, qu’il semble avoir puisé une bonne partie de son inspiration.
Bien qu’il ait toujours conservé un certain sens de la mesure, les conjectures qu’il a échaffaudées, en particulier sur les origines de Rhedae – et aussi sur l’ancienneté de l’abbaye d’Alet,- paraissent aujourd’hui très hasardeuses aux gardiens audois de l’orthodoxie. D’autant qu’elles sont parfois pimentées d’un zeste de tradition orale, et qu’on sait qu’à son époque les esprits étaient encore portés par la vague romantique. En outre, certains historiens et savants linguistes versaient alors dans la "celtomanie", dérive qui devait trouver un exemple local avec le très bizarre ouvrage de l’abbé Boudet, collègue et mentor supposé - en tout cas par certains ! - de l’abbé Saunière. Fédié, à la recherche de racines, serait-il tombé dans le même genre d’hérésie, faisant des Wisigoths, barbares germaniques orientaux étrangers à notre univers familier, les héros d’un mythe fondateur ? C’est ce que semblent penser nombre de ses successeurs carcassonnais : monsieur Descadeillas, en particulier, ancienne sommité régionale aujourd’hui décédé, auteur d’une thèse d’histoire moderne – Rennes et ses derniers seigneurs,- et d’un ouvrage polémique sur Rennes-le-Château, a d’ailleurs clos de façon péremptoire cette question en écrivant, il y a une vingtaine d’années, que la création du bourg fortifié de Rennes (ne) datait (que) de la domination carolingienne.
Mais il est bien connu que tout ce qui est excessif est insignifiant ! En effet, certains faits convergents et significatifs contribuent à accréditer l’idée d’une installation précoce des Wisigoths dans la haute vallée de l’Aude. Le chroniqueur Sidoine Appolinaire ne rapporte-t-il pas que le roi wisgoth Théodoric 1° de Toulouse, qui avait des vues permanentes sur Narbonne, se serait emparé de Carcassonne en l’an 440. Il existe aussi une thèse, selon laquelle le patrice romain Aétius aurait utilisé les services de mercenaires Huns et Alains, pour contrer la pénétration des Wisigoths vers Narbonne après l’an 438. De toute évidence inconnue des détracteurs de Fédié, elle est due à un historien anglo-saxon, B.S Bachrach, auteur de l’ouvrage "The Alans in Gaul". Or il y a bien un ancien campement des Alains – répertorié comme tel par les spécialistes de la chose,- sur la voie directe qui conduit de Rhedae à Narbonne : c’est le village de Lanet (Villa de Alianeto, Alane et ruisseau des Alianos… Archiv. Aude. Diction. Sabarthès).
Que faisaient donc les mercenaires Alains au col du Paradis vers l’an 440? On sait aussi que, plus tard, l’archevêque de Narbonne s’est réfugié à Rhedae pendant l’occupation musulmane de la Septimanie (720-759). Etc,… etc…
En outre, il est facile de voir que Rhedae, dominant un important carrefour de voies antiques, sinon protohistoriques, était un site éminemment stratégique agrémenté, qui plus est, par la très proche présence de deux éléments chers aux anciens Germains : le sel et les eaux thermales. Il existe par ailleurs quelques indices archéologiques significatifs, dont un figurant sur cliché aérien pris par l’Institut Géographique National an 1980. Il y a aussi des traces de sapes dans la falaise qui limite le plateau sur lequel Fédié situait la ville basse de Rhedae. Enfin, le chevet de l’église Sainte-Marie-Madeleine de Rennes-le-Château présente certaines dispositions géométriques insolites qui incitent à penser qu’elle pourrait être plus ancienne qu’on ne le dit !
Bien entendu, les critiques se rapportant à Rhedae concernent aussi les autres monographies, dont celles qui suivent. Fédié était-il un doux rêveur ? Il appartient au lecteur d’en juger et de faire éventuellement lui-même la part du feu !
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