Axel Messages postés : 53  |
Posté le 08/01/2006 13:13:44 | | 0
Majuscule, donc, puisqu’il faut bien commencer par cela. Et puis, quoi ? Quid ? Une traînée blanche, tu quoque mei filii ? Nooooooonnnn, ce n’est pas la page blanche qui te fait peur mais plutôt une belle grande page format A4 salie de ta prétentieuse médiocrité. L’angoisse de la phrase de trop, la phrase qui tue toutes les autres, celle qui prouve au lecteur que vous n’avez pas su maîtriser votre écriture. Il suffit d’un adjectif inutile, un complément de phrase mal placé, une ponctuation bancale, une digression qui n’intéresse que l’auteur et, sans mot d’excuse, la plume s’enlise avec la curiosité du lecteur. Car le lecteur a tous les droit évidemment : il peut arrêter sa lecture n’importe quand, manger, reprendre le livre et foutre de la gr…
_Mais tais-toi donc, quelqu’un nous lit ! Allons, chut !
1
Il est huit heures et je regarde la nuit derrière ma fenêtre.
Je vois les immeubles voisins, le ciel, le ciel qui tire plus vers le mauve que vers le noir, les lumières, les fenêtres éclairées.
Bruit de fond continu, bruit de la ville, faible, presqu’endormant.
Ce calme, il ne pourrait rien arriver.
Avec ce ciel immobile et ces fenêtres sagement pendues.
Je vois des ombres qui bougent, c’est la vie des autres : leurs train-train, leurs angoisses, leurs espérances, leurs joies, leurs attentes. Et en attendant de ne plus attendre, ils tournent en rond, ils tournent en cage, ils tournent en bien ou en mal, enfin, ils tournent et c’est bien. La Terre tourne et c’est bien. Tant que ça tourne, tout va très bien.
Tiens, une lumière s’éteint. Il y a beaucoup de fenêtres éteintes. La mienne aussi est éteinte. Pour mieux regarder dehors. J’imagine derrière chaque fenêtre éteinte un homme qui se demande pourquoi aucune femme ne se déshabille derrière les fenêtres éclairées.
2
Le ciel est blanc, parfaitement blanc. On n’y distingue rien : pas un oiseau, pas un nuage. Les arbres sont immobiles. Chaque branche, chaque feuille, tout est rigoureusement immobile. Pas une voiture à l’horizon, aucun oiseau, rien ne bouge. Il n’y a pas le moindre petit bruit, c’est le silence total, presqu’ irréel. Il ne se passe rien. Ça en devient même gênant. Il va sûrement arriver quelque chose : quelqu’un va éternuer, ou tousser, c’ n’ est pas possible autrement…. Et pourtant si, il ne se passe strictement rien, Il n’y a rien à voir. Si vous voulez quand même prendre une photo, allez-y, c’est l’ moment. D’autant plus qu’on a nettoyé le parc, il est tout propre. Mais…attendez. Il me semble…entendre une voiture. Une voiture arrive. Oui, c’est une voiture, c’est étonnant. Je ne reconnaît pas la marque mais c’est bien une voiture. Et…oh ! Un oiseau s’envole, là-bas au loin ! Ce doit être l’entracte…
3
…tourné le verrou dans le sens interdit. L’interrupteur me fait de l’œil et coupe court mes pensées. Je m’assieds sans but et procède à l’examen des tuyaux qui sortent du mur. C’est moi le professeur et j’interroge, tel le Lamartine des latrines : « Murs, plancher, cuvette, avez-vous une âme ? » Quelques pas dans la cuisine à côté. Isolé du monde et si vulnérable. Sensation d’implosion imminente. Il ne se passe rien. Chasse puis retour sur chaise. La radio comble l’espace qui s’étiole l’air de rien. Des arbres gesticulent par delà fenêtre et toits. Loi subjective : l’immobilité des corps est proportionnelle à leur proximité.
4
Quelques fois, il est bon d’avoir envie de se suicider, d’ouvrir la fenêtre et regarder la rue en bas, très bas. La rue qui nous attire bien qu’on ait un léger vertige et une angoisse diffuse. A s’imaginer sautant, la peur commence à nous glacer le sang des jambes. Cette peur augmenterait si on enjambait la balustrade, l’attirance aussi. On le sait, on le sent. Et si, d’un geste nerveux sitôt regretté, on cédait à l’attraction, on voudrait peut-être se raccrocher à quelque bord de fenêtre. Il est fort probable et même quasi certain que l’on n’y arrive pas, le corps s’accélérant très vite, sentant à peine ses os craquer que la tête s’écrase dans une marre de sang. A ce stade, peu en réchappent. Et c’est bien dommage : ils pourraient nous raconter leurs sensations durant la chute.
Cependant, on peut très bien ne pas sauter mais se tenir légèrement penché par dessus la balustrade, juste assez pour se délecter des tremblements invisibles qui nous parcourent. Au bout d’un moment, les jambes se réchauffent et la peur disparaît. Cet état est extrêmement dangereux : le corps mis en confiance peut se croire plus fort que la vie et faire le plongeon. Pour éviter de mourir accidentellement et puisqu’on n’est plus titillé par la peur, il vaut mieux revenir à ses activités normales et, plus tard, retenter l’expérience.
5
Choses à faire : couler de l’eau, se laver les mains, ouvrir des portes, les fermer, ouvrir les fenêtres, ne pas sauter, marcher, descendre, monter, ne pas faire de bruit, dire bonjour, au revoir, ne pas pleurer, se marier, sourire, ne jamais dire la vérité en face, vérifier si la porte est fermée, ne pas laisser de lampes allumées, faire bonne impression, se laver les dents, les aiguiser, ne pas parler aux inconnus, avoir du fric, aimer les autres, savoir cuisiner, faire la vaisselle, s’apitoyer sur le malheur des autres, rester sérieux, bien parler en société, avoir de l’humour, avoir des enfants, être prévoyant, mourir, etc… Et ne pas oublier que la vie est belle, oui, surtout ne pas oublier.
6
L’insolence de la nuit pleure sous les bombes. Tu n’es pas là et je ne suis pas là non plus. Un ailleurs se rêve alors qu’il n’y a pas lieu. Fidèle, la pensée d’une branche, comme ces écailles bleues au mauve des nuages, est la résurrection sérielle d’une même obstination et partout pareille. Les grains du désert, chaque grain de sable. Un kimono s’ouvre à Kyoto. Des rivages de glace. Tous ces mots qui n’ont jamais existé, et pourtant c’est la vie à ce qu’il paraît, c’est là où nous sommes à rêver la vie des autres. Pas forcément belle, la vie démente et sans cesse reconstruite.
7
Ces arches enrubannées ! Des ponts suspects dans le brouillard qui, sans les voir, enjambent des terres parsemées d’étoiles et de végétations fantasques. D’abord en lignes pointillées, le stupide éclairage s’éparpille dans la campagne- ordre et désordre-, difficile d’imaginer les routes sous cet emberlificotement cauchemardesque de lumières perdues entre la nuit et la nuit. Froids et stériles, les habitants insomniaques d’une nébuleuse de bitume, ce sont eux. La densité en plus. S’incrémentant au travers de perspectives inouïes de lux et de magnitude, ils m’enfoncent dans leurs antres de tunnels, de carrefours, de boulevards, comme projeté en plein délire épileptique. Je ne suis plus qu’une pensée virtuelle dont la raison de fuir est le mouvement. Et je le crains, selon le sinistre décor que je devine, il me faudra briser l’illusion tendue d’un bout à l’autre du rêve pour, de nouveau, écraser le sol trop dur d’un pas faussement alerte et détaché.
8
Ce serait un de ces faits divers improbable, une supposition, une rumeur, il se pourrait bien que, un jour dans un village reculé, dans un certain pays, un fantasme tellement sadique qu’on ne saurait y penser longuement, on voudrait bien mais on ne peut pas, non, ça ne va pas, vous en avez de ces idées. Sur les conseils de parents et d’amis feignant craindre pour notre santé mentale, on aurait donc tendance à l’oublier. Puis, un matin, un reporter légèrement horrifié nous crachoterait les détails sordides d’une bien triste histoire, n’osant évidemment pas avouer que lui comme tout le monde espérait cet instant avec une délectation toute particulière.
Puisque les média en auraient décidé, ce serait un cirque. C’aurait pu être une salle de spectacle mais non, un cirque. Un cirque avec chapiteau, clowns, sable, acrobaties, enfants émerveillés. Un cirque, c’est un trou dans l’espace-temps ouvrant sur une dimension où tout est possible. Il n’est pas question de souffrances, de maladies, de pauvreté. Des jongleurs aux trapézistes, tout respire l’insouciance. Même si parfois un clown pleure, ses larmes sont fausses. Et pourtant. Et pourtant, le cirque est le lieu par excellence où l’on souhaiterait qu’il se produise un drame. Il arriverait, fatalement, on devrait être content, on le serait sans cet éternel regret de ne pas avoir vu de ses propres yeux.
Lui se serait vu enfant des chapiteaux depuis qu’il était tout petit. Comme il l’avait toujours été, ça remontait à loin. Elle serait son pendant féminin, un peu plus grande tout de même. Tous deux se seraient aimés d’un amour commun pour le cirque et plus si affinités. Il y aurait eu affinités, naturellement, sous forme de cris, d’espèce de salopard gros porc vous ne pensez qu’à ça, mais non voyons ce n’est pas sale, m’enfin c’est dégoûtant, eh bien oui et alors. Et alors, il finiraient bien par le faire comme presque tout le monde. Un peu à la manière d’Adam et Eve. Car au lit comme au cirque, elle tiendrait la pomme et lui essayerait de l’attraper. Avec ses moyens à lui, des flèches. Il ne saurait pas lui expliquer pourquoi il aimait tant les flèches mais bon faudrait qu’elle s’y fasse. Elle finirait par s’y faire. Elle finirait aussi par se la prendre, parce que vous vous doutez bien qu’un jour ou l’autre ça devait arriver, ha beh oui c’est comme ça.
Ainsi une flèche faiblarde douterait d’elle même, commencerait de fléchir et de réfléchir, se prendrait d’affection pour le monde des idées et la voilà qui perfore le regard de la belle d’un strabisme pathétiquement convergent. Après avoir crié maman, la bouche, hagarde, aurait l’air d’attendre en vain un quartier de pomme mais non pas cette fois-ci. Très vite, le corps n’en finirait pas de couler sur le sable et le sang de s’affaisser par tous les creux et soubresauts du même corps, enfin ce qu’il en reste. Côté public aussi, l’hémorragie est intense. Les parents s’enfuient empêchant leurs gosses d’admirer le spectacle. Deux trois enfants, momentanément oubliés dans la cohue, fixent stoïquement le centre de la piste. Aux fonds de leurs yeux troubles, dans l’obscurité profonde de leurs yeux, quelque chose de rouge gigote sur le sable d’un chapiteau en deuil. Dehors, la lune s’en fout. Sous ses reflets inertes qui hantent la campagne environnante, se dessinent les fantômes d’une soirée mémorable.
9
J’aime la nuit quand l’air rafraîchit les soirs d’été, fenêtres grandes ouvertes, attendre pieusement les caresses du vent sur mon visage moite. La nuit, j’y aime aussi la lune tantôt jaune et brumeuse, tantôt bleue et énigmatique. J’aime regarder passer les avions, les satellites scintillants : toujours un doute me saisit, ne serait-ce pas un être venu d’ailleurs et nous envoyant des messages ? Peut-être que, sur Terre, une autre personne lui répond.
La nuit, dans le noir, j’aime surtout écouter. A la campagne, c’est le bruit des insectes et de l’eau qui coule au fond d’un jardin, quelques feuilles qui craquent. En ville, à la fenêtre du dernier étage, on peut entendre comme venant de loin, des voitures et des trains qui passent, des sons qui envahissent tout l’espace, ne savent plus d’où ils viennent et s’en vont comme le bruissement des vagues. Puis, sur cette plage imaginée, un rire de femme. Parfois un bruit de porte ou de fenêtre, un chien aboie, son maître lui parle. Au hasard des vents, une bribe de conversation plutôt calme. Des fenêtres s’éteignent, d’autres ont des ombres chinoises qui gardent leurs secrets.
La nuit, c’est le son sans l’image et l’image sans le son, un ballet mystique où des fragments de vies planent, virevoltent et se frôlent sans jamais se rencontrer que chez quelques rêveurs noctambules. Et se donner en spectacle pour si peu de gens, ce n’est pas très sérieux. Peut-être même suis-je parfois le seul à écouter et voir, c’est pour ça que j’aime la nuit.
10
L’homme au gland en forme de tête de cochon répliqua : « Fjurfffjejegroinfffjjjgroingroin… ». L’autre : « Mais oui, mais oui, tout à fait ». Et qu’a-t-il répondu ? « Oh Katy, Katy de mes amours, est-il permis que je vous bourre ? » Non, c’est faux, Marc Arian n’aurait pas dit cela. Jusqu’où peut aller la bêtise ? De Cambrai à Tombouctou en passant par le centre de la Terre, tout le monde s’en est nourri. Des cuberdons, des culs-de-nones, des porte-jarretelles,…heu, non, des babeluttes, des bounes, des fesses-de-curés pour les enfants et des fesses d’enfants pour les curés, tout le monde est content, des bons-chrétiens et des bonnes poires, le tout dans le désordre, tout s’emmêle, se crocs-en-jambe, en tête, de la tête aux pieds, de nez, de mains, après demain, et puis quoi encore, qui vous l’a dit, ah bon, ok, c’est vrai, commence à se faire tard, allez, zou, salut la compagnie !
--Message edité par Axel le 2006-01-18 17:38:47--
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